Le 18 février 2025, la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale recevait Sibyle Veil, présidente directrice générale de Radio France, et Delphine Ernotte, PDG de France Télévisions, pour rendre compte à la représentation nationale de son bilan sur l’année écoulée.
Alors que France Télévisions et Radio France sont confrontés à la tempête de la commission sur l’audiovisuel public, la présidente-directrice générale de Radio France, Sibyle Veil, et des responsables de France Télévisions sont venus défendre leur bilan.
Sibyle Veil ou le délicat exercice de l’auto-congratulation
Invitée par la commission des affaires culturelles et de l’Éducation ce 18 février, Sibyle Veil a tenu à saluer son bilan. Dépassement des records d’audience pour France Culture, qui « surnagerait dans la nouvelle ère du podcast », accès « pour tous » à la culture (notamment les villes moyennes où se déplace l’orchestre de Radio France), naissance de la radio pour les enfants avec Le petit France Inter (1 million d’écoutes cumulées sur trois mois), révélations exclusives… L’exercice d’autocongratulation auquel s’est livrée Sibyle Veil devant les députés avait des accents revanchards. Car toutes les réussites ici soulevées relèveraient de ce « modèle de production interne », qui permettrait à Radio France d’être si « efficace » : « Nous sommes tout sauf l’image du mammouth [dont on se] sert [pour] nous caricaturer dans ce pays », a lancé la présidente. De la proximité de terrain à laquelle s’astreindraient les journalistes (avec une augmentation de 20 % des volumes des reportages et 100 heures de terrain sur leurs antennes), au « haut standard dans la vérification des faits » à l’heure des « fake news », la PDG semble vouloir proposer un contrefeu aux consternantes révélations suscitées par la commission UDR sur l’audiovisuel public. La propreté financière de l’institution a été présentée aux députés, qui voient s’afficher à l’écran les louanges sur « la sobriété et l’efficacité budgétaire » de l’officine, qui aurait opéré 116 millions d’économies en euros constants sur 10 ans (soit 80 centimes par Français par mois). Saluant aussi le regard supposé mélioratif de la Cour des comptes sur le bilan de l’institution, Sibyle Veil a conclu son propos en soulignant :
« Dans ce moment où l’audiovisuel public est légitimement regardé mais parfois injustement dénigré, je tiens à remercier tous ceux qui parmi vous nous ont témoigné leurs soutiens pour que nous puissions garder les moyens de notre action. »
Cette première partie de l’audition a été émaillée par l’intervention d’Anne Sicard, députée apparentée RN, qui a déploré les euphémismes utilisés par Radio France à l’occasion du meurtre de Quentin Deranque. « Pourquoi minimiser le crime, souligner que Quentin était un militant nationaliste, qu’il assistait à des messes en latin. Pour cela méritait-il de mourir ? […] Radio France est financée par tous les Français, y compris ceux qui pleurent Quentin. Ils méritent toute la vérité. » Sibyle Veil a rappelé que « contrairement aux réseaux sociaux, jamais nous n’énonçons des faits sans avoir l’ensemble des informations ».
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Delphine Ernotte joue la carte de la défense de la souveraineté
À l’occasion de son intervention, la présidente-directrice générale de France Télévisions a d’abord souligné que les acteurs du privé ont récemment indiqué qu’il était nécessaire de « préserver l’audiovisuel public au risque de finir tous Américains ». Elle a d’ailleurs axé son discours sous cette houlette, en concluant son propos liminaire ainsi :
« Dans un monde où les algorithmes, les capitaux et les catalogues de contenus sont de plus en plus concentrés hors d’Europe, affaiblir notre catalogue de contenus reviendrait à accepter que le récit collectif de notre pays soit structuré ailleurs selon d’autres priorités que les nôtres. »
Par ailleurs, Delphine Ernotte s’est inquiétée de la montée de l’intelligence artificielle, qui mettrait sous pression « l’ensemble du modèle culturel né après la guerre ». Dans ce cadre, a souligné Mme Ernotte :
« Il nous faut un souffle, une ambition et une visibilité à hauteur des défis […] D’ici à 2030, nous allons faire face à une révolution. Il faut que la télévision reste un compagnon de vie ».
Pour attirer un nouveau public, elle revendique ouvrir la télévision aux créateurs de contenus, pour toucher un public jeune.
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Du nouveau dans de l’ancien…
Pour faire face à cette « révolution », Delphine Ernotte, fraîchement reconduite à la tête de France Télévisions, défend sa vision :
« Je crois que l’audiovisuel doit engager le plus grand mouvement de son histoire pour être à la hauteur de cette bascule. »
Un grand virage qui passera par une nouvelle organisation (avec une direction unique de l’information, un nouveau modèle social (avec un suivi des recommandations de la Cour des comptes) et un nouveau cadre économique (avec un regret du retranchement de 200 millions d’euros au budget, qui se traduira notamment par la baisse des effectifs, des budgets de la création, la revente de droits sportifs ou l’arrêt de certaines émissions). Confrontée aux observations de la Cour des comptes sur le bilan financier de l’entreprise, elle a indiqué que sa gestion n’était pas remise en question, à l’inverse des orientations ou des budgets erratiques décidés par… les tutelles de l’entreprise.
Rodolphe Chalamel

