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Écartée de Canal Sat, « Toute l’Histoire » fait du chantage à la mémoire

4 mai 2015

Temps de lecture : 2 minutes
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Écartée de Canal Sat, « Toute l’Histoire » fait du chantage à la mémoire

Le 1er juillet prochain, la chaîne Toute l’Histoire (AB Groupe) sera retirée de CanalSat, le bouquet satellite de Canal+. En revanche, Histoire, la chaîne de TF1 dirigée par l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, y est maintenue, ce qui provoque la colère du numéro 2 d’AB Groupe.

Tout d’abord, à l’Obs, Richard Maroko note qu’il s’ag­it « d’une perte impor­tante puisque, sur nos 4 mil­lions de foy­ers abon­nés, 3 le sont par Canal­Sat, qui assure 50 % de nos revenus ». Mais surtout, assure-t-il, « la ques­tion finan­cière n’est pas l’essentiel ». Car d’après le directeur des pro­grammes du groupe, « ce n’est pas seule­ment une ques­tion d’argent, mais aus­si de morale et de poli­tique ».

En cause : le main­tien dans le bou­quet de la chaîne His­toire, con­cur­rente de Toute l’His­toire et dirigée par Patrick Buis­son. Aux yeux de l’in­tel­li­gentsia médi­a­tique, His­toire est une chaîne « sale » pilotée par un per­son­nage d’« extrême-droite ». D’après Le Monde, par exem­ple, sur His­toire, « rien n’est osten­si­ble­ment mil­i­tant, mais beau­coup de sujets sont revis­ités et cer­tains thèmes, sur­représen­tés ».

Cet état de dis­grâce était trop beau pour Richard Maroko, qui a donc choisi la carte de la morale pour défendre sa place. Il estime ain­si que la chaîne rivale « ne laisse pas la même place aux ques­tions de mémoire que nous ». Or c’est, selon lui, tout l’en­jeu, à l’heure où « cer­tains pro­pos ont ten­dance à être banal­isés et où il est plus cru­cial que jamais de rap­pel­er cer­tains faits ».

Car avant tout, Toute l’His­toire se définit comme une chaîne « con­tre tous les néga­tion­nismes ». Dans sa grille, de nom­breux pro­grammes sont en effet con­sacrés à des ques­tions mémorielles, en par­ti­c­uli­er con­cer­nant le géno­cide juif. D’ailleurs, Toute l’His­toire est parte­naire de la Fon­da­tion pour la mémoire de la Shoah et ne manque ain­si pas une occa­sion de com­mé­mor­er.

Fin jan­vi­er, celle-ci a con­sacré, pen­dant toute une semaine, ses soirées à la dif­fu­sion du film « Shoah », de Claude Lanz­mann, en qua­tre épisodes, ain­si que d’autres films du réal­isa­teur. En avril, elle a égale­ment con­sacré une autre semaine au géno­cide arménien, tou­jours en parte­nar­i­at avec le Mémo­r­i­al de la Shoah – pour­tant, à ce jour, aucun jour­nal­iste n’a encore remis en ques­tion, de la même manière qu’avec His­toire, une quel­conque « sur­représen­ta­tion » de cer­tains thèmes.

Selon Maroko, Canal+ aurait donc une sorte de devoir moral à main­tenir Toute l’His­toire sur ses canaux, d’au­tant plus qu’en par­al­lèle il per­met au grand méchant Buis­son de con­serv­er sa chaîne. Pour­tant, ce sont bien des raisons économiques qui ont motivé le choix du groupe privé.

« L’audience d’Histoire et celle de Toute l’Histoire sont iden­tiques, mais la notoriété de la pre­mière auprès de nos abon­nés est deux fois plus impor­tante que celle de la sec­onde », a ain­si com­men­té Canal­Sat. De plus, les « prospects » (clients poten­tiels visés) ont égale­ment plébisc­ité la chaîne du groupe TF1. Enfin, Canal­Sat assure avoir « prévenu ce groupe de (sa) déci­sion en juin 2014 et, à l’époque, il n’a pas fait part de la moin­dre réac­tion ».

Richard Maroko tente-t-il un coup de com’ de dernier recours pour faire pres­sion sur le groupe ? Pour ce faire, il est vrai, rien de tel qu’un bon chan­tage mémoriel…

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