Thierry Vincent

Thierry Vincent : « Je suis Charlie » mais ami des policiers

« Je ne leur ai jamais caché non plus que je voyais des flics de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur, ndlr) régulièrement », « Enquête sur l’ultragauche “tapie dans l’ombre”, mode d’emploi », blogs.rue89.nouvelobs.com, 15/11/2010

Thierry Vincent incarne à merveille le soixante-huitard, une espèce pourtant en voie d’extinction dans la société, mais encore largement représentée chez les journalistes. Représentant parfait de « l’esprit Charlie », militant anti-Front national revendiqué (voir § Publications) dans le sillage de Guy Konopnicki, il n’hésite pas à se mettre en scène dans ses reportages, optant pour un traitement manichéen de l’information. Pour Thierry Vincent, les « méchants » sont forcément de droite et les « gentils » de gauche. Son libertarisme a toutefois des limites puisque la police, et particulièrement les services de renseignement, qui lui permettent de réaliser ses reportages, trouvent une utilité à ses yeux… Cette collaboration étroite entre Thierry Vincent et des membres du ministère de l’Intérieur s’avère profitable pour les deux parties : d’un côté, le journaliste de l’émission « Spécial investigation » de Canal+ a accès à des éléments inédits d’enquêtes, de l’autre, l’État a la possibilité d’orienter sans se mouiller l’opinion publique sur certains sujets ou de créer un rideau de fumée sur des histoires gênantes.

Parcours professionnel

Thierry Vincent a travaillé pour le Nouvel Observateur, puis pour RFI. Il travaille désormais pour l’émission de Canal+, « Spécial Investigation ».

Parcours militant

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Ce qu’il gagne

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Publications

Livre

Filières Noires (Ed. Denoël, 1996) : Ce livre à charge contre le Front national du militant anti-FN Guy Konopnicki (voir § Sa nébuleuse) a été écrit avec la collaboration de Thierry Vincent. Celui-ci a « rencontré de nombreux membres et responsables du FN ainsi que des dissidents et transfuges. » Selon l’auteur, le but de cet ouvrage est de « dire et révéler quelques vérités sur ce parti différent de tous les autres, sur cette entreprise redoutable qui mine notre démocratie et menace la liberté des Français. » Outre Thierry Vincent, Guy Konopnicki a été aidé par le Centre Simon-Wiesenthal et particulièrement par Marc Knobel.

« N’hésitant pas à tremper sa plume dans l’encre des pamphlétaires » comme le note Le Monde (14/06/1996), ce livre a valu à Guy Konopnicki plusieurs déboires judiciaires. En effet, le tribunal de grande instance de Paris l’a condamné, ainsi que les éditions Denoël, à 25 000 Francs (3300 euros) d’amende en 1997, plus la publication d’un communiqué judiciaire dans deux journaux au choix des parties civiles, pour diffamation envers Jean-Marie Le Pen et le Front national en raison de plusieurs passages du livre. L’auteur avait déjà été condamné pour diffamation envers Thierry Bouzard, conseiller municipal FN, Mme Cendrine Le Chevallier, maire-adjoint de Toulon (suppression d’un passage du livre, provision de 10 000 Francs de dommages-intérêts) et André Figuéras, résistant et historien.

Documentaires
  • « Bienvenue à Vitrolles » (co-production : La Sept Arte, Nomad Films, Les films du lendemain)  de Guy Konopnicki, Thierry Vincent, Thierry-Vincent de Lestrade, Bernard Henri-Lévy. Ce documentaire de Guy Konopnicki « a été réalisé avec Thierry Vincent dans le cadre d’une commande faite par la chaîne Arte en 1997 (…) avec pour objectif de présenter la politique locale FN à Vitrolles et d’y apporter un regard critique. » (lien). Le documentariste Thierry-Vincent de Lestrade et le philosophe Bernard Henri-Lévy y ont également participé. Le documentaire débute par cette tirade de BHL sur « l’éternelle histoire de ces braves gens qui, sans chemises brunes, ni croix gammées, ont toujours formé les rangs de notre fascisme national, fascisme que sa banalité même rend peut être encore plus inquiétant. ». Le but de « Bienvenue à Vitrolles » est de donner la parole aux militants du FN, présentés par Libération comme des « “Français moyens”, très moyens même (…) un rien franchouillards, un tantinet “beaufs”.»
  • « Choses vues à Vitrolles » (co-production : Les Films du lendemain, ARTE France) d’Isabelle Balducchi, Thierry-Vincent de Lestrade, Guy Konopnicki, Isabelle Konopnicki, Thierry Vincent : « Ce film suit les élections de 1998 à Vitrolles entre les manifestations publiques et la vie de militants du Front national. »

Actuellement, Thierry Vincent produit principalement des reportages pour la chaîne Canal+, pour les émissions « Spécial Investigation » et « 90 minutes » (Paul Moreira et Luc Hermann) dans le passé. Voici une liste non-exhaustive de ses reportages diffusés pour diverses chaines :

  • « Les partis sans couleur » : « Un simple descriptif d’une situation mainte et mainte fois relatée, notamment dans ces colonnes : les partis politiques n’aiment ni les Noirs, ni les Arabes et encore moins les Asiatiques. Pas assez rentables électoralement, trop difficilement contrôlables, suspects de réflexes communautaires alors qu’on les veut simplement partisans. » (lien).
  • « Violences d’extrême droite : le retour » (voir nébuleuse)
  • « Grèce : Le funeste tableau d’un pays au bord de l’implosion » (C+)
  • « Tarnac : enquête sur l’ultragauche » (C+)
  • « La Face cachée du président Barroso » (C+)
  • « Buffalo grill, les circuits de la viande interdite » (C+)
  • « L’argent des syndicats » (C+)
  • « Coluche président : un candidat à abattre » : « C’est en cherchant dans les milieux policiers que nous sommes remontés jusqu’aux hommes et aux pratiques exercées par ces hommes pour intimider Coluche, explique Thierry Vincent. J’ai rencontré cinq fois notre témoin-clé avant qu’il accepte de dévoiler la vérité. Il a finalement parlé sous couvert d’anonymat. Vingt ans après, il était effrayé d’éventuelles conséquences s’il était démasqué. », « Quand le candidat Coluche faisait peur » (Le Parisien, 03/04/2001).

Thierry Vincent frappé par les CRS (2010)

En octobre 2010, venu manifester contre la réforme des retraites à l’appel des partis de gauche et des syndicats, Thierry Vincent se retrouve place de la Bastille à Paris alors que des heurts opposent des manifestants et les forces de l’ordre. Durant une charge de CRS, il est frappé par un des policiers. La scène est filmée par Hugo Hayat, de l’agence Moas Press et diffusée sur Dailymotion. Selon Thierry Vincent : « Cette scène s’est passée mardi vers 20 heures à Bastille. J’étais allé manifester en tant que simple citoyen. Puis on s’est retrouvé avec des amis. D’un coup, j’ai vu qu’il y avait des échauffourées de l’autre côté, alors j’ai sorti ma carte de presse. On m’a laissé passer derrière, mais c’est lorsque j’ai voulu repartir que cela s’est compliqué. (…) J’ai un peu mal au genou, mais c’est plus de la violence psychologique. J’ai été choqué. Pour tout vous dire, j’ai mal dormi cette nuit. »

Alain Soral et l’affaire Binti (2014)

En novembre 2014, le jeune mannequin d’origine camerounaise, Binti, envoie plusieurs courriels intitulés « Testament » à Alain Soral, Jo Dalton et Thierry Vincent. Cette jeune femme avait noué une idylle virtuelle avec le président d’Égalité et Réconciliation avant leur séparation. Rapidement, plusieurs textos insultants d’Alain Soral adressés à Binti sont diffusés sur Internet. De même qu’une photo de lui, nu, qu’il aurait également adressée à la top-model.

Collaborations

Non renseigné

Il l’a dit

Thierry Vincent s’exprime rarement dans les médias. Il a néanmoins expliqué son parti pris en faveur de la mouvance de l’ultra-gauche, qui a défrayé la chronique judiciaire en 2008. Certains membres du groupe de Tarnac, dont leur leader, Julien Coupat, avaient été arrêtés de manière spectaculaire (en présence de la presse) et incarcérés plusieurs mois. Ils ont été accusés d’avoir saboté des lignes TGV (plus d’informations).

Affaire Tarnac

« Je ne leur ai jamais promis quoi que ce soit. Jamais dit que j’allais faire un plaidoyer pour leur cause. D’ailleurs, je ne juge pas l’instruction : je ne sais pas s’ils sont coupables ou non. Je veux simplement dénoncer deux choses : une conception dangereuse de l’anti-terrorisme et la manipulation qui a eu lieu dans la présentation politico-médiatique de cette affaire », « Enquête sur l’ultragauche “tapie dans l’ombre”, mode d’emploi » (Rue89, 15/11/2010)

« Ça les a beaucoup surpris que je vienne sans caméra. C’est là que j’ai rencontré Benjamin Rosoux et Christophe Becker (deux des inculpés, ndlr). J’ai passé énormément de temps avec eux. Puis je suis revenu une deuxième fois pour tourner (…) On en a fait un faux portrait, de gens sectaires qui échafaudent des plans. Alors que quand on les rencontre, ils ont l’air de gendres idéaux. J’avais presque l’impression d’être un punk à côté d’eux. »

« Malgré la clarté de ses intentions, l’enquête ne s’est pas faite sans quelques remous en interne à Canal+ : “Ça grinçait un peu, parce que certains avaient peur qu’on fasse un truc trop favorable aux Tarnacois, et qu’on ait l’air cons si leur culpabilité était démontrée”. »

« Finalement, ça n’a pas été si dur que ça de les rencontrer. Il suffit de connaître leurs codes politiques. Alors que beaucoup de journalistes n’y connaissent rien. La plupart n’ont jamais vu un mec d’ultra-gauche de leur vie. »

Sa nébuleuse

La Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) ex-DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur)

Il ne s’en cache pas, Thierry Vincent a d’excellents contacts avec la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le service de renseignement du ministère de l’Intérieur français, l’ex-DCRI. Comme il l’a reconnu lors d’un entretien  en 2010, « je ne leur ai jamais caché non plus que je voyais des flics de la DCRI régulièrement. »

Thierry Vincent n’est bien sûr pas le seul, de nombreux journalistes jouissant de cette proximité avec les policiers de l’ombre qui leur permet d’obtenir des informations et des documents en exclusivité. Cette connivence est particulièrement visible dans son reportage « Violences d’extrême droite : le retour » diffusé en novembre 2014. En effet, Thierry Vincent disposait de nombreux éléments issus de l’enquête policière (listing d’appels téléphoniques d’un des protagonistes, retranscription de SMS, photographies, images d’une caméra de vidéosurveillance, adresses personnelles, etc.) dont la diffusion à l’antenne constituait une violation du secret de l’instruction judiciaire et de la présomption d’innocence.

En collaborant étroitement avec les services de police, Thierry Vincent se rend-il compte qu’il se fait le relai du ministère de l’Intérieur auprès de l’opinion publique ? La question reste entière.

Car les liens du journaliste avec les services de renseignement sont anciens. En 2001 déjà, son reportage sur Coluche était fondé sur les déclarations d’anciens membres des services de renseignement, tout comme celui sur l’argent des syndicats en 2003. Ces collaborations n’empêchent pas Thierry Vincent de se tromper lourdement, comme dans le reportage qu’il consacre à l’attentat antisémite de la rue des Rosiers en août 1982 et qui fit 6 morts et 22 blessés. Les auteurs de la tuerie n’ont été identifiés avec certitude qu’en 2011. Toutefois, dans le cadre de l’émission « Spécial investigation » diffusée en 2008 par Canal+, Thierry Vincent, assisté de Philippe Cauzard (ex-officier de police spécialisé dans la lutte contre les activistes extrémistes aux Renseignements Généraux, ex-DCRI), démontre que les tueurs sont des néo-nazis allemands manipulés par la police politique communiste de l’Allemagne de l’Est (Stasi). Cette thèse n’était pas nouvelle, puisque Le Quotidien de Paris l’avait évoquée dès février 1983, et qu’elle avait été plusieurs fois reprise dans des enquêtes journalistiques, et ce malgré les démentis de la police. Des démentis passés sous silence dans le reportage de Thierry Vincent, mais que celui-ci ne pouvait ignorer, tout comme Philippe Cauzard.

En 2011, la justice française a annoncé avoir identifié les terroristes présumés, tous des Palestiniens, et en 2015, des mandats d’arrêt internationaux ont été lancés à l’encontre de Zouhair Mouhamad Hassan Khalid Al-Abassi, arrêté en Jordanie, Walid Abdulrahman Abou Zayed, 56 ans, qui vit en Norvège, et Mahmoud Khader Abed Adra, 59 ans (lien).

Une situation dont il a conscience ! Car dans un autre reportage, consacré cette fois-ci à l’ultra gauche, il souhaitait « dénoncer (…) la manipulation qui a eu lieu dans la présentation politico-médiatique de cette affaire », « Enquête sur l’ultragauche “tapie dans l’ombre”, mode d’emploi », blogs.rue89.nouvelobs.com/au-fond-a-gauche, 15/11/2010.

Guy Konopnicki

Thierry Vincent a participé à deux documentaires et à un livre avec cet ex-stalinien, écrivain, journaliste et ancien conseiller régional Verts d’Ile-de-France, ayant fait de la lutte contre le Front national son cheval de bataille. Selon Wikipédia, Guy Konopnicki a été militant communiste dans sa jeunesse, puis membre du Parti communiste français (PCF) de 1963 à 1978, membre du bureau national de l’Union des étudiants communistes (UEC) entre 1968 et 1972, et président de l’UNEF de 1971 à 1972.

Il commence sa carrière de journaliste à l’hebdomadaire culturel communiste France-Nouvelle puis anime l’association Travail et Culture, organisation culturelle liée à la CGT. Après sa rupture avec le PCF, en 1978, il collabore à Libération ainsi qu’au Matin de Paris et, de 1985 à 1992, au mensuel Globe. Il est, depuis 1999, chroniqueur au magazine Marianne. Il participe au « Panorama » de France Culture, à partir de 1980, jusqu’à la disparition de cette émission, en 1999. Toujours sur France Culture, il participe depuis sa création à l’émission « Des Papous dans la tête ».

Il est également scénariste et dialoguiste de cinéma (Rouge Baiser, de Véra Belmont, 1985).

De retour en politique en 1992, Guy Konopnicki a été conseiller régional d’Île-de-France, de 1992 à 1998, élu dans les Hauts-de-Seine sur la liste Génération écologie. Il est membre du Comité Laïcité République.

Il est par ailleurs l’auteur d’une dizaine d’essais politiques.

Quelques colloques où Guy Konopnicki est intervenu :

  • 1988 : Invité au Colloque « Liberté pour les juifs d’U.R.S.S. » organisé par la loge Elie Bloch de Metz du B’naï B’rith (voir Mystères et secrets du B’naï B’rith d’Emmanuel Ratier). L’opération est parrainée par le sénateur-maire Jean-Marie Rausch, Laurent Fabius, Lionel Sroleru et deux députés de Moselle. Les autres intervenants sont Annie Kriegel, Alexandre Adler, Ralph Pinto, etc.
  • 1997 : à Saintes, il participe à un débat organisé par SOS Racisme, et son président de l’époque, Fodé Sylla, sur le thème « Faut-il interdire le FN ? » (« Brahim Jlalji », Sud Ouest, 08/03/1997)
  • 2000 : Il est l’invité d’une tenue blanche fermée de la loge Les Démocrates pour disserter sur l’antifascisme dans sa planche L’Arbre de Gœthe, France-Allemagne-L’Autriche.

Ils ont dit

Attentat de la rue des Rosiers, la fausse piste de Thierry Vincent

« Depuis ses débuts, l’enquête sur l’attentat de la rue des Rosiers a en effet connu de nombreux errements (…) Dans un documentaire sorti en 2008, le journaliste Thierry Vincent avançait pour sa part que les auteurs de l’attentat auraient pu être des “néonazis” », « Trois suspects identifiés trente-trois ans après l’attentat de la rue des Rosiers », lemonde.fr, 04.03.2015.

« Thierry Vincent dresse un funeste tableau d’un pays désormais habitué aux images de guérilla urbaine. Aux gaz lacrymogènes répondent les cocktails Molotov. Aux exactions xénophobes répondent les démonstrations de force anarchistes. Comme en 1945. Les armes en moins. Pour combien de temps? », « Grèce : vers la guerre civile ? », Le Monde, 02/09/2013.

« Cela n’empêche pas Thierry Vincent, l’enquêteur maison, vieux gaucho déguisé en clochard (enfin, on espère pour lui que c’est une couverture, histoire d’infiltrer l’extrême gauche ou de marquer sa désapprobation avec les jeunes patriotes bien habillés), de se livrer à un exercice de retournement de haut vol. Nous ne le blâmerons pas : il semble ne pas saisir qui tire les ficelles, puisqu’il fait lui-même partie des marionnettes. Avec de tels naïfs, la manipulation devient un jeu d’enfant. Bienvenue dans le monde des antifas, ces petits soldats inconscients des banques », « Antifas : des flicaillons… même pas payés ! », egaliteetreconciliation.fr, 11/12/2014.