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Pub­lié le 14 mars 2018 | Éti­quettes : ,

TTSO ou la caricature du média bobo libéral fric

Time To Sign Off ou TTSO est une newsletter envoyée chaque soir à qui le veut, un « smart email » ainsi que dit le média. Tout y est « postmoderne » à souhait, un peu comme les tweets en anglais du président de la République. L’Observatoire du journalisme a jeté un œil durant la semaine du 5 au 9 mars 2018.

Le postmoderne ou l’âge du retour des tribus selon le sociologue Michel Maffesoli. Dans les médias, les tribus semblent se multiplier dans les milieux de gauche et sociaux libéraux. TTSO est un exemple frappant de média parisianiste bobo libéral libertaire, le type même du média qui porte le macronisme dans une ville où Emmanuel Macron atteignait des scores dignes du Soviet Suprême lors des dernières élections présidentielles. TTSO ? Plongée dans le Q et la peur du Mal (mais pas du mâle). Avec anglicismes de préférence.

Kézako TTSO ?

Présentation du média, par lui-même :

A propos
Nous sommes Time To Sign Off, mais appelez-nous TTSO
Notre devise : Tous les soirs, en 2 minutes, soyez la personne la mieux informée de Paris (ou d’ailleurs…)
5 soirs par semaine, du lundi au vendredi, nous vous résumons les must de l’actu du jour :
6 sujets courts (moins de 50 mots)
Des chiffres et des infos chocs pour briller dans les dîners en ville ou à la table familiale
Et même, tout à la fin, un sujet « pas pour les enfants » ;)
Pour tous ceux qui ont passé la journée à enchaîner les réunions mais qui n’ont pas envie de ne pas suivre des conversations du soir (voire veulent faire un peu les malins/es), TTSO c’est à la fois : informatif, un peu décalé et drôle (enfin, on essaye…)
Enfin TTSO c’est :
Gratuit
Votre email ne sera jamais communiqué / cédé / vendu à des tiers
Vous vous désabonnez d’un clic quand vous voulez
On adorerait vous retrouver ce soir !

Un média bobo caricatural : complètement épuré sur la forme, pressé (« en 2 minutes »), égotique (être « la personne la mieux informée »), bobo macro parisien (« la mieux informée de Paris » - le « ou d’ailleurs » semblant une concession forcée), court (« moins de 50 mots »), novlangagié (« must »), visant non pas à penser mais à faire illusion (« briller dans les dîners en ville ou à la table familiale »), aux prétentions sulfureuses avec un sujet qui n’est « pas pour les enfants », annonce agrémentée de l’obligatoire clin d’œil, « drôle », « décalé », pour les cadres du monde de la macronerie qui ne sont pas « rien » (« pour ceux qui ont passé la journée à enchaîner les réunions ») ; évidemment c’est gratuit et vous ne risquez rien concernant vos données personnelles. TTSO respire la culture start-up à plein nez, celle qui voudrait remplacer une culture française enracinée qui de toutes les façons n’existe pas, d’après un président pourtant en charge du respect de la constitution d’une République indivisible et affirmant le primat de la langue française.

TTSO, de quoi ça parle en début de semaine ?

De tout ce qui intéresse le jeune cadre social macronien libéral aspirant secrètement à devenir ministre multiculturel du numérique d’un éventuel gouvernement Philippe II ou Moscovici I. Le principe ? TTSO est avant tout une sélection d’informations vers lesquelles il renvoie, une sorte d’Agence Paris Macron (APM) fournissant les liens nécessaires (et obligatoires). Florilège de ce que l’heureux abonné, satisfait de sa (longue) journée passée devant écran dans le brave new world numérique de la mondialisation, reçoit en forme de lettre d’information :

Lundi 5 mars 2018

Un résumé des informations principales de la journée, type « les 5 actualités qu’il ne fallait pas rater », illustré (forcément) par une photo du grand méchant Donald Trump, bouche ouverte comme criant « pan » et main tendue en forme de revolver du far west vers le lecteur. On y parle un peu de la Syrie et de Kim-Jong-un, beaucoup de la réforme de la formation professionnelle. Il en ressort que les cadres bénéficient de la formation professionnelle (66 %) tandis que les chômeurs la fuient (10 %). Le monde devient clair : il y a « ceux qui ne sont rien » (ne surtout pas devenir ainsi) et les autres, qui réussissent (les lecteurs de TTSO). Le choix des liens conduit vers des articles ou sites consacrés aux méchants électeurs allemands et italiens séduits par le « populisme » (Franceinfo) et à l’écologie appliquée aux fœtus, avec lien vers YouTube (c’est en fait une publicité pour AXA, payante ?). Le dernier lien (publicité déguisée ?) conduit au magazine GQ et à l’importante question de savoir combien cela peut rapporter (en euros et en dollars) de « virer » son actuel compagnon de lit. Auparavant, le bobo aura eu son frisson médiatique quotidien :

Faut-il désirer la fin de la démocratie ?

La question est posée.

On vous le disait il y a quelques semaines (à l'occasion de la sortie du rapport annuel de Freedom House) partout dans le monde la démocratie recule et les contre-modèles (Chine, Russie, …) s'assument.

En Europe c'est le triomphe des partis "populistes". Il ne s'agit plus uniquement de la Hongrie (Orban est au pouvoir depuis 2010), de la Pologne (parti PiS depuis 2015) ou de l'Autriche (extrême-droite au gouvernement depuis fin 2017), après le Brexit et les 40% de MLP + Méluche au 1er tour (vs 24% pour Macron), c'est au tour de l'Italie de voter à plus de 50% pour des partis "anti-système" (32% pour le Mouvement 5 étoiles, 18% pour Ligue du Nord).

Mais le plus dingue c'est que même les Grandes Voix semblent ne plus y croire : ce week-end à une conférence du "Abou Dhabi Ideas Weekend", Sarko dresse le portrait du dirigeant politique moderne : un "leader" déclare-t-il, puis s'interroge : "Comment pouvons-nous avoir une démocratie et, en même temps, accepter un leadership ? Comment pouvons-nous avoir une vision à 10, 15, 20 ans et en même temps avoir un rythme électoral, par exemple, de quatre ans ?"

Mardi 6 mars 2018

Outre les rubriques quotidiennes (les principales infos, une publicité pour un lieu chic et de préférence cher, crêperie, boutique, agence immobilière …), et « La Q de la semaine » (le fameux espace qui n’est pas pour les enfants, et qui prolonge la grande question du profit que l’on peut tirer de « virer son compagnon de lit », par un incontournable sondage auprès des lecteurs), la principale préoccupation de TTSO en ce mardi est, forcément, les risques de type « Années 30 » qui pèseraient sur nos existences (avec lien vers l’article considéré, dans Les Échos) :

"Nous vivons la crise des années 30 au ralenti"

Wow ! Il faut lire le dernier édito de Jean-Marc Vittori dans Les Échos. Sa thèse : entre les décrets protectionnistes de Trump et les votes anti-système en Europe, on assiste au retour des "mêmes réflexes" que ceux qui avaient prévalu lors de la Grande Dépression

…La principale raison de ce "retard" est une bonne nouvelle : les politiques économiques ont appris de leurs erreurs (tragiques) passées. Contrairement à 1929, en 2008 (et depuis), elles ont laissé filer les déficits publics (afin d'amoindrir les effets de la crise) et ont aspergé l'économie de liquidités (afin de ne pas la priver d'oxygène). Tout ça nous a évité les émeutes de la faim, la guerre et l'horreur. Bravo.

Le hic : tout ça a aussi créé de nouveaux déséquilibres majeurs : une dette colossale (privée comme publique) qui n'explose pas par la seule grâce de taux d'intérêt extraordinairement bas. Ça ne durera pas.

Conclusion de Vittori : "nous n'avons pas dissous la crise, nous l'avons seulement étalée dans le temps. Nous n'avons donc pas fini de la déguster". 

Diantre… le Mal guette et la vie du bobo ne va pas sans angoisses quotidiennes, sans doute propices à un petit câlin par consommation interposée, histoire de se rassurer avant la soirée « hype » à venir, et peut-être un peu de lecture de Society dans le métro. Un peu d’imagination que diable (68 se commémore bientôt) ! Imaginons qu’en 1918, un média s’inquiète de vivre « la crise des années 30 » du… siècle précédent. Autrement dit que la 3e République post tranchées s’inquiète de vivre les aléas de 1830, des Trois Glorieuses, de l’abdication de Charles X et du début de la Monarchie de Juillet. Ridicule ? Oui. Comme de s’inquiéter, en 2018, des années 1930. Le bobo TTSO a besoin de sa crise années 30 quotidienne, sans quoi il n’est pas en forme.

Le plus bobo dans TTSO c’est quoi ?

Les autres jours se ressemblent sur TTSO. On retrouve exactement les mêmes ingrédients qu’en début de semaine. Cependant, l’un de ces ingrédients peut apparaître comme une sorte de marque de fabrique de la pensée (ou de l’absence de pensée) de la bobo vie parisienne : ce qui touche au Q, et a déjà été senti lundi et mardi.

Mercredi 7 mars 2018

Voilà ce que nous avons lu ce matin sur CNN : le 20 février, moins d'une semaine après la fusillade à l'arme automatique (17 victimes) dans l'école de Parkland en Floride, l'Assemblée de ce même Etat a voté (à 71 voix vs 36) CONTRE l'interdiction de la vente de fusils d'assaut. En revanche -- ce même jour -- cette même Assemblée a adopté une déclaration commune désignant la pornographie comme un "risque pour la santé publique"Speechless.

Jeudi 8 mars 2018 : Journée de la Femme

"Il y a un quart d’heure, j’ignorais totalement que j’avais un sexe. Eh bien, je ne peux plus l’oublier. Il est tout chaud dans ma culotte, et je le sens qui bouge de partout. Comme une bouche qui tète, comme un animal vivant qui respire, comme un cœur qui bat. J’ai un petit moteur tout en bas du ventre, qui pompe tout seul. Il est vibrant, tout mouillé, il appelle un attouchement plus direct, une caresse plus concrète. Je suis obnubilée par ma forme, qui prend vie sous tes doigts. J’ai tout à coup conscience de mon vide, de mes trous, de mes replis". Françoise Rey - La Femme de Papier (1989)

Vendredi 9 mars 2018

Excellente nouvelle, qui concerne sans aucun doute la majeure partie de la population française :

"92 milliards d'euros. 21.3% de hausse par rapport à 2016. Le total des profits des entreprises du CAC 40. Très proche du record absolu des 100 milliards de 2007".

Après l’appel aux sous via le site du « copain » conseil financier (sous forme de publicité déguisée ?), la semaine se termine par… le week-end qui approche, et le week-end sera Q ou ne sera pas. Une petite vidéo pour se mettre en condition car c’est « vendredi, c’est… » :

Erotisme, Aventure, Suspense, Humour... from Agathe A on Vimeo.

« Enjoy ! », ils disent, TTSO. Puis, une bande son pour agrémenter le week-end du jeune cadre communicant macronien en passe de start-uper :

Fric, sexe, musique festive… Dans la France multiculturellement startupisée, Paris est redevenue une fête. Chez Barnes (publicité payante ?) bien sûr, l’agent immobilier des riches. La teuf est En Marche. Bientôt une rave party, avec coke, extasy et gang bang pour tous et tout-e-s devant la Pyramide du Louvre ? Philippe Murray aurait adoré.

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