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Cancel Culture : l’édition aussi, les livres du Dr Seuss censurés

10 mars 2021

Temps de lecture : 2 minutes

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10 mars 2021

La culture de l’effacement venue d’Amérique veut gommer une large part de l’histoire européenne pour laisser la place aux “décoloniaux, aux intersectionnels racisés” et à leurs représentants ethniques. L’édition n’échappe pas au mouvement. Les livres pour enfants de l’auteur américain Dr Seuss (publiés en France au Nouvel Attila) sont tombés sous le couperet. Nous reproduisons un entretien de son traducteur Stephen Carrière (lui-même éditeur) dans Les univers du livre du 5 mars 2021 sur le site ActuaLitté.

Seuss, le vivre-ensemble et la cancel culture

Cess­er la com­mer­cial­i­sa­tion de livres du Dr Seuss, accusés de véhiculer un « racisme infect » par cer­tains com­men­ta­teurs, voilà qui donne à réfléchir. Les ouvrages jeunesse de l’Américain n’ont pas con­nu en France le suc­cès d’outre-Atlantique. Pour­tant, leur tra­duc­teur français s’inquiète, à plus d’un titre, de ces com­porte­ments. D’autant que Stephen Car­rière, qui a traduit une dizaine d’oeuvres de Seuss, est égale­ment édi­teur, directeur des édi­tions Anne Car­rière. Il nous répond.

Actu­aLit­té : Le 2 mars, journée nationale de la lec­ture aux États-Unis, six ouvrages sont sup­primés de la vente, qu’en pensez-vous ?

Stephen Car­rière : Cela m’effraie.

Vous avez été le tra­duc­teur de livres de Seuss en France : com­ment com­prenez-vous cette décision ?

Stephen Car­rière : Par­ler de ce que l’on n’a pas lu est tou­jours com­pliqué et je n’ai pas lu les albums en ques­tion. J’ai seule­ment vu deux dessins incriminés.

Il me sem­ble que ce sont les ayant-droits qui ont pris les devants de peur que le zeit­geist ne rat­trape Seuss et que toute son œuvre prodigieuse se voit entachée. Ils sont dans leur rôle. Je com­prends leur choix. L’époque s’enivre de bûch­ers, ils ont un héritage cul­turel pré­cieux à protéger.

Après une dizaine de tra­duc­tions des livres de Seuss, le racisme est-il un élé­ment flagrant ? 

Stephen Car­rière : L’absence de racisme, le culte de la tolérance et l’humanisme sont les seuls « élé­ment fla­grants » des livres de Seuss que j’ai traduits.

Les dessins incrim­inés dans les albums retirés de la vente aux États-Unis sont des représen­ta­tions de stéréo­types jugés racistes. J’ai vu, pour ma part, un per­son­nage chi­nois en cos­tume tra­di­tion­nel avec des baguettes et deux Africains en pagne. Un regard d’un autre temps, oui. Cri­ti­quable ? Oui. Mais c’est com­pliqué cette pas­sion de tra­quer les stéréo­types racistes dans les œuvres d’un autre temps.

La pen­sée « pro­gres­siste » aura-t-elle gag­né quelque chose quand on retir­era de la vente Dans la dèche de Paris à Lon­dres de George Orwell à cause des stéréo­types anti­sémites qu’il con­tient ? On peut dire : « Oui mais Seuss c’est pour les enfants. » Dis­ney a du mal d’ailleurs avec son cat­a­logue en ce moment. Je crois que cet argu­ment m’effraie encore plus. C’est nier totale­ment la respon­s­abil­ité éduca­tive des par­ents et qu’est-ce que cela dit de l’aspiration à la con­struc­tion d’un esprit critique ?

On évoque des stéréo­types artic­ulés sur une imagerie dégradante… mais qu’en est-il de la can­cel cul­ture ?

Stephen Car­rière : Je pense que la can­cel cul­ture est un com­bat mené par des gens qui éprou­vent un égal dégoût pour la rigueur intel­lectuelle, la nuance et la cul­ture. Ce n’est pas une men­ace nou­velle : le fas­cisme, le nazisme, le stal­in­isme et le maoïsme ont beau­coup con­tribué à faire pro­gress­er la discipline.

A suiv­re sur Actu­aLit­té

 

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