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L’Ojim a lu : « Médias, la grande illusion »
Publié le 

24 octobre 2013

Temps de lecture : 2 minutes
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L’Ojim a lu : « Médias, la grande illusion »

Jean-Jacques Cros, Médias : la grande illusion (Jean-Claude Gawsewitch éditeur)

Le con­stat est acca­blant : 58% des Français con­sid­èrent que les médias sont aux ordres du per­son­nel poli­tique et 56% y joignent une dépen­dance aux intérêts économiques. Une sit­u­a­tion qui ne pou­vait qu’é­mou­voir Jean-Jacques Cros, jour­nal­iste émérite à France Télévi­sions et aujour­d’hui col­lab­o­ra­teur indépen­dant de plusieurs titres. Son ouvrage Médias, La Grande illu­sion (Jean-Claude Gawse­witch édi­teur) cherche à explor­er les ressorts de cette désaf­fec­tion en dis­tin­guant les maux pro­pres à la presse écrite, la radio ou la télévi­sion. La grande valeur du pro­pos tient à l’hon­nêteté du pos­tu­lat : “À défaut de manip­u­la­tion, il faut recon­naître que les médias ont un effet manip­u­la­teur.”

La presse française vit aujour­d’hui sous per­fu­sion puisque son bud­get est ali­men­té à hau­teur de 20% par le mil­liard d’eu­ros de sub­sides que lui apporte l’État chaque année, une tra­di­tion datant du bureau d’e­sprit pub­lic lancé par la Révo­lu­tion française. Cette faib­lesse prin­cip­ielle est ren­for­cée par la part envahissante prise par les pro­prié­taires de titres dans la ges­tion des rédac­tions: quelques patrons richissimes com­man­dent à des jour­nal­istes aux emplois pré­caires, can­ton­nés aux lois de l’ef­fi­cac­ité, ce qui est la cause d’une infor­ma­tion manichéenne, syn­thé­tique et sim­pliste. Au final, “cette infor­ma­tion low cost est entrain de tout envahir.”

C’est finale­ment une dérive éthique que dénonce Jean-Jacques Cros, dérive qui trou­ve son apothéose dans le dik­tat de pub­lic­i­taires qui cen­surent ou punis­sent ceux de leurs parte­naires qui viendraient écorner leur image comme le fît Michel Pébereau en 2009 avec Le Monde, après un arti­cle étab­lis­sant sa présence dans de nom­breux con­seils d’ad­min­is­tra­tions français.

La télévi­sion n’échappe pas au réquisi­toire de l’au­teur : “Rentabil­ité et recherche de la plus grande audi­ence vont de pair et con­duit fatale­ment à une infor­ma­tion asep­tisée.” Les rela­tions de copinage avec le monde poli­tique, une tran­scrip­tion des évène­ments qui s’éloigne du monde vécu et la dic­tature de l’ur­gence et de l’ex­hi­bi­tion­nisme émo­tion­nel ont dimin­ué un crédit déjà mince.

En effet “le monde vu d’une lucarne” souf­fre par ailleurs des manip­u­la­tions pas­sant par l’u­til­i­sa­tion d’im­ages d’archives pour illus­tr­er l’ac­tu­al­ité, les faux charniers de Timisoara et autres « infos » nés d’un besoin d’im­age ren­for­cé par l’ar­rivée des chaînes d’in­for­ma­tion en con­tinu. La fin de la prise de dis­tance et le for­matage du dis­cours télévi­suel pro­duisent un jour­nal­isme au rabais qui finit par per­ver­tir la voca­tion sou­vent noble de ceux qui s’en­ga­gent dans ce méti­er.

Ain­si à force d’avoir voulu être “une avant garde de la société”, les jour­nal­istes ont fini par per­dre leur autonomie dans la dif­fu­sion et l’ex­pli­ca­tion de l’in­for­ma­tion et par couper le lien de con­fi­ance qui garan­tis­sait la crédi­bil­ité de leurs pro­duc­tions. Dans une société ou l’ex­is­tence passe par le fait d’être perçu, ils devi­en­nent ain­si pris­on­niers des tech­niques et des intérêts de com­mu­ni­cants qui cherchent à maitris­er un cal­en­dri­er médi­a­tique qui altern­era dès lors entre dossiers con­venus et “mithri­dati­sa­tion” du pub­lic pour lui présen­ter des images tou­jours plus bar­bares et sanglantes. Nous sommes donc devant une démon­stra­tion con­va­in­cante et apaisée qui pointe l’un des moteurs du fos­sé qui se creuse entre les Français et leurs médias, un fos­sé qui met en dan­ger la démoc­ra­tie : “Ce spec­ta­cle de l’in­for­ma­tion sécrète une nou­velle et énorme iné­gal­ité : entre ceux qui savent décrypter les médias et les autres.”

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