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Mohamed Bouhafsi : l’atout diversité et progressisme de France Télévisions

6 novembre 2025 | Temps de lecture : 6 minutes

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Ancien journaliste sportif devenu figure médiatique engagée, Mohamed Bouhafsi incarne une nouvelle génération de journalistes entre société, politique et militantisme médiatique. De ses débuts à RMC à son rôle sur France Télévisions, son parcours soulève de nombreuses questions sur la transformation du journalisme contemporain et la place de l’engagement personnel dans l’information.

Portrait vidéo

[Ajout du 6 novem­bre 2025]

Si le mer­ca­to foot­bal­lis­tique esti­val a été mar­qué par l’arrivée de Lionel Mes­si au Paris Saint-Ger­main, le mer­ca­to médi­a­tique aura lui, vu, Mohamed Bouhaf­si, 29 ans, quit­ter RMC pour France Télévi­sions. Bonne bouille, sym­pa­thique et avenant, l’étoile mon­tante du jour­nal­isme sportif file faire de la poli­tique sur France 5 en appor­tant sa touche per­son­nelle, à la fois cau­tion diver­sité et défenseur du pro­gres­sisme. [31/08/2021]

Une carrière bien lancée

Née en 1992 à Mar­seille, Mohamed Bouhaf­si a suivi sa sco­lar­ité dans un lycée catholique mar­seil­lais avant de rejoin­dre l’Institut Européen de jour­nal­isme à Paris. Il a notam­ment été sta­giaire à Canal + et Radio France ain­si qu’à RMC où il fini­ra rédac­teur en chef du ser­vice foot (RMC et BFMTV).

À par­tir de l’été 2017, il présente l’émission Break­ing Foot sur SFR Sport puis RMC.

Ambitieux, tal­entueux, doté d’une bonne dic­tion, d’une con­nais­sance cer­taine du foot­ball et de bons réseaux au sein de cet écosys­tème, il parvient vite à se faire un nom. À la ren­trée 2020 il ani­me l’émission « Top of the Foot » sur RMC avec Jean-Louis Tourre sur un créneau 18h-21h rassem­blant plus de 150 000 audi­teurs en moyenne. Ses presta­tions lui don­nent une cote sym­pa­thie élevée chez le pub­lic sportif et foot­bal­lis­tique, pub­lic pour­tant assez dif­fi­cile à « dompter ». Des presta­tions qui ont fini par taper dans l’œil de France Télévi­sions mais qui dépassent large­ment l’intérêt du ser­vice pour le bal­lon rond.

Un profil idoine pour la télé publique de Delphine Ernotte

Indé­ni­able­ment bon comme jour­nal­iste sportif, Mohamed Bouhaf­si a d’autres qual­ités qui ont tapé dans l’œil du ser­vice pub­lic. L’une d’entre elles pour­rait bien être son image qui colle bien avec la télévi­sion de Del­phine Ernotte, prési­dente de France Télévi­sions qui déclarait à sa prise de pou­voir en 2015 :

« On a une télévi­sion d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va fal­loir que cela change ».

Un bon pro­fil donc mais aus­si des idées qui vont bien avec le pro­gres­sisme affiché du ser­vice pub­lic. Au cours de l’Euro de foot­ball 2020 (qui a eu lieu en 2021), le jour­nal­iste s’en est pris à l’UEFA pour avoir refusé d’illuminer les stades aux couleurs arc-en-ciel en sou­tien aux « LGBT » en pleine polémique sur une loi pro­tégeant les enfants de la pédophilie. Le jour­nal­iste affirme alors que « la lutte con­tre l’homophobie, ce n’est pas de la poli­tique, c’est juste du bon sens, des valeurs human­istes ».

À ce tro­pisme LGBT, s’ajoute une défense somme toute assez banale dans les hautes sphères médi­a­tiques de l’antiracisme, avec, il faut en con­venir une capac­ité de syn­thèse et d’explication assez supérieure à la moyenne.  Autant de qual­ités qui lui per­me­t­tront d’atteindre le Saint Graal avec un entre­tien prési­den­tiel en direct sur BFMTV avec son con­frère Jean-Louis Tourre. Un exer­ci­ce qu’il maîtris­era très bien, en ser­vant très claire­ment la soupe à Emmanuel Macron.

Un « humanisme » à géométrie variable

Défenseur des homo­sex­uels, antiraciste, Mohamed Bouhaf­si n’en demeure pas moins para­doxale­ment un défenseur… du Qatar. L’État pro­prié­taire du Paris Saint-Ger­main et organ­isa­teur de la Coupe du Monde 2022 a pour­tant très sou­vent été mon­tré du doigt pour son esclavagisme. Il défendra sou­vent ce petit émi­rat du Golfe,  notam­ment lors d’un pas­sage chez Brunet et Neu­mann en octo­bre 2019, rel­a­tivisant l’exploitation d’esclaves par le Qatar et met­tant la Corée du sud, la Russie et même les États-Unis (alors dirigés par Don­ald Trump) dans le même panier que Doha…

Une certaine proximité avec Nasser Al-Khelaifi

Jeune mais bien entouré, Mohamed Bouaf­si, bien que sup­port­er de l’Olympique de Mar­seille, a su s’attirer l’oreille du prési­dent directeur général du PSG Nass­er Al-Khe­laifi, l’homme fort du PSG sur lequel s’appuie l’émir Tamim ben Hamad Al Thani. Il prof­ite de ce réseau pour être en pôle posi­tion sur les infor­ma­tions du mer­ca­to, notam­ment à la faveur de l’arrivée de Ney­mar dans le club de la capitale.

En août, pour l’arrivée de Lionel Mes­si au PSG, le patron du PSG don­nera même un entre­tien à Mohamed Bouhaf­si pour France TV sport. Comme avec Emmanuel Macron, on ne peut pas dire que l’entretien fasse la part belle à la con­tra­dic­tion. Pour l’anecdote, qua­tre jours après cette inter­view, le Qatar fera encore l’actualité puisque les tal­ibans qu’il sou­tient active­ment ont fini de repren­dre Kaboul.

À la conquête de France Télévisions

Très appré­cié par nom­bre d’amateurs de foot­ball, Mohamed Bouhaf­si rejoint donc France Télévi­sions après dix années passées dans le groupe Nex­tRa­dioTV devenu Altice Média (BFMTV, RMC…). En rejoignant l’émission C à vous sur France 5, il va donc con­tin­uer à par­ler sport mais pas seule­ment. Il devrait ain­si être amené à traiter de l’actualité en général aux côtés de la « très con­v­enue » Anne-Elis­a­beth Lemoine mais aus­si de Pierre Les­cure, Patrick Cohen, Mar­i­on Rug­gieri et Emi­lie Tran Nguyen.

Pour le moment rien ne sem­ble pou­voir arrêté le jeune mar­seil­lais qui arrive en pleine année d’élection prési­den­tielle. Avec plus d’un demi-mil­lion de per­son­nes qui le suiv­ent sur Twit­ter et 75 000 fans sur Insta­gram, il a su se faire un nom sur les réseaux soci­aux notam­ment grâce à ses infor­ma­tions sou­vent justes lors des péri­odes de transfert.

Au-delà des gages pro­gres­sistes don­nés par le jour­nal­iste, ses indé­ni­ables qual­ités l’ont propul­sé sur le devant de la scène tout comme son par­cours qui a de quoi touch­er le pub­lic : le jour­nal­iste s’étant engagé con­tre les vio­lences faites aux enfants, ayant lui-même été vic­time de tels abus.

Le « prime » avec Lapix

Si Mohamed Bouhaf­si va se faire les dents sur France 5, il rejoint aus­si une émis­sion de « prime » sur France 2 : « 20h22 », la nou­velle émis­sion poli­tique de France 2 ani­mée égale­ment par Anne-Sophie Lapix et Nathalie Saint-Cricq. En pleine année prési­den­tielle, une telle pro­mo­tion ne passe pas inaperçue et le jeune jour­nal­iste est bien la valeur mon­tante de cette rentrée.

Reste à présent à voir com­ment évoluera Mohamed Bouhaf­si. Jusqu’à présent plutôt perçu comme sym­pa­thique auprès d’un pub­lic sportif, il a rapi­de­ment mon­tré qu’en matière de sujets poli­tiques et de société il saurait se mon­tr­er d’un con­formisme implaca­ble… Une atti­tude qui con­vien­dra très bien au ser­vice pub­lic certes, mais qui ne lui assur­era pas néces­saire­ment une audi­ence à la hau­teur des attentes placées en lui. Il s’agira enfin de voir si der­rière le pro­fes­sion­nal­isme et le tra­vail de fond, le jour­nal­iste tien­dra le coup face à des inter­locu­teurs plus chevron­nés. Son mes­sage d’adieu à BFM-RMC sem­ble déjà témoign­er de cer­taines lim­ites. Out­re les remer­ciements en chapelet qui font très « pre­mier de classe », la con­clu­sion dénote d’une éton­nante com­mu­ni­ca­tion avec un pit­toresque « love ».

Pre­mière dif­fu­sion : 31 août 2021. Mod­i­fié (vidéo) le 6 novem­bre 2025

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