Nouvelle querelle autour du média de Mathieu Pigasse, Radio Nova. L’irruption du collectif « Nous Vivrons » sur le plateau de « La Riposte » a rouvert les hostilités. Akim Omiri, Guillaume Meurice ou Pierre-Emmanuel Barré d’un côté ; Sophia Aram, Caroline Fourest de l’autre : les voisins idéologiques s’écharpent.
26 mai : des militants pro-israéliens de Nous Vivrons débarquent sur le plateau de « La Riposte », l’émission d’Akim Omiri sur Radio Nova, pour l’accuser d’antisémitisme. Face à Caroline Maury, secrétaire générale du collectif, l’humoriste garde son calme et demande des exemples précis : « Qu’est-ce que j’ai dit d’antisémite ? »
La séquence, devenue virale, condense le moment : des professionnels de l’antiracisme, du soupçon et de la dénonciation retournent leurs propres armes les uns contre les autres.
Dans une vidéo de réponse, publiée le 29 mai sur YouTube (où il est suivi par 750 000 personnes), Omiri se défend : il dénonce une situation « absurde », où un humoriste est contraint de se défendre pour des plaisanteries, y voyant une campagne de calomnie et une « attaque frontale contre la liberté d’expression ». « La situation est grave », résume-t-il.
Il revendique suivre les pas de Coluche ou des Guignols de l’info. Plus précisément, il récuse l’amalgame entre critique du gouvernement de Netanyahu et antisémitisme et regrette que des plaisanteries satiriques aient été tirées de leur contexte.
Lundi soir, alors que le collectif de lutte contre l’antisémitisme @nous_vivrons s’est infiltré dans un enregistrement de la Riposte, l’émission d’Akim Omiri sur Radio Nova — l’humoriste a fait mine de ne pas comprendre ce qu’il y avait de problématiques sur ses réseaux sociaux.… pic.twitter.com/ISx4TeLLUl
— LEON le média (@leonlemedia) May 26, 2026
L’affaire n’est pas sans rappeler un précédent, plus radical toutefois : le cas Dieudonné, condamné une demi-douzaine de fois entre 2006 et 2023 pour provocation à la haine ou négationnisme, voire pour diffamation. Un terrain pour le moins glissant, qui a conduit cet humoriste à la marginalisation et donc à la mort sociale. Reste à savoir si Omiri est allé ou ira aussi loin… ou si les critères en France ont évolué.
Radio Nova, que cache la « bataille culturelle » ?
Depuis l’arrivée en septembre 2024 de Guillaume Meurice et de sa bande, Radio Nova assume un virage humoristique très à gauche… et très anti-israélien. Rappelons d’ailleurs que Meurice a été licencié de France Inter en juin 2004 pour avoir lancé (à deux reprises) que Benjamin Netanyahu était « une sorte de nazi, mais sans prépuce. »
Pour l’heure, la direction tient la ligne de l’humour acide. Le propriétaire de la chaîne, Matthieu Pigasse, défend une liberté totale, en expliquant que Radio Nova serait un espace « irrévérencieux ». Il faut dire qu’il use de l’argument d’autorité absolu, ressassant avoir engagé « une bataille culturelle avec l’extrême droite ». Cela suffira-t-il ?
Pour l’heure aussi, les chiffres asseyent son aura : le public de la radio explose. En avril 2026 selon Médiamétrie, la station a atteint près de 1,6 million d’auditeurs quotidiens contre… 334 000 début 2024. Soit +380 %.
Mais le décor social est moins révolutionnaire qu’annoncé. Le comédien Ariel Wizman, ancien chroniqueur de la maison, a résumé cruellement l’écart entre discours et public, le 26 mai dernier dans Le Figaro : « Nous recevions Houellebecq ET Raoul Vaneigem, Rachid Taha ET Jean d’Ormesson, Éric ET Ramzy, Omar ET Fred. « Oui, bien malins qui, à cette époque, distinguaient les Blancs des Noirs et les gris clairs des gris foncés ». Et Wizman de dénoncer le huis clos et de viser Pigasse : « riant l’un pour l’autre, appuyés par un parti, une idéologie, comme au bon vieux temps des purges, ils vivent d’applaudimètre et de sous-entendus, tous au service d’un aspirant « banquier anarchiste », qui veut qu’on sache qu’il « aime le rock », est « punk », whatever that means. » À l’entendre, les nouveaux prêcheurs de l’antiracisme joueraient devant une salle blanche, urbaine, diplômée : « Il n’y a pas un seul racisé dans votre public, pas un », fustige-t-il.
Fourest, Aram, Barré : la guerre des gauches
Caroline Fourest, directrice de la rédaction de Franc-Tireur, a aussi engagé un bras de fer avec Radio Nova, accusant sur LCI le 13 mai dernier la radio d’être devenue un « CNews inversé », voire « Radio Gaza » ou, il fallait s’y attendre, « Radio Dieudonné ». Sophia Aram, régulièrement ciblée, a dénoncé un humour de « meute ». La chroniqueuse qui n’hésite pas à se montrer très dure dans ses prises de parole semble peu goûter l’humour corrosif quand elle en est la cible… Était alors en cause : une chronique de Pierre-Emmanuel Barré visant Gabriel Attal et imaginant (avec délectation) Sophia Aram renversée par une voiture, celle-ci étant accusée de relativiser les ravages de la politique israélienne au Proche-Orient.
Guillaume Meurice, Juliette Arnaud, Aymeric Lompret, Pierre-Emmanuel Barré, Akim Omiri ou Florence Mendez se veulent, eux, comme les « francs-tireurs » d’une gauche qui « résiste » à la droitisation supposée du pays, non sans utiliser le terme « francs-tireurs » pour faire un pied de nez au journal de Fourest et consorts, organe de la gauche vaguement macronisée.
L’antiracisme institutionnel contre lui-même
La querelle est révélatrice. La gauche sociale-démocrate, laïque et pro-Franc-Tireur reproche à la gauche Nova de flirter avec l’indigénisme et l’antisionisme. La gauche Nova répond en accusant ses critiques de servir la droite, l’ordre médiatique ou le « printemps républicain ». Entre les deux, chacun garde le même logiciel : disqualifier moralement l’adversaire.
Le plus piquant est peut-être là. Ceux qui ont longtemps expliqué que les médias d’opinion étaient dangereux découvrent qu’ils en veulent un, à condition qu’il soit du bon côté. Ceux qui ont installé le soupçon permanent s’étonnent d’être soupçonnés à leur tour. À gauche, la bataille culturelle devait viser l’extrême droite. Elle ressemble de plus en plus à une guerre entre gauches.
Rodolphe Chalamel

