À compter du 22 juillet, Radio France restitue environ 300 fréquences FM, soit 12 % de son parc. Présentée comme une modernisation, l’opération répond surtout à une contrainte budgétaire : économiser 3,9 millions d’euros par an sans trop égarer les auditeurs.
Les habitués de Franceinfo, France Musique ou Ici ont parfois découvert une autre station en tournant leur bouton depuis le 22 juillet. Dans plusieurs villes, les fréquences ont été permutées ou supprimées dans un contexte de déclin, lent, de la radio. Il ne s’agit pas de 300 radios qui disparaissent, mais d’environ 300 fréquences ou points de diffusion FM rendus à l’Arcom.
Trois réseaux de radio, devenus trop coûteux, ont cessé leurs activités.
Radio France diffuse désormais ses programmes par la FM, Internet et le DAB+. Le DAB+ est la radio numérique terrestre. C’est l’équivalent de la TNT pour la radio : une technologie de diffusion numérique par ondes hertziennes (comme la FM), mais en version digitale, permettant de diffuser plus de stations avec une meilleure qualité (sans grésillements) et une réception plus robuste.
Entretenir simultanément ces trois réseaux coûte cher, alors que le budget 2026 impose 4,1 millions d’euros d’économies supplémentaires au groupe public. Radio France profite donc du déploiement du DAB+, accessible à plus de 80 % des Français, pour réduire son réseau FM historique de 12 %. L’économie attendue atteint 3,9 millions d’euros par an.
Radio France présente la bascule comme une manière de « moderniser la diffusion de ses antennes » et d’encourager les nouveaux usages. Mais certains auditeurs devront acheter un appareil compatible ou se rabattre sur Internet, ce qui pourrait compliquer la transition dans un contexte de bouleversement des habitudes radiophoniques avec une progression de l’écoute des podcasts.
Franceinfo gagne, France Musique recule
La réorganisation ne consiste pas seulement à supprimer des fréquences : certaines sont réaffectées. Franceinfo doit ainsi passer d’une couverture FM de 80 % à 93 % de la population, tandis qu’Ici progressera de 88 % à 90 %. Radio France affirme avoir choisi de privilégier « l’information et la proximité », notamment pour garantir un accès aux consignes en période de crise.
La principale perdante est France Musique. Dans certains territoires, elle quitte la FM et bascule vers un modèle associant DAB+ et numérique. Quant au Mouv’, la station hip-hop cessera totalement d’émettre en FM le 31 août et restituera 31 fréquences, pour devenir une offre uniquement numérique.
Une modeste économie dans un vaste ensemble public
La mesure doit être replacée dans les dimensions de Radio France : sept radios nationales, 44 stations locales et quatre formations musicales, financées très majoritairement par l’argent public. En 2025, sa dotation rectifiée atteignait 645,1 millions d’euros pour le fonctionnement, auxquels s’ajoutaient 7 millions d’investissements. Dans cet ensemble, 3,9 millions d’économies représentent une goutte d’eau plus qu’une révolution.
Le rapport Alloncle allait beaucoup plus loin : suppression de Mouv’, audit des 54 chaînes et antennes de l’audiovisuel public, fusion des réseaux France 3 Régions et Ici, mutualisation des fonctions supports et rapprochement des deux orchestres. La restitution des fréquences montre au moins que la rationalisation n’est plus une idée théorique. Reste à savoir si Radio France entend seulement déplacer quelques curseurs ou réellement interroger l’étendue de son coûteux périmètre.
Olivier Frèrejacques

