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« L’UE veut nous asservir » : la Commission européenne torpille le texte français sur la majorité numérique

10 juillet 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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La Com­mis­sion européenne a ren­du un avis défa­vor­able sur le texte français visant à inter­dire les réseaux soci­aux aux moins de 15 ans. Brux­elles estime que le dis­posi­tif est incom­pat­i­ble avec le DSA et risque de frag­menter le marché intérieur tout en con­férant trop de pou­voirs à l’Arcom. Une ingérence sus­ci­tant la colère des lanceurs d’alerte, qui regret­tent un téle­sco­page de vel­léités bureaucratiques.

« Ne croyez pas que l’UE nous fait une fleur en reje­tant le texte sur l’interdiction des réseaux soci­aux », réagis­sait le 6 juil­let le lanceur d’alerte Jon Delo­raine sur X.

Le jour même, la Com­mis­sion européenne rendait un avis sur la propo­si­tion de loi inter­dis­ant les réseaux soci­aux aux moins de 15 ans, prévue pour la ren­trée prochaine. Selon Brux­elles, le texte français n’est pas pleine­ment com­pat­i­ble avec le DSA, le règle­ment européen sur les ser­vices numériques.

« La com­mis­sion européenne veut impos­er son texte. Et nous asservir. », martèle encore Jon Delo­raine. Il est vrai, c’est un échec pour les par­lemen­taires français. Pour Emmanuel Macron aus­si, lui qui a fait de cette « majorité numérique » l’un de ses prin­ci­paux engage­ments pour 2026.

« Nous parta­geons pleine­ment l’ob­jec­tif des autorités français­es : les mineurs doivent être mieux pro­tégés en ligne », a voulu ras­sur­er Thomas Reg­nier, le porte-parole de la Com­mis­sion en matière de numérique, cité par l’AFP.

La Commission craint une « fragmentation des systèmes nationaux »

Reste que la posi­tion de Brux­elles est claire : « L’avis de la com­mis­sion con­tribue à garan­tir que toute mesure nationale soit effi­cace et con­forme au droit de l’UE » a ain­si indiqué Reg­nier, avant d’ajouter : « Nous devons réduire au min­i­mum la frag­men­ta­tion des sys­tèmes nationaux, qui pour­rait créer une insécu­rité juridique ou affaib­lir l’ap­pli­ca­tion de la loi ». C’est-à-dire des règles dif­férentes selon les pays et selon les plateformes.

En effet, après l’initiative de l’exécutif français, votée par l’Assemblée nationale, le texte prévoy­ait une inter­dic­tion très large, visant « tout ser­vice de réseau social en ligne fourni par une plateforme ».

Le Sénat est ensuite inter­venu en mars, créant un sys­tème à deux vitesses :

1. Une inter­dic­tion totale por­tant sur les réseaux « par­ti­c­ulière­ment dan­gereux » (qui nuisent à l’épanouissement physique et moral des mineurs, en rai­son des con­tenus ou des algo­rithmes). La liste devra être définie par arrêté min­istériel après avis de l’Arcom.

2. Un accès con­di­tion­nel aux autres réseaux soci­aux, mais avec accord « exprès et préal­able » des par­ents, qui peu­vent de sur­croît fix­er des lim­ites sur les horaires, la durée ou les types de contenus.

C’est ce mécan­isme qui per­turbe les plans de la Com­mis­sion. Selon des sources « proches du dossier » citées par BFMTV le 6 juil­let, « la Com­mis­sion craint que la propo­si­tion de loi ne con­fie des pou­voirs trop impor­tants au régu­la­teur français des médias, l’Ar­com, empié­tant sur ses pro­pres prérogatives ».

En clair : les exé­cu­tifs français et européens craig­nent une frag­men­ta­tion du marché intérieur, avec des règles dif­férentes, mais aus­si un télés­co­page de mécan­ismes, l’Arcom étant déjà coor­di­na­teur du DSA.

« L’incompétence française offre à Bruxelles un prétexte »

Der­rière cela, une querelle de pou­voir, la Com­mis­sion voulant garder la main sur les oblig­a­tions imposées aux grandes plate­formes. Désor­mais, les par­lemen­taires français devront accouch­er d’une nou­velle mou­ture en Com­mis­sion paritaire.

Le lanceur d’alerte JBG a fustigé sur X le 7 juil­let « l’incompétence française qui offre à Brux­elles sont pré­texte ». Selon lui, « un texte mal ficelé appelle mécanique­ment la réponse seule l’Union peut agir ». La Com­mis­sion veut en effet appli­quer en l’espèce la supéri­or­ité de son droit sur le droit nation­al : « Brux­elles sug­gère que la loi française « prévoie un mécan­isme per­me­t­tant de sus­pendre ou d’ab­roger toute mesure nationale » si des règles de l’U­nion arrivent. »

Et JBG de con­clure : « Nous cumu­lons le pire — des par­lemen­taires impuis­sants et une Com­mis­sion irre­spon­s­able devant les électeurs — l’une et l’autre invo­quant l’en­fance pour légitimer leur pou­voir, sans qu’au­cune ne pro­tège un seul enfant ».

De son côté, Amélie Ismaïli, autre lanceuse d’alerte, a dénon­cé le même jour une ingérence de la Com­mis­sion, qui s’attaque à un texte davan­tage pro­tecteur des lib­ertés : « l’UE souhaite ren­forcer son pou­voir de cen­sure, sans laiss­er aucun échappatoire ».

L’Espagne et le Dane­mark veu­lent aus­si instau­r­er une majorité numérique. La Grande-Bre­tagne l’a annon­cé avant la démis­sion le mois de dernier de Keir Starmer. Les Européens suiv­ent les pas de l’Australie, dont la loi est entrée en vigueur en décem­bre 2025.

Une ten­dance qui ne fait pas l’unanimité : les scep­tiques rap­pel­lent que les plate­formes devront col­lecter des don­nées d’identité, créant un précé­dent dan­gereux pour l’instauration d’une iden­tité numérique oblig­a­toire sur Internet.

De leur côté, les géants de la tech regret­taient déjà en Aus­tralie le coût énorme de la mise en con­for­mité légale, récla­mant que la respon­s­abil­ité incombe davan­tage aux par­ents et non aux plate­formes. Inverse­ment, les cri­tiques soulig­naient que les plate­formes pour­raient met­tre fin au « scroll infi­ni », généra­teur de dépen­dance aux réseaux soci­aux. Enfin, il est évi­dent que ces lois men­a­cent d’inciter les mineurs à migr­er vers des plate­formes non régulées et des mes­sageries privées plus dangereuses.

Édouard Chan­ot

Voir aus­si : « Marine Le Pen can­di­date » : dix réac­tions qui racon­tent déjà la cam­pagne de 2027

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