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Thierry Vincent
Mis à jour le

1 février 2019

Temps de lecture : 12 minutes

Thierry Vincent

« Je suis Charlie » mais ami des policiers

« Je ne leur ai jamais caché non plus que je voy­ais des flics de la DCRI (Direc­tion cen­trale du ren­seigne­ment intérieur, ndlr) régulière­ment », « Enquête sur l’ul­tra­gauche “tapie dans l’om­bre”, mode d’emploi », blogs.rue89.nouvelobs.com, 15/11/2010

Thierry Vincent incarne à merveille le soixante-huitard, une espèce pourtant en voie d’extinction dans la société, mais encore largement représentée chez les journalistes. Représentant parfait de « l’esprit Charlie », militant anti-Front national revendiqué (voir § Publications) dans le sillage de Guy Konopnicki, il n’hésite pas à se mettre en scène dans ses reportages, optant pour un traitement manichéen de l’information. Pour Thierry Vincent, les « méchants » sont forcément de droite et les « gentils » de gauche. Son libertarisme a toutefois des limites puisque la police, et particulièrement les services de renseignement, qui lui permettent de réaliser ses reportages, trouvent une utilité à ses yeux… Cette collaboration étroite entre Thierry Vincent et des membres du ministère de l’Intérieur s’avère profitable pour les deux parties : d’un côté, le journaliste de l’émission « Spécial investigation » de Canal a accès à des éléments inédits d’enquêtes, de l’autre, l’État a la possibilité d’orienter sans se mouiller l’opinion publique sur certains sujets ou de créer un rideau de fumée sur des histoires gênantes.

Parcours professionnel

Après sa sco­lar­ité au lycée Hoche de Ver­sailles, puis a tra­vail­lé pour Le Nou­v­el Obser­va­teur, puis pour RFI. Il tra­vaille désor­mais pour l’émission de Canal+, « Spé­cial Inves­ti­ga­tion », puis Envoyé Spé­cial sur France Télévi­sions (en 2017).

Parcours militant

Non ren­seigné.

Ce qu’il gagne

Non ren­seigné.

Publications

Livre

Fil­ières Noires (Ed. Denoël, 1996) : Ce livre à charge con­tre le Front nation­al du mil­i­tant anti-FN Guy Konop­nic­ki (voir § Sa nébuleuse) a été écrit avec la col­lab­o­ra­tion de Thier­ry Vin­cent. Celui-ci a « ren­con­tré de nom­breux mem­bres et respon­s­ables du FN ain­si que des dis­si­dents et transfuges. » Selon l’auteur, le but de cet ouvrage est de « dire et révéler quelques vérités sur ce par­ti dif­férent de tous les autres, sur cette entre­prise red­outable qui mine notre démoc­ra­tie et men­ace la lib­erté des Français. » Out­re Thier­ry Vin­cent, Guy Konop­nic­ki a été aidé par le Cen­tre Simon-Wiesen­thal et par­ti­c­ulière­ment par Marc Kno­bel.

« N’hési­tant pas à trem­per sa plume dans l’en­cre des pam­phlé­taires » comme le note Le Monde (14/06/1996), ce livre a valu à Guy Konop­nic­ki plusieurs déboires judi­ci­aires. En effet, le tri­bunal de grande instance de Paris l’a con­damné, ain­si que les édi­tions Denoël, à 25 000 Francs (3300 euros) d’a­mende en 1997, plus la pub­li­ca­tion d’un com­mu­niqué judi­ci­aire dans deux jour­naux au choix des par­ties civiles, pour diffama­tion envers Jean-Marie Le Pen et le Front nation­al en rai­son de plusieurs pas­sages du livre. L’au­teur avait déjà été con­damné pour diffama­tion envers Thier­ry Bouzard, con­seiller munic­i­pal FN, Mme Cen­drine Le Cheval­li­er, maire-adjoint de Toulon (sup­pres­sion d’un pas­sage du livre, pro­vi­sion de 10 000 Francs de dom­mages-intérêts) et André Figuéras, résis­tant et his­to­rien.

Documentaires
  • « Bien­v­enue à Vit­rolles » (co-pro­duc­tion : La Sept Arte, Nomad Films, Les films du lende­main) de Guy Konop­nic­ki, Thier­ry Vin­cent, Thier­ry-Vin­cent de Lestrade, Bernard Hen­ri-Lévy. Ce doc­u­men­taire de Guy Konop­nic­ki « a été réal­isé avec Thier­ry Vin­cent dans le cadre d’une com­mande faite par la chaîne Arte en 1997 (…) avec pour objec­tif de présen­ter la poli­tique locale FN à Vit­rolles et d’y apporter un regard cri­tique. » (lien). Le doc­u­men­tariste Thier­ry-Vin­cent de Lestrade et le philosophe Bernard Hen­ri-Lévy y ont égale­ment par­ticipé. Le doc­u­men­taire débute par cette tirade de BHL sur « l’éternelle his­toire de ces braves gens qui, sans chemis­es brunes, ni croix gam­mées, ont tou­jours for­mé les rangs de notre fas­cisme nation­al, fas­cisme que sa banal­ité même rend peut être encore plus inquié­tant. ». Le but de « Bien­v­enue à Vit­rolles » est de don­ner la parole aux mil­i­tants du FN, présen­tés par Libéra­tion comme des « “Français moyens”, très moyens même (…) un rien fran­chouil­lards, un tan­ti­net “beaufs”.»
  • « Choses vues à Vit­rolles » (co-pro­duc­tion : Les Films du lende­main, ARTE France) d’Isabelle Bal­duc­chi, Thier­ry-Vin­cent de Lestrade, Guy Konop­nic­ki, Isabelle Konop­nic­ki, Thier­ry Vin­cent : « Ce film suit les élec­tions de 1998 à Vit­rolles entre les man­i­fes­ta­tions publiques et la vie de mil­i­tants du Front nation­al. »

Actuelle­ment, Thier­ry Vin­cent pro­duit prin­ci­pale­ment des reportages pour la chaîne Canal, pour les émis­sions « Spé­cial Inves­ti­ga­tion » et « 90 min­utes » (Paul Mor­eira et Luc Her­mann) dans le passé. Voici une liste non-exhaus­tive de ses reportages dif­fusés pour divers­es chaines :

  • « Les par­tis sans couleur » : « Un sim­ple descrip­tif d’une sit­u­a­tion mainte et mainte fois relatée, notam­ment dans ces colonnes : les par­tis poli­tiques n’ai­ment ni les Noirs, ni les Arabes et encore moins les Asi­a­tiques. Pas assez renta­bles élec­torale­ment, trop dif­fi­cile­ment con­trôlables, sus­pects de réflex­es com­mu­nau­taires alors qu’on les veut sim­ple­ment par­ti­sans. » (lien).
  • « Vio­lences d’ex­trême droite : le retour » (voir nébuleuse)
  • « Grèce : Le funeste tableau d’un pays au bord de l’im­plo­sion » (C+)
  • « Tarnac : enquête sur l’ul­tra­gauche » (C+)
  • « La Face cachée du prési­dent Bar­roso » (C+)
  • « Buf­fa­lo grill, les cir­cuits de la viande inter­dite » (C+)
  • « L’ar­gent des syn­di­cats » (C+)
  • « Coluche prési­dent : un can­di­dat à abat­tre » : « C’est en cher­chant dans les milieux policiers que nous sommes remon­tés jusqu’aux hommes et aux pra­tiques exer­cées par ces hommes pour intimider Coluche, explique Thier­ry Vin­cent. J’ai ren­con­tré cinq fois notre témoin-clé avant qu’il accepte de dévoil­er la vérité. Il a finale­ment par­lé sous cou­vert d’anony­mat. Vingt ans après, il était effrayé d’éventuelles con­séquences s’il était démasqué. », « Quand le can­di­dat Coluche fai­sait peur » (Le Parisien, 03/04/2001).

Thierry Vincent frappé par les CRS (2010)

En octo­bre 2010, venu man­i­fester con­tre la réforme des retraites à l’appel des par­tis de gauche et des syn­di­cats, Thier­ry Vin­cent se retrou­ve place de la Bastille à Paris alors que des heurts opposent des man­i­fes­tants et les forces de l’ordre. Durant une charge de CRS, il est frap­pé par un des policiers. La scène est filmée par Hugo Hay­at, de l’a­gence Moas Press et dif­fusée sur Dai­ly­mo­tion. Selon Thier­ry Vin­cent : « Cette scène s’est passée mar­di vers 20 heures à Bastille. J’é­tais allé man­i­fester en tant que sim­ple citoyen. Puis on s’est retrou­vé avec des amis. D’un coup, j’ai vu qu’il y avait des échauf­fourées de l’autre côté, alors j’ai sor­ti ma carte de presse. On m’a lais­sé pass­er der­rière, mais c’est lorsque j’ai voulu repar­tir que cela s’est com­pliqué. (…) J’ai un peu mal au genou, mais c’est plus de la vio­lence psy­chologique. J’ai été choqué. Pour tout vous dire, j’ai mal dor­mi cette nuit. »

Alain Soral et l’affaire Binti (2014)

En novem­bre 2014, le jeune man­nequin d’origine camer­ounaise, Bin­ti, envoie plusieurs cour­riels inti­t­ulés « Tes­ta­ment » à Alain Soral, Jo Dal­ton et Thier­ry Vin­cent. Cette jeune femme avait noué une idylle virtuelle avec le prési­dent d’Égalité et Réc­on­cil­i­a­tion avant leur sépa­ra­tion. Rapi­de­ment, plusieurs tex­tos insul­tants d’Alain Soral adressés à Bin­ti sont dif­fusés sur Inter­net. De même qu’une pho­to de lui, nu, qu’il aurait égale­ment adressée à la top-mod­el.

Thierry Vincent à nouveau frappé par les CRS (2016)

Ce CRS ne devait pas con­naître les liens priv­ilégiés de Thier­ry Vin­cent avec la DCRI. En effet le 26 mai 2016 il est vio­lem­ment chargé par un CRS lors d’une charge, en marge d’une man­i­fes­ta­tion con­tre la Loi Tra­vail. Il relate pour Street­press (04/04/2017) : « Alors que la manif se dis­perse, Thier­ry braque sa caméra sur une ligne de CRS. « L’un d’eux pointait son LBD sur la foule paci­fique. Je le cadre, j’étais à 10 mètres de lui ». Le jour­nal­iste suit les déplace­ments des forces de l’ordre, ce qui ne plait pas franche­ment aux hommes en bleu : « Le polici­er me dit “Casse-toi, je vais t’allumer”. On l’entend sur la vidéo. » Les CRS se pré­par­ent à l’action. Thier­ry rejoint alors des con­frères regroupés sur le côté de la rue. Bras levé, il sig­nale sa pro­fes­sion. Pas de quoi émou­voir les CRS qui déclenchent la charge. L’un d’eux le per­cute vio­lem­ment avec son boucli­er. « C’était délibéré ! » Thier­ry tombe au sol, son crane per­cute le bitume. Il perd con­nais­sance et est trans­porté à l’hôpital le plus proche pour une bat­terie d’examens. Il s’en sort avec une jolie entaille sur le crâne qui lui vau­dra 7 points de suture ».

Pris à partie par des militants d’extrême gauche lors du procès de la voiture incendiée (septembre 2017)

En sep­tem­bre 2017, il est pris à par­tie lors du procès de deux mil­i­tants d’extrême-gauche qui ont incendié une voiture de police quai Valmy à Paris le 18 mai 2016. Il a aus­si été pris à par­tie lors d’une man­i­fes­ta­tion le 21 sep­tem­bre 2017. Buz­zfeed et Arrêts sur Images revi­en­nent sur les faits : « d’après le site Buz­zfeed, le jour­nal­iste Thier­ry Vin­cent a été “hué et insulté à la sor­tie du palais de jus­tice” de Paris la semaine dernière, en marge du procès sur l’in­cendie d’une voiture de police quai de Valmy. Il aurait égale­ment été “vio­lem­ment frap­pé au vis­age” lors de la man­i­fes­ta­tion du 21 sep­tem­bre dernier. Buz­zfeed, citant le jour­nal­iste, évoque “un coup de poing au vis­age”. Vin­cent racon­te à @asi avoir été recon­nu, puis pris à par­tie par quelques man­i­fes­tants du cortège de tête, pen­dant que d’autres s’in­ter­po­saient ».

Selon Arrêt sur Images, « les reproches con­tre Thier­ry Vin­cent ne datent sem­ble-t-il pas d’hi­er » et ren­voient à des règle­ments de comptes au sein de l’ultra-gauche : « en mars 2017, après la dif­fu­sion d’un reportage d’En­voyé Spé­cial réal­isé par Thier­ry Vin­cent sur les “casseurs”, un texte pub­lié sur le site Paris-Luttes.info et repris sur plusieurs sites d’ex­trême gauche s’en pre­nait à Vin­cent et à sa “con­nivence” avec des mou­ve­ments comme le col­lec­tif antifas­ciste et ant­i­cap­i­tal­iste MILI (Mou­ve­ment d’In­ter Luttes Indépen­dant), plus ouverts à la dis­cus­sion avec les jour­nal­istes — ce que Paris-Luttes.info reproche dans son texte, anonyme. “Nom­breux sont celles et ceux qui savent que cette même con­nivence a per­mis que les images de Thier­ry Vin­cent se retrou­vent dans le dossier d’in­struc­tion de l’af­faire du 18 mai [l’in­cendie du quai de Valmy, ndlr]”, peut-on y lire. Le texte accu­sait le jour­nal­iste de “participe[r] de l’im­mense farce médi­a­tique con­sis­tant à ren­forcer encore un peu plus le dis­cours polici­er” ».

Collaborations

Non ren­seigné

Il l’a dit

Thier­ry Vin­cent s’exprime rarement dans les médias. Il a néan­moins expliqué son par­ti pris en faveur de la mou­vance de l’ultra-gauche, qui a défrayé la chronique judi­ci­aire en 2008. Cer­tains mem­bres du groupe de Tarnac, dont leur leader, Julien Coupat, avaient été arrêtés de manière spec­tac­u­laire (en présence de la presse) et incar­cérés plusieurs mois. Ils ont été accusés d’avoir saboté des lignes TGV (plus d’informations).

« L’extrême gauche s’en prend aux biens, l’extrême droite aux per­son­nes », Le Monde, 24/11/2014.

« Pour être au cœur de ces affron­te­ments, je me suis équipé comme ces mil­i­tants rad­i­caux […] Pour me faire accepter plus facile­ment, j’ai filmé seul avec une petite caméra. Après plusieurs mois de man­i­fes­ta­tions et de prise de con­tact, les mil­i­tants rad­i­caux ont fini par me laiss­er filmer des images au plus près de l’action », Nous sommes tous des casseurs, Envoyé Spé­cial, France 2, 15/03/2017.

« Pen­dant la loi tra­vail, on avait l’impression d’être con­sid­érés par la police comme des bel­ligérants », Street­press, 04/04/2017, op. cit.

Affaire Tarnac

« Je ne leur ai jamais promis quoi que ce soit. Jamais dit que j’al­lais faire un plaidoy­er pour leur cause. D’ailleurs, je ne juge pas l’in­struc­tion : je ne sais pas s’ils sont coupables ou non. Je veux sim­ple­ment dénon­cer deux choses : une con­cep­tion dan­gereuse de l’an­ti-ter­ror­isme et la manip­u­la­tion qui a eu lieu dans la présen­ta­tion politi­co-médi­a­tique de cette affaire », « Enquête sur l’ul­tra­gauche “tapie dans l’om­bre”, mode d’emploi » (Rue89, 15/11/2010)

« Ça les a beau­coup sur­pris que je vienne sans caméra. C’est là que j’ai ren­con­tré Ben­jamin Rosoux et Christophe Beck­er (deux des inculpés, ndlr). J’ai passé énor­mé­ment de temps avec eux. Puis je suis revenu une deux­ième fois pour tourn­er (…) On en a fait un faux por­trait, de gens sec­taires qui échafau­dent des plans. Alors que quand on les ren­con­tre, ils ont l’air de gen­dres idéaux. J’avais presque l’im­pres­sion d’être un punk à côté d’eux. »

« Mal­gré la clarté de ses inten­tions, l’en­quête ne s’est pas faite sans quelques remous en interne à Canal : “Ça grinçait un peu, parce que cer­tains avaient peur qu’on fasse un truc trop favor­able aux Tar­na­cois, et qu’on ait l’air cons si leur cul­pa­bil­ité était démon­trée”. »

« Finale­ment, ça n’a pas été si dur que ça de les ren­con­tr­er. Il suf­fit de con­naître leurs codes poli­tiques. Alors que beau­coup de jour­nal­istes n’y con­nais­sent rien. La plu­part n’ont jamais vu un mec d’ul­tra-gauche de leur vie. »

Sa nébuleuse

La Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) ex-DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur)

Il ne s’en cache pas, Thier­ry Vin­cent a d’excellents con­tacts avec la Direc­tion générale de la sécu­rité intérieure (DGSI), le ser­vice de ren­seigne­ment du min­istère de l’In­térieur français, l’ex-DCRI. Comme il l’a recon­nu lors d’un entre­tien en 2010, « je ne leur ai jamais caché non plus que je voy­ais des flics de la DCRI régulière­ment. »

Thier­ry Vin­cent n’est bien sûr pas le seul, de nom­breux jour­nal­istes jouis­sant de cette prox­im­ité avec les policiers de l’ombre qui leur per­met d’obtenir des infor­ma­tions et des doc­u­ments en exclu­siv­ité. Cette con­nivence est par­ti­c­ulière­ment vis­i­ble dans son reportage « Vio­lences d’ex­trême droite : le retour » dif­fusé en novem­bre 2014. En effet, Thier­ry Vin­cent dis­po­sait de nom­breux élé­ments issus de l’enquête poli­cière (list­ing d’appels télé­phoniques d’un des pro­tag­o­nistes, retran­scrip­tion de SMS, pho­togra­phies, images d’une caméra de vidéo­sur­veil­lance, adress­es per­son­nelles, etc.) dont la dif­fu­sion à l’antenne con­sti­tu­ait une vio­la­tion du secret de l’instruction judi­ci­aire et de la pré­somp­tion d’innocence.

En col­lab­o­rant étroite­ment avec les ser­vices de police, Thier­ry Vin­cent se rend-il compte qu’il se fait le relais du min­istère de l’Intérieur auprès de l’opinion publique ? La ques­tion reste entière.

Car les liens du jour­nal­iste avec les ser­vices de ren­seigne­ment sont anciens. En 2001 déjà, son reportage sur Coluche était fondé sur les déc­la­ra­tions d’anciens mem­bres des ser­vices de ren­seigne­ment, tout comme celui sur l’argent des syn­di­cats en 2003. Ces col­lab­o­ra­tions n’empêchent pas Thier­ry Vin­cent de se tromper lour­de­ment, comme dans le reportage qu’il con­sacre à l’attentat anti­sémite de la rue des Rosiers en août 1982 et qui fit 6 morts et 22 blessés. Les auteurs de la tuerie n’ont été iden­ti­fiés avec cer­ti­tude qu’en 2011. Toute­fois, dans le cadre de l’émission « Spé­cial inves­ti­ga­tion » dif­fusée en 2008 par Canal, Thier­ry Vin­cent, assisté de Philippe Cauzard (ex-offici­er de police spé­cial­isé dans la lutte con­tre les activistes extrémistes aux Ren­seigne­ments Généraux, ex-DCRI), démon­tre que les tueurs sont des néo-nazis alle­mands manip­ulés par la police poli­tique com­mu­niste de l’Allemagne de l’Est (Stasi). Cette thèse n’était pas nou­velle, puisque Le Quo­ti­di­en de Paris l’avait évo­quée dès févri­er 1983, et qu’elle avait été plusieurs fois reprise dans des enquêtes jour­nal­is­tiques, et ce mal­gré les démen­tis de la police. Des démen­tis passés sous silence dans le reportage de Thier­ry Vin­cent, mais que celui-ci ne pou­vait ignor­er, tout comme Philippe Cauzard.

En 2011, la jus­tice française a annon­cé avoir iden­ti­fié les ter­ror­istes pré­sumés, tous des Pales­tiniens, et en 2015, des man­dats d’arrêt inter­na­tionaux ont été lancés à l’encontre de Zouhair Mouhamad Has­san Khalid Al-Abassi, arrêté en Jor­danie, Walid Abdul­rah­man Abou Zayed, 56 ans, qui vit en Norvège, et Mah­moud Khad­er Abed Adra, 59 ans (lien).

Une sit­u­a­tion dont il a con­science ! Car dans un autre reportage, con­sacré cette fois-ci à l’ultra gauche, il souhaitait « dénon­cer (…) la manip­u­la­tion qui a eu lieu dans la présen­ta­tion politi­co-médi­a­tique de cette affaire », « Enquête sur l’ul­tra­gauche “tapie dans l’om­bre”, mode d’emploi », blogs.rue89.nouvelobs.com/au-fond-a-gauche, 15/11/2010.

Guy Konopnicki

Thier­ry Vin­cent a par­ticipé à deux doc­u­men­taires et à un livre avec cet ex-stal­in­ien, écrivain, jour­nal­iste et ancien con­seiller région­al Verts d’Ile-de-France, ayant fait de la lutte con­tre le Front nation­al son cheval de bataille. Selon Wikipé­dia, Guy Konop­nic­ki a été mil­i­tant com­mu­niste dans sa jeunesse, puis mem­bre du Par­ti com­mu­niste français (PCF) de 1963 à 1978, mem­bre du bureau nation­al de l’U­nion des étu­di­ants com­mu­nistes (UEC) entre 1968 et 1972, et prési­dent de l’UNEF de 1971 à 1972.

Il com­mence sa car­rière de jour­nal­iste à l’hebdomadaire cul­turel com­mu­niste France-Nou­velle puis ani­me l’as­so­ci­a­tion Tra­vail et Cul­ture, organ­i­sa­tion cul­turelle liée à la CGT. Après sa rup­ture avec le PCF, en 1978, il col­la­bore à Libéra­tion ain­si qu’au Matin de Paris et, de 1985 à 1992, au men­su­el Globe. Il est, depuis 1999, chroniqueur au mag­a­zine Mar­i­anne. Il par­ticipe au « Panora­ma » de France Cul­ture, à par­tir de 1980, jusqu’à la dis­pari­tion de cette émis­sion, en 1999. Tou­jours sur France Cul­ture, il par­ticipe depuis sa créa­tion à l’émis­sion « Des Papous dans la tête ».

Il est égale­ment scé­nar­iste et dia­logu­iste de ciné­ma (Rouge Bais­er, de Véra Bel­mont, 1985).

De retour en poli­tique en 1992, Guy Konop­nic­ki a été con­seiller région­al d’Île-de-France, de 1992 à 1998, élu dans les Hauts-de-Seine sur la liste Généra­tion écolo­gie. Il est mem­bre du Comité Laïc­ité République.

Il est par ailleurs l’auteur d’une dizaine d’essais poli­tiques.

Quelques col­lo­ques où Guy Konop­nic­ki est inter­venu :

  • 1988 : Invité au Col­loque « Lib­erté pour les juifs d’U.R.S.S. » organ­isé par la loge Elie Bloch de Metz du B’naï B’rith (voir Mys­tères et secrets du B’naï B’rith d’Emmanuel Rati­er). L’opéra­tion est par­rainée par le séna­teur-maire Jean-Marie Rausch, Lau­rent Fabius, Lionel Sroleru et deux députés de Moselle. Les autres inter­venants sont Annie Kriegel, Alexan­dre Adler, Ralph Pin­to, etc.
  • 1997 : à Saintes, il par­ticipe à un débat organ­isé par SOS Racisme, et son prési­dent de l’époque, Fodé Syl­la, sur le thème « Faut-il inter­dire le FN ? » (« Brahim Jlalji », Sud Ouest, 08/03/1997)
  • 2000 : Il est l’invité d’une tenue blanche fer­mée de la loge Les Démoc­rates pour dis­sert­er sur l’antifascisme dans sa planche L’Arbre de Gœthe, France-Allemagne‑L’Autriche.

Ils ont dit

Attentat de la rue des Rosiers, la fausse piste de Thierry Vincent

« Depuis ses débuts, l’en­quête sur l’at­ten­tat de la rue des Rosiers a en effet con­nu de nom­breux erre­ments (…) Dans un doc­u­men­taire sor­ti en 2008, le jour­nal­iste Thier­ry Vin­cent avançait pour sa part que les auteurs de l’at­ten­tat auraient pu être des “néon­azis” », « Trois sus­pects iden­ti­fiés trente-trois ans après l’at­ten­tat de la rue des Rosiers », lemonde.fr, 04.03.2015.

« Thier­ry Vin­cent dresse un funeste tableau d’un pays désor­mais habitué aux images de guéril­la urbaine. Aux gaz lacry­mogènes répon­dent les cock­tails Molo­tov. Aux exac­tions xéno­phobes répon­dent les démon­stra­tions de force anar­chistes. Comme en 1945. Les armes en moins. Pour com­bi­en de temps? », « Grèce : vers la guerre civile ? », Le Monde, 02/09/2013.

« Cela n’empêche pas Thier­ry Vin­cent, l’enquêteur mai­son, vieux gau­cho déguisé en clochard (enfin, on espère pour lui que c’est une cou­ver­ture, his­toire d’infiltrer l’extrême gauche ou de mar­quer sa dés­ap­pro­ba­tion avec les jeunes patri­otes bien habil­lés), de se livr­er à un exer­ci­ce de retourne­ment de haut vol. Nous ne le blâmerons pas : il sem­ble ne pas saisir qui tire les ficelles, puisqu’il fait lui-même par­tie des mar­i­on­nettes. Avec de tels naïfs, la manip­u­la­tion devient un jeu d’enfant. Bien­v­enue dans le monde des antifas, ces petits sol­dats incon­scients des ban­ques », « Antifas : des fli­cail­lons… même pas payés ! », egaliteetreconciliation.fr, 11/12/2014.

« Nous avions même adoubé son tra­vail rigoureux de jour­nal­iste, lui qui avait arpen­té tout Paris et sa ban­lieue, affublé d’une kip­pa, et qui avait mon­tré avec une rigueur qu’on ne con­naît plus chez les jour­nal­istes, que l’antisémitisme, c’était du flan. Oui mais voilà, pas très remer­ciant, le jour­nal­iste d’Envoyé spé­cial nous fait savoir que, pas du tout, il avait mon­tré dans la suite de son reportage que l’antisémitisme en France con­nais­sait une « recrude­s­cence inquié­tante ». Pire, il pense qu’Alain Soral est « par­tielle­ment respon­s­able de la mon­tée d’un anti­sémitisme banal­isé » ! Il faut bien con­serv­er son emploi », Égal­ité & Réc­on­cil­i­a­tion, 14/01/2016.

« Thier­ry Vin­cent, jour­nal­iste pour France Télévi­sion, s’incruste depuis un temps cer­tain dans les lieux et rassem­ble­ments poli­tiques pour mieux se faire accepter et con­stru­ire pais­i­ble­ment des reportages visant à amen­er au grand écran des analy­ses scabreuses sur les milieux anar­chistes et autonomes », Paris Lutte Infos [média parisien de l’ultra-gauche], 23/03/2017.

« Il a béné­fi­cié notam­ment de la con­nivence répétée de celles et ceux qui ont par­ticipé à con­stru­ire l’imaginaire médi­a­tique du cortège de tête et de ses représen­ta­tions « insur­rec­tion­nal­istes », comme en attes­tent les inter­views don­nées dans le reportage par des mem­bres de l’AFA [min 20:00] et du MILI [min 24:30] », ibid.

« Comme d’autres jour­nal­istes pré­ten­du­ment indépen­dants ou sym­pa­thisants, Vin­cent et Lau­rent croient réha­biliter nos pra­tiques rad­i­cales, tout en ser­vant sur un plateau au pub­lic de leurs reportages tous les argu­ments du dis­crédit », ibid.

Pho­to : cap­ture d’écran vidéo Street­press

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