Le quotidien Le Monde, France Télévisions et Radio France lancent un cycle de rencontres baptisé « Les Amphis de l’info ». Organisées sur plusieurs campus universitaires, ces soirées gratuites visent à expliquer la fabrication de l’information et à dialoguer avec les jeunes publics, dans un contexte de défiance croissante envers les médias.
Présentés comme un espace d’échange entre journalistes et citoyens, « Les Amphis de l’info » constituent une tournée de conférences organisées dans plusieurs villes universitaires françaises. Derrière cette initiative, trois acteurs majeurs du paysage médiatique : le quotidien Le Monde, France Télévisions et Radio France, via son réseau de radios locales « ICI ». L’objectif affiché est de : « mieux expliquer comment se fabrique l’information » et répondre aux interrogations d’un public, notamment étudiant, souvent décrit comme plus distant vis-à-vis des médias traditionnels. La démarche semble s’inscrire dans une tendance plus large qui consiste à reprendre la main pour des médias jadis en position hégémonique.
Les Amphis de l’info : «expliquer l’information » ou éduquer les auditeurs ?
Le lancement de ce cycle de rencontres s’est déroulé le 4 mars à la très gauchère université Lumière Lyon 2. D’autres étapes sont prévues à Toulouse, Nantes, Clermont-Ferrand, La Rochelle ou encore Montpellier. Chaque soirée, d’une durée d’environ deux heures, propose plusieurs interventions de journalistes, suivies d’échanges avec le public.
Les organisateurs promettent d’aborder des thèmes variés : fabrication d’une enquête, évolution du journalisme à l’ère des réseaux sociaux, rôle de l’intelligence artificielle ou encore lutte contre la désinformation. À Nantes, par exemple, des journalistes du Monde, de France Télévisions et du réseau « ICI » doivent intervenir pour évoquer « l’impact de l’IA sur le paysage de l’information » ou encore les transformations de l’information locale.
Les rencontres sont présentées par Gilles van Kote, directeur délégué du Monde chargé des relations avec les lecteurs. Après les discussions, un temps « convivial » est prévu afin de permettre aux participants de dialoguer librement avec les journalistes.
Une initiative pédagogique… entre médias proches
Sur le papier, l’initiative s’inscrit dans une tendance désormais classique : les médias – dits de grand chemin – cherchent à expliquer leurs méthodes et à restaurer un lien avec un public parfois méfiant. Selon les organisateurs, ces rencontres doivent « favoriser le dialogue » et permettre de mieux comprendre « ce qui se joue derrière une enquête ou un reportage ».
Le dispositif repose toutefois sur un partenariat entre acteurs médiatiques relativement proches : un grand quotidien national souvent classé au centre-gauche et deux groupes audiovisuels publics financés en grande partie par l’impôt et qui pourraient être qualifiés sans trop prendre de risques de médias de « centre-gauche ». La plupart des intervenants proviennent ainsi de ces mêmes rédactions ou de leur environnement académique ou médiatique.
Ces rencontres donnent ainsi l’impression d’un dialogue organisé dans un cercle médiatique relativement homogène. L’initiative rappelle aussi la perte de confiance généralisée dans les médias.
Restaurer la confiance… ou défendre un modèle médiatique dépassé et univoque ?
Les « Amphis de l’info » s’adressent en priorité aux lycéens, étudiants et jeunes actifs. Ce public est régulièrement cité dans les enquêtes d’opinion comme l’un des plus éloignés des médias traditionnels, préférant souvent s’informer via les réseaux sociaux ou des formats alternatifs.
Dans ce contexte, la tournée universitaire apparaît aussi comme une session de rattrapage, si ce n’est une opération de propagande pour des médias confrontés à une concurrence informationnelle accrue et qui font difficilement face au pluralisme de l’offre.
Les conférences consacrées aux formats numériques, à l’OSINT ou aux vidéos sur TikTok et Instagram témoignent d’ailleurs de cette volonté de capter des auditeurs perdus, mais au-delà du contenant, c’est peut-être aussi parfois le contenu qui a pu faire fuir le public.
Reste également quelques questions en suspens… Qui a payé cette tournée ? De généreux mécènes inconnus sont-ils intervenus ou alors Le Monde subventionné et les médias publics ont-ils mis la main à la poche (la vôtre) pour cette opération séduction ?
Rodolphe Chalamel
Voir aussi : Propagande du CLEMI à l’école ? Comme chaque année !

