La une de Minute enflamme la classe politique et les associations antiracistes

Décidément, le titre très provoc’ de Minute de mercredi (« Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane ») ne passe pas, alors que l’article en question n’a rien d’un brûlot raciste mais souligne plutôt (et vérifie !) la capacité de la ministre de la Justice à se victimiser.

La une de Minute enflamme la classe politique et les associations antiracistes

La une de Minute enflamme la classe politique et les associations antiracistes

Mardi soir, Jean-Marc Ayrault a saisi le procureur de la République de Paris « en application de l’article 40 du Code de procédure pénale » afin « de porter ces faits susceptibles de constituer l’infraction d’injure publique à caractère racial », explique Matignon dans un communiqué.

De son côté, Manuel Valls a jugé la une de Minute « révoltante » et « même insupportable », notamment par « l’aspect révulsif que cela provoque ». « Nous devons étudier dans les heures qui viennent les moyens que nous pouvons prendre contre la diffusion de son journal », a continué le ministre de l’Intérieur.

Christiane Taubira elle-même refuse de s’exprimer sur la couverture car ce serait « faire augmenter les ventes de l’hebdomadaire de 10% », explique son entourage au Lab d’Europe 1.

Du côté des socialistes, c’est la surenchère, notamment sur les réseaux sociaux : la sénatrice PS de Paris Marie-Noëlle Lienemann souhaite même une « grande manifestation » mobilisant « tous les républicains » contre le racisme. Elle préconise également d’ « aller devant les tribunaux » contre Minute.

Sur Twitter, Harlem Désir se dit « révolté par l’ignoble une de Minute sur Taubira. Ça suffit le racisme et l’extrémisme ! Ce numéro doit être saisi. Républicains debout ! »

Jean-Luc Mélenchon va même été plus loin et préconise l’internement ou la prison, cela manque de clarté, pour les membres de la rédaction de l’hebdomadaire : « Pas une #Minute à perdre. Les nazes en cage. »

L’humour vachard et la satire sont-ils désormais réservés au seul Charlie-Hebdo et à l’extrême-gauche ?

L’humour vachard et la satire sont-ils désormais réservés au seul Charlie-Hebdo et à l’extrême-gauche ?

À droite aussi, de Jean-Christophe Lagarde à Eric Ciotti, la désapprobation est totale. Sur Twitter, Marine Le Pen se dit même « heureuse de (se) faire cracher dessus chaque semaine par Minute quand je vois ce que c’est devenu. »

Même ambiance côté associations : Jonathan Hayoun, le président de l’UEJF, exige « la pénalisation de cette publication » tandis que SOS Racisme, après « réunion de sa commission juridique », a annoncé par sa présidente Cindy qu’elle allait déposer « plainte pour incitation à la haine raciale ».

Le site de Minute a été piraté, affirme le journal, qui redirige les visiteurs vers une page où ils peuvent se procurer le fameux numéro. Le mensuel promettait lundi matin un bonnet rouge made in France d’une valeur de 49 euros pour tout abonnement. Mais son fournisseur, la Cie Vantis, refuse d’honorer les commandes – 30 bonnets rien que lundi. Son fondateur, un certain Fares Hamida, explique à Rue89 : « Vu d’où je viens, je suis obligé de refuser la commande. »

La couverture de Minute ayant suscité une forte « envie de pénal », une question de fond se pose : l’humour vachard et la satire sont-ils désormais réservés au seul Charlie-Hebdo et à l’extrême-gauche ?

Crédit photo : mrsmarshah via SXC