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Scoop de Célia Cuordifede sur Marianne : L’Humanité en cessation de paiement

28 janvier 2019

Temps de lecture : 3 minutes
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Scoop de Célia Cuordifede sur Marianne : L’Humanité en cessation de paiement

C’est un joli scoop du 25 janvier 2019 de l’hebdomadaire Marianne : la vieille Huma (qui n’est plus depuis longtemps le « journal de Jaurès » de 1904, chère Célia, mais celui du PCF depuis 1920) ne pourra pas assurer les salaires de janvier.

Pertes sur pertes

Dès 2016, le directeur de la pub­li­ca­tion (égale­ment député européen, on se demande com­ment il peut rem­plir ces deux mis­sions) Patrick Le Hyaric son­nait le cla­iron sur un mode alar­mant : une col­lecte auprès des lecteurs en 2015 venait de récolter par souscrip­tion entre deux et trois mil­lions d’euros, bouchant par­tielle­ment un trou estimé à 5/6M€, soit cinquante cen­times par exem­plaire dif­fusé. Notre arti­cle du 9 avril 2016 est ici. Rebe­lote quelques mois plus tard et nou­v­el appel aux lecteurs.

Subventions sur subventions

Ce ne sont pas pour­tant les aides qui ont man­qué au quo­ti­di­en com­mu­niste. En 2013, l’État aban­donne pure­ment et sim­ple­ment une créance de 4M€ comme nous le rela­tions dans notre arti­cle du 10 décem­bre 2013 :

« L’amendement voté par les députés mar­di dernier 3 décem­bre, a décidé, en quelques min­utes, que « les créances détenues sur la Société nou­velle du jour­nal L’Humanité au titre du prêt accordé le 28 mars 2002, réamé­nagé en 2009 et imputé sur le compte de prêts du Tré­sor n° 903‑05, sont aban­don­nées à hau­teur de 4 086 710,31 euros en cap­i­tal. Les intérêts con­tractuels cou­rus et échus sont égale­ment aban­don­nés. » Il estime que L’Humanité « ne peut faire face au rem­bourse­ment de sa dette con­trac­tée auprès de l’État (…) parce que ses résul­tats financiers sont très faibles et qu’elle ne pos­sède plus d’actifs ».

Pour Patrick Le Hyaric, prési­dent du direc­toire et directeur de L’Hu­man­ité« il s’ag­it d’un des trois prêts que nous avons con­trac­tés en 2001–2002 quand nous étions proches de la ces­sa­tion de paiement. Nous avons rem­boursé les deux pre­miers mais nous étions dans l’in­ca­pac­ité de rem­bours­er le troisième »

Nous con­sta­tions « On peut s’interroger sur la néces­sité pour l’État, et donc pour le con­tribuable, d’éponger la dette d’un jour­nal dont la dif­fu­sion et les abon­nements ne cessent de chuter (sur un an, la dif­fu­sion France payée a bais­sé de 7 %, à 41.623 exem­plaires) et dont les pertes sont impor­tantes : 1,9 mil­lion en 2011, 200 000 euros en 2012 et sans doute plus cette année, pour un chiffre d’af­faires de près de 30 mil­lions.

Selon un rap­port de la Cour des comptes, L’Humanité a été le titre le plus sub­ven­tion­né par l’É­tat (0,48 euro par exem­plaire ven­du à 1,40 euro, soit 32 % du prix), entre 2009 et 2011, touchant 6,8 mil­lions d’eu­ros par an en moyenne. Vous pou­vez con­sul­ter toutes les sub­ven­tions accordées par l’État au jour­nal (mise à jour juil­let 2016) sur notre info­gra­phie ».

Encore en 2016, le quo­ti­di­en rece­vait plus de 3,6M€ d’aides directes, voir notre tableau du 2 jan­vi­er 2018.

Des effectifs pléthoriques et un lectorat vieillissant

Mal­gré l’aide de Google en 2016 et une nou­velle aide du même pro­jetée pour 2019 afin d’aider à la réal­i­sa­tion d’Humagora, le futur sup­port dig­i­tal du jour­nal, ni les finances ni les lecteurs ne suiv­ent.

Au fil des ans la rédac­tion devient com­pos­ite, avec de jeunes (et par­fois bril­lants) jour­nal­istes se retrou­vent de vieux mil­i­tants com­mu­nistes recasés en péri­ode de dis­ette élec­torale. Pas loin de 180 salariés, plus de 120 cartes de presse pour un pub­lic com­mu­niste qui dis­paraît sur le plan poli­tique pour ne plus con­stituer qu’un sou­venir du passé. On trou­ve encore par­fois sur les marchés de vieux mil­i­tants qui pro­posent le jour­nal le dimanche, mais le sauve­tage vien­dra d’ailleurs. Gageons que les trous seront de nou­veau bouchés via Google ou l’État via des aban­dons mas­sifs de créances et des sub­ven­tions excep­tion­nelles. En atten­dant, les salaires de jan­vi­er 2019 seront assurés par le régime de garantie des salaires avant un redresse­ment judi­ci­aire qui per­me­t­tra sans doute une pour­suite (pous­sive) de l’activité.

PS : Rions un peu. Le same­di 26 jan­vi­er vers 7h40, le jour­nal­iste de ser­vice sur France Inter par­le pudique­ment au sujet du quo­ti­di­en com­mu­niste de « mise sous la pro­tec­tion du tri­bunal de Bobigny ». On ne doit pas appren­dre dans cer­taines écoles de jour­nal­isme le terme redresse­ment judi­ci­aire, ou bien s’agit il d’un euphémisme con­frater­nel…

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