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Radio Nova : l’humoriste Akim Omiri survivra-t-il à l’accusation d’antisémitisme ?

31 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Nou­velle querelle autour du média de Math­ieu Pigasse, Radio Nova. L’irruption du col­lec­tif « Nous Vivrons » sur le plateau de « La Riposte » a rou­vert les hos­til­ités. Akim Omiri, Guil­laume Meurice ou Pierre-Emmanuel Bar­ré d’un côté ; Sophia Aram, Car­o­line Fourest de l’autre : les voisins idéologiques s’écharpent.

26 mai : des mil­i­tants pro-israéliens de Nous Vivrons débar­quent sur le plateau de « La Riposte », l’émission d’Akim Omiri sur Radio Nova, pour l’accuser d’antisémitisme. Face à Car­o­line Mau­ry, secré­taire générale du col­lec­tif, l’humoriste garde son calme et demande des exem­ples pré­cis : « Qu’est-ce que j’ai dit d’antisémite ? »

La séquence, dev­enue virale, con­dense le moment : des pro­fes­sion­nels de l’antiracisme, du soupçon et de la dénon­ci­a­tion retour­nent leurs pro­pres armes les uns con­tre les autres.

Dans une vidéo de réponse, pub­liée le 29 mai sur YouTube (où il est suivi par 750 000 per­son­nes), Omiri se défend : il dénonce une sit­u­a­tion « absurde », où un humoriste est con­traint de se défendre pour des plaisan­ter­ies, y voy­ant une cam­pagne de calom­nie et une « attaque frontale con­tre la lib­erté d’expression ». « La sit­u­a­tion est grave », résume-t-il.

Il revendique suiv­re les pas de Coluche ou des Guig­nols de l’info. Plus pré­cisé­ment, il récuse l’amalgame entre cri­tique du gou­verne­ment de Netanyahu et anti­sémitisme et regrette que des plaisan­ter­ies satiriques aient été tirées de leur contexte.

L’affaire n’est pas sans rap­pel­er un précé­dent, plus rad­i­cal toute­fois : le cas Dieudon­né, con­damné une demi-douzaine de fois entre 2006 et 2023 pour provo­ca­tion à la haine ou néga­tion­nisme, voire pour diffama­tion. Un ter­rain pour le moins glis­sant, qui a con­duit cet humoriste à la mar­gin­al­i­sa­tion et donc à la mort sociale. Reste à savoir si Omiri est allé ou ira aus­si loin… ou si les critères en France ont évolué.

Radio Nova, que cache la « bataille culturelle » ?

Depuis l’arrivée en sep­tem­bre 2024 de Guil­laume Meurice et de sa bande, Radio Nova assume un virage humoris­tique très à gauche… et très anti-israélien. Rap­pelons d’ailleurs que Meurice a été licen­cié de France Inter en juin 2004 pour avoir lancé (à deux repris­es) que Ben­jamin Netanyahu était « une sorte de nazi, mais sans prépuce. »

Pour l’heure, la direc­tion tient la ligne de l’humour acide. Le pro­prié­taire de la chaîne, Matthieu Pigasse, défend une lib­erté totale, en expli­quant que Radio Nova serait un espace « irrévéren­cieux ». Il faut dire qu’il use de l’argument d’autorité absolu, ressas­sant avoir engagé « une bataille cul­turelle avec l’extrême droite ». Cela suffira-t-il ?

Pour l’heure aus­si, les chiffres asseyent son aura : le pub­lic de la radio explose. En avril 2026 selon Médi­amétrie, la sta­tion a atteint près de 1,6 mil­lion d’auditeurs quo­ti­di­ens con­tre… 334 000 début 2024. Soit +380 %.

Mais le décor social est moins révo­lu­tion­naire qu’annoncé. Le comé­di­en Ariel Wiz­man, ancien chroniqueur de la mai­son, a résumé cru­elle­ment l’écart entre dis­cours et pub­lic, le 26 mai dernier dans Le Figaro : « Nous rece­vions Houelle­becq ET Raoul Vaneigem, Rachid Taha ET Jean d’Ormesson, Éric ET Ramzy, Omar ET Fred. « Oui, bien malins qui, à cette époque, dis­tin­guaient les Blancs des Noirs et les gris clairs des gris fon­cés ». Et Wiz­man de dénon­cer le huis clos et de vis­er Pigasse : « riant l’un pour l’autre, appuyés par un par­ti, une idéolo­gie, comme au bon vieux temps des purges, ils vivent d’applaudimètre et de sous-enten­dus, tous au ser­vice d’un aspi­rant « ban­quier anar­chiste », qui veut qu’on sache qu’il « aime le rock », est « punk », what­ev­er that means. » À l’entendre, les nou­veaux prêcheurs de l’antiracisme joueraient devant une salle blanche, urbaine, diplômée : « Il n’y a pas un seul racisé dans votre pub­lic, pas un », fustige-t-il.

Fourest, Aram, Barré : la guerre des gauches

Car­o­line Fourest, direc­trice de la rédac­tion de Franc-Tireur, a aus­si engagé un bras de fer avec Radio Nova, accu­sant sur LCI le 13 mai dernier la radio d’être dev­enue un « CNews inver­sé », voire « Radio Gaza » ou, il fal­lait s’y atten­dre, « Radio Dieudon­né ». Sophia Aram, régulière­ment ciblée, a dénon­cé un humour de « meute ». La chroniqueuse qui n’hésite pas à se mon­tr­er très dure dans ses pris­es de parole sem­ble peu goûter l’humour cor­rosif quand elle en est la cible… Était alors en cause : une chronique de Pierre-Emmanuel Bar­ré visant Gabriel Attal et imag­i­nant (avec délec­ta­tion) Sophia Aram ren­ver­sée par une voiture, celle-ci étant accusée de rel­a­tivis­er les rav­ages de la poli­tique israéli­enne au Proche-Orient.

Guil­laume Meurice, Juli­ette Arnaud, Aymer­ic Lom­pret, Pierre-Emmanuel Bar­ré, Akim Omiri ou Flo­rence Mendez se veu­lent, eux, comme les « francs-tireurs » d’une gauche qui « résiste » à la droiti­sa­tion sup­posée du pays, non sans utilis­er le terme « francs-tireurs » pour faire un pied de nez au jour­nal de Fourest et con­sorts, organe de la gauche vague­ment macro­nisée.

L’antiracisme institutionnel contre lui-même

La querelle est révéla­trice. La gauche sociale-démoc­rate, laïque et pro-Franc-Tireur reproche à la gauche Nova de flirter avec l’indigénisme et l’antisionisme. La gauche Nova répond en accu­sant ses cri­tiques de servir la droite, l’ordre médi­a­tique ou le « print­emps répub­li­cain ». Entre les deux, cha­cun garde le même logi­ciel : dis­qual­i­fi­er morale­ment l’adversaire.

Le plus piquant est peut-être là. Ceux qui ont longtemps expliqué que les médias d’opinion étaient dan­gereux décou­vrent qu’ils en veu­lent un, à con­di­tion qu’il soit du bon côté. Ceux qui ont instal­lé le soupçon per­ma­nent s’étonnent d’être soupçon­nés à leur tour. À gauche, la bataille cul­turelle devait vis­er l’extrême droite. Elle ressem­ble de plus en plus à une guerre entre gauches.

Rodolphe Cha­la­mel

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