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L’Union Européenne fait sa propagande médiatique. 1 : le retour de la Pravda

9 août 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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L’Union Européenne fait sa propagande médiatique. 1 : le retour de la Pravda

9 août 2019

Temps de lecture : 4 minutes

Pre­mière dif­fu­sion le 06/05/2019

À l’approche des élections européennes l’UE prolonge ses pratiques de propagande par le biais de divers médias. Deux exemples récents méritent que l’OJIM jette un œil. Premier coup d’œil avec “Les Décodeurs de l’Europe”.

Le site « Les Décodeurs de l’Europe » , lancé en 2016 dans l’indifférence générale, vient d’être redévelop­pé en mars 2019, en vue des élec­tions européennes donc. Les dates sont intéres­santes tant le nom­bre de sites de type « décodeurs » s’est mul­ti­plié autour de nous, posant ques­tion quant à l’indépendance des médias nationaux vis-à-vis de la Com­mis­sion européenne. Avec Les décodeurs de l’Europe, on se croirait sur le site du Monde, y com­pris sur le plan esthétique.

Mis en œuvre sous l’égide de la Com­mis­sion européenne, il est géré en France par la « Représen­ta­tion de la Com­mis­sion européenne », sise 288 bd Saint-Ger­main, ce qui per­me­t­tra au moins à la majeure par­tie de nos conci­toyens de décou­vrir qu’une telle « ambas­sade » existe, représen­ta­tion d’un organ­isme tout sauf démocratique.

Son out­il médi­a­tique se présente pour­tant comme un out­il « démocratique » :

« Les élec­tions européennes auront lieu le 26 mai en France. L’Europe, ses insti­tu­tions, son fonc­tion­nement, ses suc­cès et ses insuff­i­sances mais égale­ment ses valeurs fon­da­men­tales de démoc­ra­tie, de sol­i­dar­ité, de non-dis­crim­i­na­tion, de tolérance et de plu­ral­isme, autrement dit sa véri­ta­ble « rai­son d’être » dans un monde changeant, seront au cœur des débats pen­dant les 2 mois qui viennent !

Pour per­me­t­tre aux électeurs d’exprimer un vote « en con­nais­sance de cause », il est essen­tiel que ce débat se con­stru­ise sur des faits et sur la réal­ité de ce qu’est l’Europe aujourd’hui, de ce qu’elle fait et de ce qu’elle ne fait pas. La con­struc­tion européenne fait l’objet de toute sorte d’idées fauss­es qui ali­mentent rumeurs ou fan­tasmes… Aujourd’hui, la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion est dev­enue une pri­or­ité col­lec­tive pour les pays de l’Union européenne afin de préserv­er la qual­ité du débat pub­lic et au-delà, de garan­tir le bon fonc­tion­nement de nos démocraties. »

Le slo­gan du site ? « Les Décodeurs de l’Europe : une norme européenne sur la taille des bobards ! ».

Une analyse du site « Les décodeurs de l’Europe » appelle plusieurs remarques

  • son finance­ment est pro­duit par l’UE, autrement dit par les citoyens européens, dont bien peu sem­blent infor­més de son existence.
  • il s’agit de lut­ter con­tre les « fake news », fauss­es rumeurs, infor­ma­tions, infox et autres modes de dés­in­for­ma­tion dont il est enten­du qu’ils ne sont pro­duits que par qui cri­tique l’UE. De fait, la poli­tique dans laque­lle ce site s’inscrit par­ticipe au rem­place­ment de la démod­ée reduc­tio ad hitlerum par la com­plotite aiguë, laque­lle touche tout avis contraire.
  • Divisé en rubriques (actu­al­ités, économie, envi­ron­nement, social, jus­tice, insti­tu­tions, vidéos), le site est une source très nour­rie d’informations don­nées de façon directe à par­tir d’une affir­ma­tion ori­en­tée et immé­di­ate­ment mise en doute. Par exemple :

→ « l’Union Européenne n’est pas démoc­ra­tique ! Vraiment ? »

→ « L’Europe coûte trop cher à la France ? Vraiment ! »

→ « L’Europe est sub­mergée par les migrants ! Vraiment ?

→ « L’Europe encour­age le dump­ing social ! Vraiment ?

→ « L’Europe impose 80 % des lois français­es ! Vraiment ? »

→ « L’Europe dicte sa poli­tique économique à la France ! Vraiment ? »

On le voit, il s’agit de con­tre­car­rer les opin­ions des mou­ve­ments poli­tiques cri­tiques de l’orientation poli­tique actuelle de l’UE, en par­ti­c­uli­er la cri­tique portée par les par­tis pop­ulistes de droite. Un tel média, à cette échelle et aus­si engagé qu’une Prav­da de type anci­enne URSS.

Quand un site anti infox désinforme

Pénétr­er dans les arcanes d’un exem­ple pré­cis est encore plus intéres­sant, celui relatif aux migra­tions. Il se décline en réal­ité en trois par­ties, et c’est le plus fourni en infor­ma­tions, ce qui en soi est révélateur :

→ L’Europe ne serait pas sub­mergée par les migrants

« Les images chocs des débar­que­ments de migrants cou­plées aux déc­la­ra­tions de cer­taines per­son­nal­ités poli­tiques lais­sent à penser que l’Europe subi­rait un défer­lement de migrants. Il n’en est rien. Si l’Europe a, en effet, con­nu un afflux de migrants impor­tant en 2015, avec plus d’un mil­lion d’arrivées, la sit­u­a­tion est aujourd’hui stabilisée.

En accord avec ses valeurs, l’Union européenne a offert une pro­tec­tion à des mil­liers de per­son­nes venues chercher refuge con­tre les guer­res et les per­sé­cu­tions. Elle a sauvé des vies et déman­telé des réseaux de passeurs. Le nom­bre d’arrivées en Europe est à son niveau le plus bas depuis cinq ans (150 000 en 2018). »

→ L’Europe ne serait pas une passoire

« Depuis le 7 avril 2017, les États mem­bres sont tenus d’effectuer des véri­fi­ca­tions sys­té­ma­tiques via le Sys­tème d’information Schen­gen sur tous les citoyens de l’Union qui fran­chissent les fron­tières extérieures de l’UE, en com­plé­ment des con­trôles sys­té­ma­tiques déjà effec­tués sur tous les ressor­tis­sants de pays tiers entrant dans l’espace Schen­gen. Ces con­trôles ont été ren­for­cés à la suite des atten­tats de novem­bre 2015 à Paris et en rai­son de la men­ace crois­sante que font peser les com­bat­tants ter­ror­istes étrangers.

Ces con­trôles doivent toute­fois s’opérer sans nuire à la flu­id­ité des échanges, essen­tielle à la prospérité de l’Union. »

→ L’Europe ne com­porterait pas tant de migrants que ce qui se dit

« Les sta­tis­tiques pro­duites par EUROSTAT sur les mou­ve­ments migra­toires vers et depuis l’UE méri­tent d’être expliquées. Elles reflè­tent des réal­ités com­plex­es : entre 2013 et 2017, il y a eu un peu plus de 9,3 mil­lions de ressor­tis­sants de pays tiers qui se sont instal­lés en Europe pour une « longue » durée (un an ou plus). Au total, il y a 22,3 mil­lions de ressor­tis­sants de pays hors Union européenne qui vivent dans l’UE ; soit 4,4% de la pop­u­la­tion (…) C’est Malte, suivi du Lux­em­bourg, qui accueille le plus de ressor­tis­sants étrangers en com­para­i­son du nom­bre d’habitants total. En France, les ressor­tis­sants de pays hors Union européenne représen­tent 5,5 habi­tants sur 1000. »

Cha­cun appréciera le car­ac­tère plau­si­ble d’un tel « fait », lequel oublie volon­taire­ment que les migrants instal­lés dans l’UE et leurs enfants sont aus­si des immi­grés et que des chiffres con­cer­nant la réal­ité de l’immigration en général dans cet espace poli­tique seraient un fait bien plus utile que les sta­tis­tiques fournies par Euro­stat. Un banal exem­ple ? Si 5,5 habi­tants sur 1000 sont des migrants en France, alors ils sont seule­ment en moyenne 165 dans une ville pré­fec­torale de 30 000 habi­tants, les fameuses villes de la France périphérique.

Quiconque passera dans une de ces villes com­pren­dra com­bi­en ces chiffres sont à remet­tre en per­spec­tive, sans par­ler des métropoles.

Rap­pelons, pour con­clure, que le site « Les décodeurs de l’Europe » dit juste­ment avoir pour voca­tion d’éclairer les lecteurs sur des faits et per­me­t­tre que cha­cun se fasse une opin­ion hors influ­ences. Il n’est pas moins intéres­sant que ce média soit mis en œuvre par l’institution non démoc­ra­tique par excel­lence qu’est la Com­mis­sion Européenne. Un fait sur lequel « Les décodeurs de l’Europe » ne posent pas de ques­tion, n’emploient jamais l’expression « Union Européenne » mais unique­ment l’expression géo­graphique et cul­turelle Europe. Au moins, l’objectif poli­tique immé­di­at n’est pas masqué.

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