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Ligne rouge et mensonges sur BFMTV

27 septembre 2019

Temps de lecture : 5 minutes
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Ligne rouge et mensonges sur BFMTV

Tout ce qui pourrait un jour ou l’autre gêner l’idéologie libérale libertaire au pouvoir a tendance à déplaire à BFM. C’est pourquoi cette chaîne produit régulièrement des reportages tendancieux, pour le moins, sur certaines personnalités. L’OJIM est allé vérifier in situ ce qui est dit dans le reportage de l’émission « Ligne rouge » diffusée le lundi 23 septembre 2019, au sujet de Marion Maréchal et de son école. Analyse.

Le titre de « l’enquête » : « Mar­i­on Maréchal. Les ambi­tions secrètes ». Secret, même si le mot est ensuite présen­té comme un ques­tion­nement dans le pitch, c’est d’emblée un mot péjo­ratif : le reportage porte donc sur une per­son­nal­ité qui agi­rait dans l’ombre, de façon masquée. L’idéologie libérale lib­er­taire porte cela en elle, comme un gène, un héritage des grandes heures du stal­in­isme ?

Le pitch : « Qui est vrai­ment Mar­i­on Maréchal ? Quel est le rôle de son école de Sci­ences poli­tiques ? A‑t-elle une stratégie secrète ? Quels sont ses atouts et ses faib­less­es ? Quels sont ses réseaux ? À seule­ment 29 ans, l’an­ci­enne fig­ure emblé­ma­tique du Rassem­ble­ment Nation­al est offi­cielle­ment retirée de la vie poli­tique. Pour­tant, la nièce de Marine Le Pen sem­ble tou­jours vouloir jouer un rôle sur la scène poli­tique française. Une enquête signée Nico­las de Labareyre, Guil­laume Bern­hard, Ben­jamin Cham­bost et Simon Ter­rassier ».

L’émission : « Chaque lun­di soir, « LIGNE ROUGE » pro­pose une enquête long for­mat réal­isée à 100% par la rédac­tion de BFMTV. Ce tra­vail d’investigation sur un thème de l’actualité sera suivi d’un débat en plateau ani­mé par Aurélie Casse ou Bruce Tou­s­saint ».

Notre analyse s’en tient à ce qui est dit au sujet de l’école créée entre autres par Mar­i­on Maréchal à Lyon, l’ISSEP. C’est la pre­mière par­tie du doc­u­men­taire.

Les attaques contre Marion Maréchal

Dev­enues récur­rentes, elles parais­sent se dévelop­per de manière expo­nen­tielle. Un des intérêts de l’observation quo­ti­di­enne des médias est de bien mesur­er le dén­i­gre­ment obtenu par cumul d’informations plus ou moins justes et plus sou­vent ten­dan­cieuses.

Que l’OJIM ait été fréquem­ment amené à se faire l’écho d’articles ten­dan­cieux sur la per­son­nal­ité de Mar­i­on Maréchal, ces derniers mois, est révéla­teur :

D’autres exem­ples se trou­vent sur le site.

Enquête sur… ce que dit l’enquête au sujet de l’ISSEP de Marion Maréchal

Plusieurs point ten­dan­cieux, malveil­lants, ori­en­tés ou sci­em­ment mal­hon­nêtes appa­rais­sent, pour qui peut et veut véri­fi­er ce que BFM affirme. Les jour­nal­istes ont été con­viés à une con­férence de presse et à filmer dans les locaux.

  • « Fébrile », elle « sait que les ques­tions porteront sur les ques­tions poli­tiques mais l’ancienne députée est là, elle le jure, pour ven­dre unique­ment sa nou­velle aven­ture dans le privé ». Le choix des mot, tou­jours, dis­cret : « fébrile », « ven­dre », faire sem­blant de par­ler d’autre chose que du vrai sujet… A l’écran, l’on voit le con­traire : Mar­i­on Maréchal pré­cise sim­ple­ment l’objet de cette ren­con­tre : l’école. Mais pour « l’enquêteur » de BFM, « ce petit jeu a l’air de l’amuser».
  • Vient la présen­ta­tion de l’école, images à l’appui, sur fond de musique dra­ma­tique : « la voie du retour peut pass­er par des chemins détournés. Une académie poli­tique, implan­tée dans le quarti­er flam­bant neuf de Con­flu­ences à Lyon. Mar­i­on Maréchal l’a bap­tisée ISSEP ». Jusque-là tout va bien mais…
  • « Un nom digne d’une grande école. Mais les débuts sont pour l’instant mod­estes. Qua­tre pièces au rez-de-chaussée d’un immeu­ble » (le jour­nal­iste, peu soucieux de s’informer avec pré­ci­sion, ne par­le pas du prix du mètre car­ré à Con­flu­ences, ni du fait que cette école a juste un an d’existence). La direc­trice fait la vis­ite d’un stu­dio vidéo ultra mod­erne. Ici, pas de com­men­taire.
  • Le jour­nal­iste donne la parole à cer­tains étu­di­ants qui expliquent pourquoi ils sont là. Insis­tance sur le fait que le diplôme ne serait pas recon­nu par l’État (le jour­nal­iste ne pré­cise pas que c’est nor­mal pour toute école privée juste créée, et que cette dernière y tra­vaille — il a sans doute des infor­ma­tions à ce pro­pos mais ne les évoque pas).
  • « Pour sa pre­mière année, l’école ne compte que 12 inscrits ». Là, BFM est dans la malveil­lance : après véri­fi­ca­tion, l’ISSEP avait une cen­taine d’inscrits, toutes pro­mo­tions con­fon­dues, durant sa pre­mière année. Les nom­bres de douze et quinze, ce dernier nom­bre indiqué par le jour­nal­iste pour la deux­ième année d’existence, con­cerne les groupes par classe et sont sim­i­laires à ce que l’on trou­ve dans nom­bre de mag­istères. Il n’indique surtout pas non plus que lors de sa créa­tion, Sci­ence Po Paris avait… 70 étu­di­ants.
  • L’enquête porte ensuite sur les ques­tions économiques et éduca­tives. Un jour­nal­iste lyon­nais d’un média de gauche affirme que c’est un « échec » dans les deux domaines, sans citer de fait. Pas d’argument. Juste une affir­ma­tion, les yeux pétil­lants de mil­i­tan­tisme.
  • Pour les ques­tions éduca­tives, BFM donne la parole au directeur de Sci­ence po Lille, lui-même peu sus­pect de « dérives droitières ». Il serait « dubi­tatif ». Là, on est dans le men­songe le plus éhon­té car le pro­fesseur de Sci­ences po et le jour­nal­iste ne regar­dent pas le pro­gramme des cours, pas le cur­sus (dont le directeur de Sci­ences po affirme qu’il n’apparaît pas, ce qui est faux) mais la par­tie actu­al­ités du site de l’ISSEP (nous avons véri­fié), une let­tre ren­dant compte de la vie de l’école, pro­posant des travaux d’étudiants, dont cer­tains pub­liés dans la presse (de Valeurs Actuelles au Figaro Vox en pas­sant par Élé­ments ou Présent). Qu’une enquête pré­ten­du­ment sérieuse con­fonde volon­taire­ment pro­gramme de cours et Let­tre d’information d’une école, tient de la dés­in­for­ma­tion. Pré­ci­sion de l’enquêteur : selon le pro­fesseur, cette école servi­ra de « vivi­er à Mar­i­on Maréchal pour s’entourer dans les prochaines années ».
  • L’école serait donc un out­il poli­tique… BFM veut le prou­ver avec la bib­lio­thèque, en cours de con­sti­tu­tion au moment du reportage. Mar­i­on Maréchal indique que « l’on retrou­ve toute sorte d’auteurs, de courants », dans tous les domaines. Le jour­nal­iste : « il y a vrai­ment tous les courants ? Il n’y a pas seule­ment Eric Zem­mour, pour faire sim­ple ». Réponse : « Pas du tout ». Et en effet, à l’écran appa­rais­sent des œuvres de Lénine, de Marx ou de penseurs con­tem­po­rains, y com­pris à l’origine des théories du genre. Pas moyen d’indexer l’école à des objec­tifs par­ti­sans par la bib­lio­thèque ? Hop ! Petite manip­u­la­tion jour­nal­is­tique : BFM se tourne vers un présen­toir de jour­naux et de mag­a­zines. Il n’y aurait que des « revues d’extrême droite et de la droite nation­al­iste et catholique ». L’enquêteur par­le du présen­toir où sont déposés les mag­a­zines, la presse et les revues reçues par l’école. Il ne se demande pas pourquoi il n’y a ni Le Monde, ni Le Figaro, ni Le Point ? Comme il est jour­nal­iste, un petit coup de fil lui aurait apporté la réponse : pour que l’ISSEP présente cette presse, encore faudrait-il que cette école la reçoive en ser­vice de presse comme toutes les écoles de ce type.
  • Qu’à tout cela ne tienne, l’enquêteur a trou­vé une école qui serait fer­mée idéologique­ment. Tout le con­traire de ce qui se véri­fie aisé­ment sur place. Que dirait-il s’il enquê­tait dans un univers où il se sen­ti­rait sans doute mieux poli­tique­ment, l’université Lyon 2, où l’enseignement poli­tique est ouverte­ment indigéniste, ou encore à Sci­ences po Paris où la direc­trice des études de genre est l’ancienne min­istre Najat Val­laud Belka­cem, sans que tous les médias offi­ciels passent leur temps à lui prêter des ambi­tions poli­tiques secrètes. Une autre « preuve » trou­vée par BFM : le directeur des études serait un ancien mem­bre du MPF de Philippe de Vil­liers « un élé­ment trou­blant ». A ce compte-là, toute la droite française depuis Pom­pi­dou est d’extrême droite, pen­sons à Madelin, Longuet, Pasqua, au RPR… Mais peut-être est-ce cela que le jour­nal­iste de BFM a appris à Sci­ences po ou dans son école de jour­nal­isme ? Le jour­nal­iste revient à la charge : « plusieurs inter­venants de l’école sont aus­si très mar­qués à droite, comme l’essayiste Eric Zem­mour ou l’ex can­di­dat à la prési­den­tielle Jean-Frédéric Pois­son ». Ce dernier est en réal­ité un des dirigeant du PCD, Par­ti chré­tien démoc­rate…, guère plus mar­qué à droite que LR par exem­ple. L’enquête étudie alors les noms du con­seil sci­en­tifique com­posé de 12 mem­bres. Il trou­ve 3 per­son­nes qu’il peut affirmer mar­quées à droite, dont le directeur du mag­a­zine L’Incorrect.

Vient ensuite une deux­ième par­tie qui vise, sur cette base, à démon­tr­er que Mar­i­on Maréchal a en réal­ité des ambi­tions secrètes, le tout fondé sur des images ressas­sées des mil­liers de fois, repris­es sans cesse par BFM et autres. Un bout de reportage déjà dif­fusé, avant l’été (la saga des Le Pen ou quelque chose de cet ordre) et recy­clé… Les enquêtes de BFM de cette sorte ? On se demande quel ana­lyste sérieux des médias pour­rait leur accorder du crédit ? Et quel téléspec­ta­teur.

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