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La maladie de Trump, le 25e amendement et les médias : la première gaffe politique de Nancy Pelosi ?

14 octobre 2020

Temps de lecture : 5 minutes
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La maladie de Trump, le 25e amendement et les médias : la première gaffe politique de Nancy Pelosi ?

Nous poursuivons notre voyage dans la campagne électorale américaine dans le regard des médias.

Quid de la vacance présidentielle ?

Nan­cy Pelosi recadre le dis­cours poli­tique sur le 25e amende­ment (ce dernier établit les règles en cas de vacance prési­den­tielle NDR, voir infra) à trois semaines de l’élection prési­den­tielle. Mais pourquoi? Car il appa­rais­sait pour­tant plau­si­ble que toute l’énergie tac­tique des trumpophobes avait été con­sacrée au pour­risse­ment d’une élec­tion prési­den­tielle sans résul­tat clair, ter­reau de mul­ti­ples con­tes­ta­tions, ce qui aurait ren­du impos­si­ble l’intronisation du prési­dent le 21 jan­vi­er prochain, auquel cas le Speak­er, 3e per­son­nage de l’État, aurait fini par assumer la prési­dence intéri­maire du pays.

Le traitement médiatique de la maladie

Mais, avec sa mal­adie, Trump a brouil­lé les cartes et fait sor­tir les loups du bois. Avant son hos­pi­tal­i­sa­tion, la planète entière était médi­a­tique­ment con­va­in­cue que c’est aux États-Unis que la mal­adie du SARS-Cov2 a fait les pires dégâts. Mais aujourd’hui, l’idée se développe peu à peu que le pays dis­pose main­tenant des traite­ments qui marchent, en par­ti­c­uli­er sur une per­son­ne à risque, telle qu’un obèse prési­den­tiel de 74 ans, nour­ri toute sa vie au ham­burg­er.

Les médias se sont subite­ment trou­vés dans le brouil­lard hési­tant entre plusieurs straté­gies nar­ra­tives. Steve Malzberg, jour­nal­iste pro-Trump qui tra­vaille main­tenant chez RT, reprend toute l’histoire au début de sa chronique du 9 octo­bre.

Les médias, solen­nels, ont com­mencé par présen­ter le prési­dent comme grave­ment malade, ayant en tête de voir tomber le couperet du 25e amende­ment, qui le priverait du pou­voir et surtout le rendrait inéli­gi­ble de 3 novem­bre prochain.

Afin de com­pren­dre ce scé­nario, les cinéphiles pour­ront se référ­er au film Air Force One qui en décrit la mécanique : le cab­i­net d’un Prési­dent, introu­vable et pré­sumé cap­tif de mer­ce­naires slavo­ma­ni­aques, entame la procé­dure de son rem­place­ment pour inca­pac­ité afin de remet­tre le pou­voir à la Vice-prési­dente, qui dans le film résis­tera cepen­dant à la ten­ta­tion.

Retour du 25ème, Pelosi en pointe

Le 25e amende­ment déter­mine l’ordre de suc­ces­sion en cas d’incapacité du Prési­dent : Vice-prési­dent, puis Speak­er de la Cham­bre, etc. Il avait été adop­té en 1967 pour assur­er la con­ti­nu­ité non pas tant du pou­voir civ­il, mais du pou­voir mil­i­taire : le Prési­dent est le général en chef, et dis­pose de l’usage de l’arme nucléaire. Les lég­is­la­teurs reje­tant ain­si l’idée que cette dernière puisse tomber sous la coupe d’un directeur de cab­i­net ou tout autre cacique de la Mai­son-Blanche non élu. La procé­dure est ini­tiée par la branche exéc­u­tive du pou­voir, à savoir le Vice-prési­dent et les min­istres, pour être soumise à la sig­na­ture les lead­ers de chaque cham­bre.

Si une leçon doit être retenue des trois dernières années, c’est bien celle de l’immense créa­tiv­ité con­sti­tu­tion­nelle du Speak­er de la Cham­bre Nan­cy Pelosi, restée fidèle au plan de recon­quête dis­cuté le 13 novem­bre 2016 avec un aréopage d’investisseurs, Soros en tête, dans les salons de l’hôtel Man­darin, à Wash­ing­ton. Tout un sym­bole. Non sans culot, et pré­ten­dant œuvr­er au sein d’un régime par­lemen­taire plutôt que de sépa­ra­tion des pou­voirs, Pelosi avait décidé d’elle-même et sans vote d’initier l’an dernier une procé­dure d’impeach­ment (des­ti­tu­tion), con­traire­ment à 250 ans de tra­di­tion juridique. L’Ukrainegate devait con­sacr­er l’apothéose de trois années de sab­o­tage de l’administration Trump. Ça n’a pas marché. La con­sti­tu­tion a résisté.

En octo­bre, Trump est atteint par la COVID-19 et les médias lan­cent leur machine à ahurir, cepen­dant que ses par­ti­sans se rassem­blent aux portes de l’hôpital pour exprimer leur sou­tien et prier pour lui.

Au troisième jour, après sa mise en bière médi­a­tique, Trump ressus­cite. Il dif­fuse plusieurs vidéos pour inciter les gens à ne plus avoir peur, à ne pas se laiss­er con­trôler par la mal­adie. Il les informe que les solu­tions thérapeu­tiques exis­tent désor­mais. Il sug­gère que si lui, à 74 ans, a pu sur­vivre avec les nou­veaux traite­ments, n’importe quel améri­cain a des chances d’en faire de même. Le Prési­dent ira par la suite jusqu’à dire que son traite­ment qui fait des mir­a­cles (et qui coûte une for­tune) sera mis gra­tu­ite­ment à la dis­po­si­tion de tous les malades de la Covid. Ce qui enrage tout l’establishment, y com­pris les répub­li­cains, non con­sultés.

Nouvelles censures des réseaux sociaux et maladie mentale

Les médias présen­tent Trump comme le con­t­a­m­i­na­teur en chef, une bombe à virus vivante, qui met en dan­ger son per­son­nel et ses équipes, et qui nie la grav­ité des dan­gers résul­tant du virus. Face­book et Twit­ter vont jusqu’à le cen­sur­er une nou­velle fois, pour un com­men­taire impré­cis, comme à son habi­tude.

Et comme Trump a l’air en pleine forme, il est dif­fi­cile de con­sid­ér­er sa mise à l’écart pour des raisons de san­té. À moins que? Sub­tile­ment, par petites touch­es, sont invo­quées les pos­si­bles séquelles neu­rologiques du traite­ment admin­istré à Trump. La cam­pagne de presse des derniers jours vise ain­si à « psy­chi­a­tris­er » le Prési­dent, en s’appuyant sur une série d’arguments démon­trant que Trump est gavé de stéroïdes ain­si que d’autres médica­ments qui tous peu­vent causer des trou­bles de l’humeur incom­pat­i­bles avec les respon­s­abil­ités prési­den­tielles.

Ain­si, le 7 octo­bre Madame Pelosi insiste lour­de­ment, par­lant de Trump : « je ne fais plus con­fi­ance à son juge­ment. Il est sous stéroïdes ». Donc, de malade physique, Trump devient malade men­tal.

Tentative de coup de force de Pelosi

Et Nan­cy Pelosi de drama­tis­er encore les 8 et 9 octo­bre 2020, lorsqu’elle annonce vouloir dépos­er un pro­jet de loi qui « innove » en ren­forçant le rôle du Con­grès dans l’initiation de la procé­dure du 25e amende­ment : le Con­grès pour­rait con­stituer une com­mis­sion d’experts « bipar­ti­sans » non-élus pour déter­min­er l’état de san­té men­tale du prési­dent afin de déclencher automa­tique­ment les dis­po­si­tions du 25e amende­ment. Virage biopoli­tique… et fin de la sépa­ra­tion des pou­voirs?

Ce chaos pro­gram­mé par Pelosi sem­ble apparem­ment vis­er Trump. Les médias rap­pel­lent régulière­ment qu’elle est le 3e per­son­nage de l’État, et que, 25e ou pas, si l’élection du 3 novem­bre ne pro­duit aucun résul­tat du fait de con­tentieux mas­sifs qui sem­blent inévita­bles, du fait du vote par cor­re­spon­dance lui aus­si mod­i­fié, le Speak­er pour­rait devenir Prési­dente tem­po­raire. Adieu Trump, et adieu Biden!

Biden s’émancipe

Mal­gré sa toute-puis­sance, Madame Pelosi a bien des prob­lèmes: non seule­ment les « révo­lu­tion­naires » du par­ti démoc­rate ont déjà ten­té de lui chiper son poste de Speak­er et pour­raient bien y par­venir après le 3 novem­bre, mais surtout voici main­tenant que Joe Biden, grisé par les sondages, a des vel­léités d’indépendance. Sen­tant le suc­cès proche, il s’est dis­tancé, lors du dernier débat prési­den­tiel, du pro­gramme com­mun de trans­for­ma­tion du pays, pour­tant signé avec Bernie Sanders avec la béné­dic­tion de la bande des qua­tre (« the Squad ») : Ilhan Omar, Ayan­na Pres­ley, Rachi­da Tlaib, et la charis­ma­tique Alexan­dra Oca­sio-Cortez. Ces dernières ont une grande influ­ence sur Kamala Har­ris, qui avait raté sa cam­pagne des pri­maires et qui sem­ble aujourd’hui mal pass­er auprès des indépen­dants et des indé­cis.

Biden avait affir­mé avec force et sans équiv­oque : le par­ti démoc­rate, c’est moi! D’autant qu’il répète à qui veut l’entendre qu’il est un politi­cien bipar­ti­san, et que c’est bien lui « qui a bat­tu le social­iste (Sanders) » Voici de quoi énerv­er Barak, Michèle, ain­si que tous leurs amis phil­an­thropes ou hygiénistes.

Dans les heures qui ont suivi l’annonce du pro­jet Pelosi, et prenant en compte la « petite phrase » de cette dernière, Trump et l’ancien Speak­er de la Cham­bre, Newt Gin­grich ont cha­cun émis l’hypothèse que Biden était en fait la vraie cible. Si ce dernier gagne l’élection, un « coup de palais » pour­rait le forcer à laiss­er la place à Madame Kamala Har­ris, la pro­tégée de Barak Oba­ma, et sym­bole de la nou­velle Amérique inter­sec­tion­nelle pro­mue par l’aile révo­lu­tion­naire du par­ti.

Nan­cy Pelosi a‑t-elle com­mis sa pre­mière gaffe poli­tique? D’une part en ouvrant une brèche dans l’unité du par­ti démoc­rate, entre les mon­di­al­istes « révo­lu­tion­naires » décon­struc­teurs (les lob­bies tech­nétron­iques et ban­caires), et les tra­di­tion­nels social­istes-redis­trib­u­tifs (les syn­di­cats). D’autre part en révélant à ceux qui n’avaient pas com­pris le film que Joe Biden n’est après tout qu’un prête-nom dans cette élec­tion, chargé de récupér­er les mod­érés et les per­son­nes âgées, ain­si que le vote ouvri­er blanc des États-piv­ot que Trump avait con­fisqué en 2016. À suiv­re…

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