Marine Le Pen a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 au lendemain d’une décision judiciaire qui la rend de nouveau éligible. Sur X, journalistes, éditorialistes et influenceurs ont aussitôt commenté cette entrée en campagne sous haute surveillance judiciaire. Sélection.
Une certitude s’est imposée en quelques heures : en annonçant simultanément son pourvoi et sa candidature, Marine Le Pen a évité que la soirée du 7 juillet soit racontée médiatiquement comme celle d’une condamnation.
Sélection : la campagne judiciaire devient campagne présidentielle
Nous avons sélectionné dix posts, dix regards provenant d’univers médiatiques et idéologiques différents. Ces réactions montrent que l’annonce n’a réglé aucun des débats ouverts par le procès. Pour les uns, la candidature de Marine Le Pen banalise la présence d’une personnalité condamnée au premier plan de la vie publique. Pour les autres, sa capacité à demeurer dans la course confirme son endurance et pourrait renforcer son discours contre un pouvoir aussi critiqué par les Français, ici celui des juges.

Mardi 7 juillet, au journal de 20 heures de TF1, Marine Le Pen a confirmé sa quatrième candidature à l’Élysée. Condamnée en appel à trois ans de prison, dont deux avec sursis, et à quarante-cinq mois d’inéligibilité, dont trente avec sursis, la présidente du groupe RN a déjà purgé la partie ferme de cette dernière peine. Elle a simultanément annoncé un pourvoi en cassation, qui devrait suspendre l’exécution du port du bracelet électronique. Sur X, les réactions ont rapidement dessiné des récits.
Les détracteurs ne lâcheront rien
1. Ilan Gabet : démonter la légitimité de la candidature
« Juriste » et militant de gauche radicale, auteur d’un blog sur Mediapart, Ilan Gabet s’est constitué une audience importante grâce à ses commentaires juridiques et politiques. Il réunit environ 116 000 abonnés sur X. Après le jugement, il a publié un long fil affirmant :
« Le RN va encore mentir pour manipuler l’opinion. »
Il entreprend notamment de réfuter les arguments sur l’absence d’enrichissement personnel ou le simple « désaccord administratif ». Il fustige un détournement massif de 4,5 millions d’euros publics sur plus de 12 ans, et voit dans la rémunération de proches (son ex-compagnon Louis Aliot, sa sœur Yann Le Pen, etc.) un « enrichissement personnel ». Sa réaction est une attaque visant la légitimité de la candidature.
2. Antton Rouget : s’attaquer aux contradictions
Journaliste au pôle Enquêtes de Mediapart, Antton Rouget travaille notamment sur les affaires politico-financières et les réseaux de droite. Son compte rassemble environ 43 500 abonnés.
Il s’est fendu de très nombreux messages, dont un dans lequel il place Marine Le Pen devant la contradiction de ses précédentes déclarations sur des personnalités politiques, ici avec Jean-François Copé.
3. Jean-Michel Aphatie : le poids du précédent
Ancien visage de RTL, de Canal+ et de France Info, Jean-Michel Aphatie poursuit ses éditoriaux politiques dans Quotidien, sur TMC, et a glissé vers des analyses de plus en plus à gauche.
Avec environ 522 000 abonnés, il possède la plus large audience de cette sélection. Sur X, son commentaire résume la séquence en une comparaison « historique » :
« Il y a dix ans, on n’imaginait pas un candidat mis en examen. En 2027, une personne deux fois condamnée pour détournement de fonds publics sera candidate. »
Le chroniqueur a publié un très long message. En effet, il paye un abonnement à X (à Elon Musk donc) et peut donc tartiner à souhait ! Il publie par ailleurs une formule ironique sur une candidature sous bracelet électronique, situation que, selon lui, le général de Gaulle n’avait pas anticipée.
4. Raphaël Enthoven : l’alternative résumée en une pique
Essayiste, agrégé de philosophie et homme de radio et de télévision, Raphaël Enthoven est notamment connu pour l’émission Philosophie sur Arte et pour avoir cofondé l’hebdomadaire Franc-Tireur. Twittos frénétique, il est suivi par environ 295 000 personnes sur X. Sa réaction ne s’embarrasse guère de précautions :
« En 2027, le RN va-t-il envoyer un adolescent ou un repris de justice ? »
L’« adolescent » désigne évidemment Jordan Bardella et la seconde expression Marine Le Pen. Une formule polémique, pensée pour résumer brutalement le dilemme auquel le RN semblait encore confronté quelques heures auparavant.
5. Renaud Dély : relever le changement de stratégie
Journaliste politique passé notamment par Libération, Le Parisien, L’Obs et Marianne, Renaud Dély (« mètre-étalon du politiquement correct », selon l’OJIM) anime aujourd’hui 28 minutes samedi sur Arte et intervient comme éditorialiste sur France Info. Il compte près de 100 000 abonnés.
Il rappelle que Marine Le Pen répétait qu’elle ne se pourvoirait pas en cassation en cas de nouvelle condamnation, afin de laisser le RN engager sa campagne présidentielle. Le commentateur reprend moins la légalité de sa candidature que, lui aussi, la contradiction entre ses déclarations antérieures et la tactique finalement choisie.
Entre analyse stratégique et soutien assumé
6. Christophe Barbier : la campagne commence réellement
Ancien directeur de la rédaction de L’Express, Christophe Barbier est désormais éditorialiste sur LCI et pour Actualité juive, tout en assurant une chronique théâtrale sur Radio J. Son compte X rassemble environ 415 000 abonnés.
Avant même le verdict, il estimait sur LCI que « la campagne présidentielle commencera vraiment le 7 juillet ». Le chroniqueur reprend sur X des exemples de binômes président/premier ministre et estime, assez lucidement, que Marine Le Pen se prive d’un effet de levier pour un second tour en s’imposant Jordan Bardella comme chef de gouvernement d’office.
7. Pierre-Alexandre Bouclay : Marine Le Pen, bientôt le tsunami ?
Président de Radio Courtoisie, ex-dir. com’ de l’ONG SOS Chrétiens d’Orient, Pierre-Alexandre Bouclay a estimé que « la condamnation pouvait (…) devenir une force déterminante pour 2027 ». Pour lui, pas de doute : même si elle venait à faire campagne avec un bracelet électronique, Marine Le Pen pourrait en faire un carburant supplémentaire de la défiance envers les institutions. Alors deviendra-t-elle une « authentique rebelle » ?
« Si Marine Le Pen fait campagne avec son bracelet électronique, ce serait un récit médiatique planétaire, elle serait une icône anti-système ».
💥 “Si Marine Le Pen fait campagne avec son bracelet électronique, imaginez les récits dans la presse mondiale. Elle peut devenir une icône de la révolte contre le système. Si j’étais elle, je ferais campagne !”
🗣️ @bouclay1 détaille en quoi la condamnation peut, à l’inverse de… pic.twitter.com/CO9LUVttOh
— Radio Courtoisie (@radiocourtoisie) July 7, 2026
8. Arnaud Stéphan : l’ancien communicant applaudit la prestation
Fondateur de l’agence La Note de Com’, auteur de documentaires et consultant en communication, Arnaud Stéphan a autrefois conseillé Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal et Marine Le Pen. Chroniqueur passé par LCI et Sud Radio, il intervient désormais régulièrement dans Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie. Il est suivi par un peu plus de 4 000 personnes sur X.
Au lendemain de l’entretien, il juge sur l’antenne de Radio Courtoisie dans la matinale Ligne droite qu’il s’agit du « meilleur 20 Heures » réalisé par Marine Le Pen. Là où ses adversaires retiennent la condamnation, l’ancien communicant analyse la maîtrise du plateau, la capacité de rebond et la reprise immédiate de l’initiative politique.
9. Tugdual Denis : « son plus gros uppercut »
Journaliste politique et auteur de La Cendre et le Feu, Tugdual Denis dirige Valeurs actuelles et intervient comme éditorialiste à la télévision et à la radio. Il compte environ 20 200 abonnés sur X.
Sur RTL, dans une séquence aussitôt relayée sur X, il a résumé l’opération politique par une métaphore pugilistique : « Au moment où elle devait céder, elle lâche son plus gros uppercut. »
Marine Le Pen annonce qu’elle va se pourvoir en cassation : “Au moment où elle devait céder, elle lâche son plus gros uppercut”@TugdualDenis, directeur de la rédaction de @Valeurs, au micro de @vincent_parizot dans #RTLSoir pic.twitter.com/4zFopP474q
— RTL France (@RTLFrance) July 7, 2026
Pour Denis, l’annonce du pourvoi et de la candidature permet à Marine Le Pen de renverser une soirée qui devait théoriquement consacrer son affaiblissement.
10. Charles Sapin : le récit de la survivante
Spécialiste de la droite et du Rassemblement national, Charles Sapin est journaliste politique au Point, où il couvre les recompositions partisanes et les ambitions présidentielles. Son compte rassemble près de 11 000 abonnés. Son recrutement prochain par Valeurs actuelles a par ailleurs été annoncé début juillet.
Quelques minutes après l’annonce, il publie un article au titre évocateur : « Marine Le Pen, la survivante », qu’il partage sur X en évoquant une candidature s’accompagnant de « paris à hauts risques » et une campagne reposant désormais sur trois inconnues : un juge (la décision à venir), un dauphin (Bardella) et un banquier (pour financer sa campagne).
La candidature de Marine Le Pen à la présidentielle s’accompagne de paris à hauts risques. Sa campagne repose désormais sur trois inconnues : un juge, un dauphin et un banquier.
Par @csapin #Presidentielle2027
➡️ https://t.co/c8qUnoOfbt pic.twitter.com/arAqA0qM70— Le Point (@LePoint) July 8, 2026
Bref. Les très nombreuses réactions et le maintien de son nom comme « tendance » sur le réseau social X témoignent que Marine Le Pen ne laisse pas indifférent. C’est sans doute elle qui a lancé la campagne ce 7 juillet. Restera-t-elle en pole position ?
Olivier Frèrejacques
Voir aussi : ÉTUDE INÉDITE. Pluralisme dans l’audiovisuel : comment l’Arcom a fermé les yeux sur LCI et France Info

