Dans la tourmente, l’audiovisuel public défend son bilan à l’Assemblée

23 février 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Le 18 févri­er 2025, la com­mis­sion des affaires cul­turelles de l’Assem­blée nationale rece­vait Sibyle Veil, prési­dente direc­trice générale de Radio France, et Del­phine Ernotte, PDG de France Télévi­sions, pour ren­dre compte à la représen­ta­tion nationale de son bilan sur l’an­née écoulée.

Alors que France Télévi­sions et Radio France sont con­fron­tés à la tem­pête de la com­mis­sion sur l’au­dio­vi­suel pub­lic, la prési­dente-direc­trice générale de Radio France, Sibyle Veil, et des respon­s­ables de France Télévi­sions sont venus défendre leur bilan.

Sibyle Veil ou le délicat exercice de l’auto-congratulation

Invitée par la com­mis­sion des affaires cul­turelles et de l’É­d­u­ca­tion ce 18 févri­er, Sibyle Veil a tenu à saluer son bilan. Dépasse­ment des records d’au­di­ence pour France Cul­ture, qui « sur­nagerait dans la nou­velle ère du pod­cast », accès « pour tous » à la cul­ture (notam­ment les villes moyennes où se déplace l’orchestre de Radio France), nais­sance de la radio pour les enfants avec Le petit France Inter (1 mil­lion d’é­coutes cumulées sur trois mois), révéla­tions exclu­sives… L’ex­er­ci­ce d’au­to­con­grat­u­la­tion auquel s’est livrée Sibyle Veil devant les députés avait des accents revan­chards. Car toutes les réus­sites ici soulevées relèveraient de ce « mod­èle de pro­duc­tion interne », qui per­me­t­trait à Radio France d’être si « effi­cace » : « Nous sommes tout sauf l’im­age du mam­mouth [dont on se] sert [pour] nous car­i­ca­tur­er dans ce pays », a lancé la prési­dente. De la prox­im­ité de ter­rain à laque­lle s’as­treindraient les jour­nal­istes (avec une aug­men­ta­tion de 20 % des vol­umes des reportages et 100 heures de ter­rain sur leurs antennes), au « haut stan­dard dans la véri­fi­ca­tion des faits » à l’heure des « fake news », la PDG sem­ble vouloir pro­pos­er un con­tre­feu aux con­ster­nantes révéla­tions sus­citées par la com­mis­sion UDR sur l’au­dio­vi­suel pub­lic. La pro­preté finan­cière de l’in­sti­tu­tion a été présen­tée aux députés, qui voient s’af­fich­er à l’écran les louanges sur « la sobriété et l’ef­fi­cac­ité budgé­taire » de l’of­ficine, qui aurait opéré 116 mil­lions d’é­conomies en euros con­stants sur 10 ans (soit 80 cen­times par Français par mois). Salu­ant aus­si le regard sup­posé mélio­ratif de la Cour des comptes sur le bilan de l’in­sti­tu­tion, Sibyle Veil a con­clu son pro­pos en soulignant :

« Dans ce moment où l’au­dio­vi­suel pub­lic est légitime­ment regardé mais par­fois injuste­ment dén­i­gré, je tiens à remerci­er tous ceux qui par­mi vous nous ont témoigné leurs sou­tiens pour que nous puis­sions garder les moyens de notre action. »

Cette pre­mière par­tie de l’au­di­tion a été émail­lée par l’in­ter­ven­tion d’Anne Sicard, députée appar­en­tée RN, qui a déploré les euphémismes util­isés par Radio France à l’oc­ca­sion du meurtre de Quentin Der­anque. « Pourquoi min­imiser le crime, soulign­er que Quentin était un mil­i­tant nation­al­iste, qu’il assis­tait à des mess­es en latin. Pour cela méri­tait-il de mourir ? […] Radio France est financée par tous les Français, y com­pris ceux qui pleurent Quentin. Ils méri­tent toute la vérité. » Sibyle Veil a rap­pelé que « con­traire­ment aux réseaux soci­aux, jamais nous n’énonçons des faits sans avoir l’ensem­ble des infor­ma­tions ».

Voir aus­si : Les mati­nales de Radio France sont-elles vrai­ment ori­en­tées à gauche ?

Delphine Ernotte joue la carte de la défense de la souveraineté

À l’oc­ca­sion de son inter­ven­tion, la prési­dente-direc­trice générale de France Télévi­sions a d’abord souligné que les acteurs du privé ont récem­ment indiqué qu’il était néces­saire de « préserv­er l’au­dio­vi­suel pub­lic au risque de finir tous Améri­cains ». Elle a d’ailleurs axé son dis­cours sous cette houlette, en con­clu­ant son pro­pos lim­i­naire ainsi :

« Dans un monde où les algo­rithmes, les cap­i­taux et les cat­a­logues de con­tenus sont de plus en plus con­cen­trés hors d’Eu­rope, affaib­lir notre cat­a­logue de con­tenus reviendrait à accepter que le réc­it col­lec­tif de notre pays soit struc­turé ailleurs selon d’autres pri­or­ités que les nôtres. »

Par ailleurs, Del­phine Ernotte s’est inquiétée de la mon­tée de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle, qui met­trait sous pres­sion « l’ensem­ble du mod­èle cul­turel né après la guerre ». Dans ce cadre, a souligné Mme Ernotte :

« Il nous faut un souf­fle, une ambi­tion et une vis­i­bil­ité à hau­teur des défis […] D’i­ci à 2030, nous allons faire face à une révo­lu­tion. Il faut que la télévi­sion reste un com­pagnon de vie ».

Pour attir­er un nou­veau pub­lic, elle revendique ouvrir la télévi­sion aux créa­teurs de con­tenus, pour touch­er un pub­lic jeune.

Voir aus­si : Del­phine Ernotte, portrait

Du nouveau dans de l’ancien…

Pour faire face à cette « révo­lu­tion », Del­phine Ernotte, fraîche­ment recon­duite à la tête de France Télévi­sions, défend sa vision :

« Je crois que l’au­dio­vi­suel doit engager le plus grand mou­ve­ment de son his­toire pour être à la hau­teur de cette bascule. »

Un grand virage qui passera par une nou­velle organ­i­sa­tion (avec une direc­tion unique de l’in­for­ma­tion, un nou­veau mod­èle social (avec un suivi des recom­man­da­tions de la Cour des comptes) et un nou­veau cadre économique (avec un regret du retranche­ment de 200 mil­lions d’eu­ros au bud­get, qui se traduira notam­ment par la baisse des effec­tifs, des bud­gets de la créa­tion, la revente de droits sportifs ou l’ar­rêt de cer­taines émis­sions). Con­fron­tée aux obser­va­tions de la Cour des comptes sur le bilan financier de l’en­tre­prise, elle a indiqué que sa ges­tion n’é­tait pas remise en ques­tion, à l’in­verse des ori­en­ta­tions ou des bud­gets erra­tiques décidés par… les tutelles de l’entreprise.

Rodolphe Cha­la­mel