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J’aime l’info, la machine discrète qui finance la presse en ligne indépendante

25 juin 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Créée en 2011 pour per­me­t­tre aux lecteurs de soutenir directe­ment les médias en ligne, l’association J’aime l’info s’est imposée comme l’un des prin­ci­paux canaux de finance­ment de la presse numérique indépen­dante. Der­rière une mis­sion affichée de sou­tien au plu­ral­isme, une struc­ture peu vis­i­ble du grand pub­lic est dev­enue un acteur cen­tral de l’économie médi­a­tique française.

Lorsqu’elle est lancée au print­emps 2011 à l’initiative de Rue89 et du Syn­di­cat de la presse indépen­dante d’information en ligne (SPIIL), J’aime l’info se présente comme une expéri­men­ta­tion. À l’époque, la presse numérique cherche encore son mod­èle économique et le finance­ment par­tic­i­patif appa­raît comme une piste prometteuse.

Le pro­jet est alors présen­té comme un moyen de per­me­t­tre aux inter­nautes de financer directe­ment enquêtes, reportages ou médias d’information. « Il n’y a pas d’équivalent à l’étranger », expli­quait alors au micro d’Europe 1 Lau­rent Mau­ri­ac, cofon­da­teur de Rue89 et pre­mier prési­dent de l’association. Quinze ans plus tard, l’expérience est dev­enue une insti­tu­tion incon­tourn­able du paysage médi­a­tique français.

Une plateforme centrale pour les dons à la presse indépendante

Con­sti­tuée sous la forme d’une asso­ci­a­tion loi 1901 recon­nue d’intérêt général, J’aime l’info a pour mis­sion affichée de soutenir « le plu­ral­isme de l’information » et de défendre « une presse numérique indépen­dante et de qualité ».

Son fonc­tion­nement est épuré. Les médias adhérents dis­posent d’une page de col­lecte sur laque­lle les lecteurs peu­vent effectuer des dons ponctuels ou récur­rents. L’association cen­tralise les verse­ments, émet les reçus fis­caux per­me­t­tant une réduc­tion d’impôt de 66 %, puis reverse les sommes col­lec­tées aux médias bénéficiaires.

Tout site de presse en ligne peut théorique­ment can­di­dater, sous réserve de sat­is­faire à plusieurs critères : pro­duc­tion régulière d’informations orig­i­nales, tra­vail jour­nal­is­tique iden­ti­fié et respect des oblig­a­tions de trans­parence con­cer­nant l’utilisation des dons. Pour financer son activ­ité, l’association prélève une com­mis­sion de 5 % sur les sommes collectées.

Une gouvernance étroitement liée au SPIIL

Si J’aime l’info se présente comme une struc­ture indépen­dante, son fonc­tion­nement demeure étroite­ment lié au Syn­di­cat de la presse indépen­dante d’information en ligne. Fondé en 2009 par sept médias – Arrêt sur images, Bakchich, Indi­go Pub­li­ca­tions, Medi­a­part, Rue89, Slate et Ter­ra Eco –, le syn­di­cat est aujourd’hui l’une des prin­ci­pales organ­i­sa­tions représen­ta­tives de la presse numérique française, avec plus de 270 membres.

J’aime l’info est actuelle­ment admin­istrée par le SPIIL et présidée par Lau­rent Mau­ri­ac, ancien jour­nal­iste de Libéra­tion et cofon­da­teur de Rue89, et par Vian­ney Baudeu, diplômé de Sci­ences Po et ancien mem­bre de l’ARCOM. Tous deux occu­pent égale­ment des respon­s­abil­ités au sein du syndicat.

Cette prox­im­ité insti­tu­tion­nelle inter­roge d’autant plus que plusieurs mil­lions d’euros tran­si­tent désor­mais chaque année par la plate­forme. Une part sig­ni­fica­tive du finance­ment de la presse indépen­dante française repose ain­si sur un dis­posi­tif étroite­ment lié à l’organisation pro­fes­sion­nelle qui représente une grande par­tie de ses bénéficiaires.

Un pluralisme revendiqué, une sociologie marquée

J’aime L’in­fo rassem­ble aujourd’hui plus d’une cen­taine de médias. Par­mi les plus impor­tants fig­urent Medi­a­part, Street­Press, Blast, Poli­tis ou Alter­na­tives Économiques, classés très à gauche. Quelques titres iden­ti­fiés à droite, comme Causeur ou Élé­ments, fig­urent égale­ment par­mi les béné­fi­ci­aires, aux côtés d’une mul­ti­tude de petits médias spé­cial­isés ou peu con­nus du grand public.

Cette diver­sité édi­to­ri­ale, bien que rel­a­tive­ment lim­itée, per­met à l’association de revendi­quer une voca­tion plu­ral­iste. Mais elle souligne aus­si une réal­ité du paysage médi­a­tique français : la qua­si-total­ité des médias numériques de gauche utilisent aujourd’hui ce canal pour col­lecter des dons défiscalisés.

Un acteur devenu incontournable

Créée comme une expéri­men­ta­tion des­tinée à soutenir quelques dizaines de sites d’information, J’aime l’info est dev­enue l’un des instru­ments les plus influ­ents du finance­ment de l’information en ligne et occupe désor­mais une place stratégique majeure dans l’écosystème médi­a­tique français.

Selon ses comptes pub­liés au Jour­nal offi­ciel, plus de 7,8 mil­lions d’euros ont tran­sité par la plate­forme en 2024, con­tre plus de 5 mil­lions d’euros l’année précédente.

Cette pro­gres­sion accom­pa­gne une trans­for­ma­tion pro­fonde du mod­èle économique de nom­breux médias indépen­dants, dans un con­texte de frag­ili­sa­tion du secteur et de hausse des dif­fi­cultés économiques. La con­cen­tra­tion du paysage médi­a­tique et la dom­i­na­tion des plate­formes numériques (les réseaux soci­aux sont devenus le pre­mier point d’accès à l’information) ren­dent dif­fi­cile de vivre unique­ment des abon­nements ou de la pub­lic­ité. Nom­bre de médias indépen­dants se tour­nent ain­si davan­tage vers leurs lecteurs. Longtemps perçu comme un com­plé­ment de revenus, le don est devenu pour cer­tains titres un pili­er à part entière de leur finance­ment. « Un temps réservé aux appels aux dons ponctuels pour sur­mon­ter une crise, ce mode de finance­ment est devenu par­tie inté­grante du mod­èle économique de cer­tains médias », fai­sait observ­er Lau­rent Mau­ria le 19 mai dernier dans The Good.

J’aime l’in­fo con­tribue en effet à sor­tir à la fois du mod­èle des grandes for­tunes (qui tien­nent les médias cen­traux) et de l’au­dio­vi­suel pub­lic (l’É­tat étant le pre­mier pro­prié­taire des médias en France, avec 4 mil­liards de dotation).

Antho­ny Marinier

Voir aus­si : Dis­close : une indépen­dance revendiquée, des finance­ments orientés ?

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