Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Accueil | Veille médias | Entretien avec Nicolas Vidal, fondateur de Putsch
Entretien avec Nicolas Vidal, fondateur de Putsch

24 janvier 2019

Temps de lecture : 7 minutes

Accueil | Veille médias | Entretien avec Nicolas Vidal, fondateur de Putsch

Entretien avec Nicolas Vidal, fondateur de Putsch

Entretien avec Nicolas Vidal, fondateur de Putsch

La crise de la presse papier, l’essor du numérique, sont devenus les marronniers de l’analyse des médias. Au-delà de cette évolution (souvent douloureuse), des entrepreneurs lancent de nouveaux bi-médias – à la fois numérique et presse – et avec un réel début de succès. C’est le cas de www.putsch.media. Putsch qui va fêter son premier anniversaire en février 2019. Entretien avec Nicolas Vidal son fondateur.

Ojim : Nico­las Vidal vous avez créé Putsch, quel est votre par­cours personnel ?

J’ai fait des études de Let­tres puis je me suis ori­en­té vers la philoso­phie puis l’Histoire à la Fac. J’ai ten­té de pré­paré Sci­ences Po mais j’étais trop attiré par la lib­erté de faire et de créer à ma façon.

Je n’ai jamais lâché la main à la pas­sion de la cul­ture et de la lit­téra­ture alors même que je bos­sais bien plus jeune dans des secteurs plus com­mer­ci­aux à l’aube de mes 25 ans. Plusieurs séjours aux USA très jeunes m’ont don­né goût à l’entreprenariat. Je voulais avoir ma boite et décider d’un cap et le tenir. Alors j’ai réfléchi à lier quelque chose autour d’internet et de la cul­ture. J’ai donc imag­iné un mag­a­zine qui pour­rait se lire exclu­sive­ment en ligne que j’ai lancé en 2007. Le jour­nal Le Monde m’avait d’ailleurs con­sacré une demi-page à l’époque avec ce titre : «  Le pio­nnier du web mag­a­zine en France ».

A cette époque, MySpace était  le réseau social de référence et nous étions encore très loin des inno­va­tions tech­nologiques. Cha­cun fai­sait ses trucs dans son coin et nous n’étions pas nom­breux. Il y avait quelque chose de très under­ground dans cette démarche. Sou­vent lorsque les gens me demandaient ce que je fai­sais dans la vie, ils me rétorquaient «  Mais sinon, quel est ton vrai travail ? ».

De plus, je me suis lancé à Mont­pel­li­er, loin de Paris et des réseaux pro­fes­sion­nels tout autant que du savoir faire bouil­lant de la cap­i­tale. Nous avons été snobés par la plu­part des insti­tu­tions et des faiseurs de cul­ture. Donc j’ai du com­pos­er tout seul et faire preuve d’inventivité. Ce fut le début de l’indépendance. Le mod­èle économique repo­sait essen­tielle­ment sur de la pub­lic­ité de la part d’annonceurs parisiens et nationaux et très peu issue du tis­su local mont­pel­liérain, pour­tant très généreux en pub­lic­ité insti­tu­tion­nelle. Mais ce fut une chance d’éprouver l’éloignement géo­graphique de Paris en créant un média et de devoir trou­ver des solu­tions pour se financer seul. En 10 ans, BSC NEWS a agrégé près de 2 000 000 de lecteurs, pub­lié près de 6000 arti­cles et inter­views et s’est entouré d’une dizaine de jour­nal­istes, très majori­taire­ment parisiens. Il est loin le temps où j’ai com­mencé mon média dans mon 20 m² à Mont­pel­li­er et mes 30 adress­es emails obtenus sur MySpace, même si j’y repense par­fois avec nos­tal­gie tant je ne me rendais pas compte des sac­ri­fices à venir et d’une implaca­ble volon­té à déploy­er pour gravir chaque éch­e­lon jusqu’à aujourd’hui. J’ai dû appren­dre beau­coup de choses très vite et les met­tre en pra­tique sans avoir aucune garantie, si ce n’est l’éventualité de me tromper et de disparaître.

Quand, pourquoi et com­ment Putsch ?

L’idée de Putsch en tant que nou­velle mar­que média a com­mencé à ger­mer en moi au début de l’année 2017.  BSC NEWS était encore instal­lé à Mont­pel­li­er et j’ai sen­ti que si nous restions sur place, nous allions péri­cliter ou devoir qué­man­der sub­ven­tions et pub­lic­ités insti­tu­tion­nelles. BSC NEWS devait grandir, voir plus grand et dévelop­per un mod­èle économique autour d’une ligne édi­to­ri­ale plus affir­mée. J’ai donc décidé de quit­ter Mont­pel­li­er et installer BSC NEWS à Paris. C’était un pari très risqué sans aucune garantie.

Quelques semaines après notre arrivée dans la cap­i­tale, j’ai souhaité que le pro­jet média actuel mute en pro­fondeur : nou­veau site, nou­velle mar­que, une ligne édi­to­ri­ale tournée plus fer­me­ment vers le débat con­tra­dic­toire et le plu­ral­isme des voix. Il m’apparaissait que les idées dans cer­tains grands médias con­vergeaient vers une sorte de main­stream des idées, une homogénéité d’opinions sur des grands sujets et des procès en sor­cel­lerie à l’encontre de voix dis­cor­dantes. Et ce n’est pas l’idée que je me fais de la presse et de la démoc­ra­tie. C’est même son antithèse.

Putsch est donc né en tant que nou­velle mar­que média avec ces prérogatives.

La déf­i­ni­tion de putsch, c’est coup d’Etat, que voulez vous renverser ?

Putsch n’a aucun volon­té belliqueuse en l’espèce. Car le débat démoc­ra­tique doit se pra­ti­quer dans l’apaisement des affects mais dans le com­bat des idées.

Putsch est un média créé pour remet­tre au cen­tre du jeu le débat con­tra­dic­toire, pili­er de notre démoc­ra­tie. J’ai l’habitude de dire que nous souhaitons bous­culer l’ordre cul­turel et intel­lectuel établi. Il est ques­tion de don­ner un autre son de cloche au prêt-à-penser, aux idées reçues et aux incan­ta­tions péremptoires.

Putsch tente d’aiguiser le libre-arbi­tre du lecteur, de lui per­me­t­tre de débat­tre sur des sujets cul­turels ( Car l’ADN de Putsch tout comme celui de BSC NEWS est cul­turel) mais aus­si poli­tiques et soci­aux. Le lecteur doit pou­voir compter, comme dans toute démoc­ra­tie qui se respecte, sur des avis dif­férents, des points de vue diver­gents pour se faire son pro­pre avis sur de très nom­breuses ques­tions. C’est le rôle d’une presse libre et indépen­dante. Car le jour­nal­iste, à mon sens, ne doit pas être par­ti­san. Son rôle est de don­ner des clés aux lecteurs, sans ten­ter dans son approche de dis­créditer ou de mag­ni­fi­er le sujet évo­qué. Un exem­ple : lorsqu’il est ques­tion de l’Union européenne, cer­tains jour­nal­istes emploient le terme de « pop­uliste » pour des pris­es de posi­tions con­tre l’Europe. Déjà le dis­crédit est là, jeté au visage.

C’est la stratégie du point God­win cen­sé met­tre un terme au débat par l’anathème. Chez Putsch, sur ces tous ces sujets, nous recevons des voix diamé­trale­ment opposées sans pren­dre par­ti afin que le lecteur se fasse sa pro­pre opinion.

Il y a nom­bre de con­cur­rents dans la presse en ligne, en quoi êtes vous dif­férent ou indis­pens­able ?

Nous n’avons pas la pré­ten­tion d’être indis­pens­ables, loin de là. Mais notre indépen­dance finan­cière et notre struc­ture flex­i­ble nous per­me­t­tent d’abonder notre ligne édi­to­ri­ale de façon très large et très rapi­de sans atten­dre la val­i­da­tion lente et laborieuse d’un chaînon déci­sion­nel qui paral­yse cer­tains grands médias. Nous recevons de très nom­breux invités qui nous sem­blent intéres­sants d’entendre et de les pro­pos­er à nos lecteurs. Ensuite, nous avons reçu des per­son­nal­ités qui, pour leurs pris­es de posi­tion, sont très peu invitées chez nos con­frères parce qu’ils dérangent ou parce qu’ils n’ont pas un poids médi­a­tique suff­isant alors même que leurs analy­ses appor­tent, à mon sens, une valeur ajoutée aux débats de toutes sortes.

Quelques coups d’éclat ? Ou coups de gueule ? 

Surtout des coups d’éclats. Putsch a obtenu en mai dernier, grâce à Mat­teo Ghisal­ber­ti, qui a rejoint Putsch en févri­er dernier, l’interview exclu­sive de Beppe Gril­lo, l’humoriste Ital­ien et fon­da­teur du mou­ve­ment des Cinque Stelle en Ital­ie. Nous avons été les seuls à qui Gril­lo a daigné accorder une inter­view en Europe. Dès sa pub­li­ca­tion, l’interview a fait un car­ton dans plusieurs pays d’Europe car Gril­lo posait la ques­tion d’une sor­tie de la zone Euro de l’Italie via un ref­er­en­dum. Nous avons été très sol­lic­ités pen­dant deux semaines pour don­ner des inter­views, per­me­t­tre la reprise de l’interview exclu­sive et céder notre contenu.

Cela a posi­tion­né Putsch comme un jeune média indépen­dant capa­ble avec peu de moyens de pro­duire des con­tenus aux­quels cer­tains très grands médias n’avaient pas accès. L’interview de Gril­lo nous a ouvert plusieurs portes à l’étranger avec des con­frères notam­ment ital­iens ain­si qu’avec des per­son­nal­ités que nous n’aurions pas pu touch­er sans cet énorme buzz médiatique.

Putsch, avec très peu de moyens et beau­coup d’audace a mon­tré que tout était pos­si­ble si le tra­vail est fait cor­recte­ment, de façon objec­tive et précise.

Un pre­mier bilan après 11 mois d’existence ? Votre pub­lic et ses attentes ?

En févri­er 2019, nous arriverons à notre pre­mier anniver­saire ! Le chemin par­cou­ru me paraît com­plète­ment fou tant je n’aurais pas misé un kopeck sur une telle marge de pro­gres­sion en seule­ment un an. Nous atteignons presque les 2 000 0000 de lecteurs en audi­ence cumulée. Notre courbe d’abonnement payant est réjouis­sante et con­tin­ue de s’intensifier au fil des semaines. Et je ne par­le même pas du rythme incroy­able de nos abon­nés gra­tu­its à la newslet­ter. Nous con­tin­uons de faire ce que nous savons faire sans nous souci­er de ces bons résul­tats. Notre sur­face médi­a­tique  s’agrandit pro­gres­sive­ment chez des con­frères TV & Radio qui nous invi­tent avec beau­coup de sym­pa­thie pour nos éclairages dis­cor­dants sur des grands sujets de société.

Con­cer­nant notre pub­lic, les retours sont autour de trois thèmes : la cul­ture, le débat, et l’objectivité. C’est aujourd’hui les prin­ci­paux moteurs qui font que nous par­venons à agréger un grand nom­bre de lecteurs et/ou d’abonnés tout en sachant que nous n’avons pas encore mobil­isé de bud­get d’acquisitions mar­ket­ing sur les réseaux soci­aux ou sur de la pub­lic­ité trans­ver­sale. Nos con­tenus aujourd’hui, seuls, nous per­me­t­tent de faire de l’acquisition ciblée de lecteurs et ce de façon de plus en plus large.

Des pro­jets pour le pre­mier semes­tre 2019 ?

En 2019, chez Putsch, nous allons con­sid­érable­ment dévelop­per la vidéo autour de Face­book Live et de vidéos réal­isées et pro­duites au sein de Putsch, qui per­me­t­tra de don­ner à notre ligne édi­to­ri­ale plus de puis­sance et plus de force. Nous pen­sons d’ailleurs à struc­tur­er un pôle unique­ment dédié à la vidéo.

Deux­ième grand volet, nous sommes en train de tra­vailler sur une lev­ée de fonds pour struc­tur­er et dévelop­per Putsch. Nous dis­cu­tons en ce moment avec cer­taines per­son­nes gros acteurs du secteur intéressées par le pro­jet Putsch et notam­ment par sa ligne édi­to­ri­ale. C’est une étape qui n’a rien à voir avec notre coeur de méti­er mais c’est stim­u­lant, même si ce proces­sus est long. Putsch génère de l’intérêt et c’est une bonne chose. Avec le mou­ve­ment des Gilets Jaunes, et mal­gré une défi­ance général­isée pour cer­tains médias, l’éco-système de la presse est en train de con­naître une redis­tri­b­u­tion des cartes.

Pour finir, nous dis­cu­tons en ce moment avec un média québé­cois très en vogue pour tiss­er un parte­nar­i­at d’importance. Nous irons d’ailleurs d’ici le print­emps au Québec pour avancer sur ce dossier auquel je tiens par­ti­c­ulière­ment. Donc c’est une con­ver­gence par­faite pour un parte­nar­i­at qui pour­rait être un excel­lent moteur d’accélération de Putsch au Québec où j’ai depuis longtemps envie de m’implanter.

Com­bi­en coûte Putsch, com­ment s’abonner ? 

Chez Putsch, nous avons opté pour deux for­mules d’abonnement extrême­ment abor­d­ables. L’une pour le site Putsch.media à 3,99 euros et l’autre, le site Putsch.Media + le jour­nal papi­er men­su­el (28 pages) à 7,99 euros. C’était une volon­té de ma part de pou­voir rester très acces­si­ble dans nos offres pour ne pas être un frein à l’abonnement. En l’état, nous sommes deux fois moins cher que NetFlix.

J’ai égale­ment insisté afin que les abon­nement soient sans engage­ment afin que le lecteur puisse le résili­er quand bon lui sem­ble. Pour s’abonner il suf­fit de le faire en deux clics sur notre site www.putsch.media.

En savoir plus

Publicité

Derniers portraits ajoutés

Arthur Dreyfuss

PORTRAIT — Le ben­jamin de l’état-major de Patrick Drahi n’en finit pas de mon­ter dans la hiérar­chie d’Altice.

Cyril Hanouna

PORTRAIT — Incar­na­tion de la « télé-poubelle », Cyril Hanouna truste les suc­cès et les places dans le Paysage Audio­vi­suel Français (PAF) en tant que pro­duc­teur, ani­ma­teur sur D8 avec « Touche pas à mon poste » et de radio à Europe 1 ou acteur de cinéma.

Christian Terras

PORTRAIT — C’est un homme qui appa­rait régulière­ment dans les médias quand il s’agit de faire le procès de l’Église catholique. Présen­té comme « théolo­gien », ou comme un « grand spé­cial­iste du catholi­cisme », il est con­sid­éré comme un inter­locu­teur val­able et objectif.

Mélissa Theuriau

PORTRAIT. Incar­na­tion vivante de la mix­ité heureuse et bour­geoise, cette grande prêtresse de la tolérance offi­cie depuis l’île-Saint-Louis, loin des car­cass­es de voitures brûlées et des vapeurs de haschich.

Audrey Pulvar

PORTRAIT — Audrey Pul­var est née le 21 févri­er 1972 à Fort-de-France (Mar­tinique). Son père, Marc Pul­var, est le fon­da­teur du Mou­ve­ment indépen­dan­tiste mar­tini­quais et secré­taire de la cen­trale syn­di­cale des tra­vailleurs mar­tini­quais (CSTM).