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Jean-Jacques Augier

L’affairiste social-démocrate

« L’homme a un regard un peu Droopy, mais il ne cille pas. Pas très épais, grison­nant, il est souri­ant mais impéné­tra­ble. “Très réservé”, dis­ent ses proches : Augi­er cul­tive sa dis­cré­tion. Il côtoie depuis plus de trente ans l’élite intel­lectuelle, poli­tique et com­mer­ciale du pays, mais il n’est pas mondain », Jean-Jacques Augi­er, bille en “Têtu”, Liberation.fr, 29 mars 2013

« Alors quand une man­i­fes­ta­tion s’organise pour défendre le mariage homo­sex­uel, c’est devant qu’il faut regarder pour le trou­ver », Off­shore leaks : qui est Jean-Jacques Augi­er ? », Europe1.fr, 4 avril 2013

Jean-Jacques Augier est né en octobre 1953 à Lyon dans une famille de 4 enfants (2 filles et 2 garçons) d’un père ingénieur, Jean Augier, et d’une mère puéricultrice, Céline Dumoulin. Pacsé et homosexuel revendiqué, il rencontre son compagnon, un Chinois, lors de ses dix années passées en Chine (1999–2009). Énarque, de la fameuse promotion Voltaire, la même que son ami François Hollande, il est son trésorier lors de la campagne présidentielle de 2012. En avril 2013, il est mis en cause par le quotidien Le Monde (scandale des offshore leaks) qui dévoile qu’il a investi une partie de sa fortune dans un paradis fiscal, les Îles Caïman : « J’ai investi dans cette société par l’intermédiaire de la filiale d’Eurane en Chine, Capital Concorde Limited, un holding qui gère toutes mes affaires chinoises. L’investissement dans International Bookstores apparaît au bilan de cette filiale. Rien n’est illégal. »

Formation

Lycée du Parc à Lyon, diplômé de Poly­tech­nique (1973) et de l’École Nationale d’Administration dont il sort dans la « botte », c’est-à-dire dans les quinze pre­miers (cinquième de la pro­mo­tion Voltaire, 1980).

Parcours professionnel

Haut fonc­tion­naire bril­lant, Jean-Jacques Augi­er aban­donne très vite le ser­vice de l’État pour faire des affaires dans le privé, de l’édition, la librairie et la presse en pas­sant par la boucherie et les taxis. Il a néan­moins gardé de solides ami­tiés dans le milieu poli­tique.

1980

Inspecteur des finances.

1980–1984

Inspec­tion générale des finances.

1982–1988

Maître de con­férences à l’Institut d’études poli­tiques de Paris.

1984–1986

Chargé de mis­sion à la direc­tion finan­cière, auprès du prési­dent-directeur général de la Com­pag­nie générale d’électricité (CGE) Georges Pébereau, qu’il admire énor­mé­ment — « un très grand indus­triel ».

1987–1992

Vice-prési­dent général, puis prési­dent-directeur général des Taxis G7. Bras droit d’André Rous­se­let, alors tré­sori­er de la cam­pagne du can­di­dat social­iste et prési­dent de la République, François Mit­ter­rand.

1991–2001

Prési­dent-directeur général des édi­tions Bal­land.

1993–2002

Admin­is­tra­teur de Marceau par­tic­i­pa­tions.

1993–2003

Admin­is­tra­teur des Édi­tions Pol.

1997–2000

Prési­dent-directeur général du groupe Ada.

Au début des années 2000, il s’installe à Pékin, apprend le man­darin et se lance dans les affaires, librairie et… boucherie (les « boucheries Michel »). En 2002, il crée sa pre­mière librairie indépen­dante sur le mod­èle des librairies européennes. En 2009, il ren­tre défini­tive­ment en France.

Depuis 2002

Prési­dent-directeur général du hold­ing financier Eurane SA. C’est par une fil­iale d’Eurane, Cap­i­tal Con­corde Lim­it­ed, qu’il devient action­naire de deux sociétés off­shore dans les îles Caï­mans.

1999–2006

Prési­dent-directeur général de la Société nou­velle de remorquage du Havre.

2009–2011

Prési­dent de Scar­cell Ther­a­peu­tics.

Presse

Ges­tion­naire du quo­ti­di­en Info­Matin, ancêtre des gra­tu­its, liq­uidé en 1996. Trois ans plus tard, il deve­nait action­naire du Monde des débats, fondé par Michel Wiev­ior­ka, qui dis­paraî­tra fin 2001.

Depuis 2010

Prési­dent de Books. Cette revue, fondée fin 2008 par Olivi­er Pos­tel-Vinay. « offre une vision de l’actualité pro­fonde, de la cul­ture et des enjeux inter­na­tionaux, à par­tir d’articles de haut niveau por­tant sur la pro­duc­tion édi­to­ri­ale mon­di­ale. »

18 février 2013

Il rachète à Pierre Bergé le men­su­el homo­sex­uel Têtu pour un euro sym­bol­ique. Quelques jours plus tard, les salariés du mag­a­zine se met­tent en grève après l’annonce d’un plan social prévoy­ant de sup­primer 40% des effec­tifs, soit une quin­zaine de per­son­nes sur 35. Après les révéla­tions des investisse­ments de Jean-Jacques Augi­er aux Îles Caï­mans, la rédac­tion de « Têtu » a réa­gi par com­mu­niqué : « Les jour­nal­istes et rédac­teurs en chef adjoints sont con­sternés par cette nou­velle. Si ces activ­ités off­shore ne sont pas illé­gales, leur exis­tence et leur dis­sim­u­la­tion sont tout à fait regret­ta­bles. Alors que les salariés du mag­a­zine subis­sent actuelle­ment un plan social négo­cié a min­i­ma qui a con­duit à une grève votée à l’unanimité le ven­dre­di 22 mars, ces infor­ma­tions parais­sent d’autant plus choquantes. »

Parcours militant

Proche des idées sociales-démoc­rates de Jacques Delors, « il par­ticipe aux réu­nions du Club Témoins et sera, de la bande, l’un des plus déçus lorsque l’ancien com­mis­saire européen renonce à se présen­ter à la prési­den­tielle en 1994 [1995 NDLR]», Des Taxis G7 à Têtu, les mille vies de Jean-Jacques Augi­er, tré­sori­er de Hol­lande », Rue89.com, 4 avril 2013.

Il est le tré­sori­er de ce club alors que François Hol­lande en est le prési­dent.

1993

Directeur de pub­li­ca­tion de la revue « Témoin » : « C’est là que se retrou­vent les mem­bres « transcour­ants » (Ségolène Roy­al, François Hol­lande, Jean-Pierre Jouyet…), petit club deloriste devenu le Club Témoins. Jean-Jacques Augi­er est le seul de la bande à dis­pos­er de l’argent néces­saire pour les recevoir et éditer leur revue. »

1998

Directeur de pub­li­ca­tion de la revue « Les Cahiers du rad­i­cal­isme », revue poli­tique créée avec le sou­tien du Par­ti rad­i­cal de gauche.

2000–2002

Secré­taire nation­al du Par­ti rad­i­cal de gauche (PRG).

2001–2005

Con­seiller du Vème arrondisse­ment de Paris.

2012

Tré­sori­er de François Hol­lande, can­di­dat du Par­ti Social­iste. Il gère les 22 mil­lions d’euros de la cam­pagne prési­den­tielle.

Ce qu’il gagne

Non ren­seigné.

Publications

Dic­tio­n­naire imper­ti­nent de la Chine, avec Renaud de Spens , François Bourin édi­teur, 2012.

Collaborations

Avril 2013

À l’occasion de la 22eme journée du livre poli­tique, il est invité au débat « Notre excep­tion cul­turelle : une ambi­tion française ».

Novembre 2012

Par­tic­i­pant à la con­férence « Start-up san­té : trans­for­mons l’essai » organ­isé par Paris Biotech San­té.

Juillet 2011

Par­ticipe aux ren­con­tres d’Avignon organ­isé par le think tank « Altaïr » sur le thème « Cul­ture nou­veaux médias, nou­velles voix, nou­velles règles du jeu ».

Juillet 2011

Par­ticipe aux travaux d’études du Lab­o­ra­toire des idées du Par­ti Social­iste « Un nou­veau pacte social pour l’entreprise ».

Septembre 2000

Con­férenci­er lors de la 3e journée de l’environnement & du développe­ment durable sur le thème « Les trans­ports de la Ville durable du XXIème siè­cle : enjeux et per­spec­tives ».

Mem­bre du Comité de par­rainage de la « Revue Civique : le nou­veau lien des acteurs citoyens ».

Tré­sori­er de la Fon­da­tion Mai­son des sci­ences de l’homme.

Il l’a dit

« Moi-même je suis homo­sex­uel, et j’ai le sen­ti­ment de pou­voir aider à la réflex­ion sur les thèmes abor­dés dans Têtu. Même si être le patron de la rédac­tion n’entre pas dans mes inten­tions », Jean-Jacques Augi­er, bille en “Têtu”, Liberation.fr, 29 mars 2013

« J’étais intéressé par la chose publique, mais j’avais du mal avec l’aspect labourage de ter­rain, où l’on doit mon­tr­er qu’on s’intéresse aux prob­lèmes des électeurs, où on ne doit jamais dire “je ne sais pas” ni “je ne peux rien faire”… Ce n’est pas dans ma nature. Je préférais réfléchir à l’avenir de notre pays et avoir une vie pro­fes­sion­nelle en dehors », Ibid.

« Quand je suis ren­tré de Chine en 2009, j’ai fait un dîn­er chez moi, et j’ai dit à François : “Je suis à ta dis­po­si­tion, je t’aide autant que tu veux” », Ibid.

Au Monde qui l’interroge sur le cal­en­dri­er de ce sec­ond mon­tage financier, en pleine crise finan­cière mon­di­ale, au moment de la déc­la­ra­tion de guerre des pays du G20 con­tre les par­adis fis­caux, il répond : « Vous me trou­vez léger ? C’est à met­tre sur mon car­ac­tère aven­turi­er. Peut-être ai-je man­qué de pru­dence », Le tré­sori­er de cam­pagne de François Hol­lande a investi aux Caï­mans, LeMonde.fr, 4 mars 2013

Sa nébuleuse

François Hollande

« Ils étaient copains, même s’ils suiv­aient deux voies dif­férentes de l’Ena : Jean-Jacques Augi­er en économie, François Hol­lande dans le cur­sus général. Mais ils n’étaient pas intimes, comme Hol­lande pou­vait l’être avec Michel Sapin, Jean-Pierre Jouyet, Bernard Cot­tin et Jean-Mau­rice Ripert. Augi­er ne fai­sait par exem­ple pas par­tie du Care­na, le syn­di­cat créé à l’Ena par Hol­lande. L’un des meilleurs amis de Jean-Jacques Augi­er, c’était Renaud Donnedieu de Vabres (futur min­istre UMP de la Cul­ture, NDLR) ! Oui, ils n’ont jamais per­du con­tact. Quand Hol­lande crée Démoc­ra­tie 2000, devenu le club Témoins, Augi­er en est le tré­sori­er. Il met aus­si les édi­tions Bal­land, qu’il dirige alors, au ser­vice de ces clubs. Ensuite, Augi­er est par­ti en Chine, mais ils sont restés proches. Et il est devenu, avec Cot­tin, le tré­sori­er de la cam­pagne de Hol­lande », Des Taxis G7 à Têtu, les mille vies de Jean-Jacques Augi­er, tré­sori­er de Hol­lande », Rue89.com, 4 avril 2013

ENA (Promotion Voltaire)

« Copain de la pro­mo­tion Voltaire de l’ENA, cet ancien inspecteur des finances pro­pose tout naturelle­ment ses ser­vices au can­di­dat. Ce qui lui per­met de renouer avec sa petite bande de l’ENA : l’ex-PDG de Numer­i­ca­ble Bernard Cot­tin, l’actuel directeur général de la Caisse des dépôts et consigna­tions et ex-secré­taire d’État aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, l’actuel min­istre du Tra­vail Michel Sapin, Ségolène Roy­al. » Ibid (Wikipé­dia : liste des énar­ques de la pro­mo­tion Voltaire)

Nébuleuse homosexuelle

Mil­i­tant de la cause homo­sex­uelle et en pre­mière ligne pour deman­der une loi recon­nais­sant le mariage homo, ami et édi­teur de l’écrivain « pédé, séroposi­tif, drogué » Guil­laume Dus­tan avec qui il lance la col­lec­tion « le Ray­on gay », Jean-Jacques Augi­er est par ailleurs le nou­veau pro­prié­taire du mag­a­zine Têtu.

Ils ont dit

Hugues Char­bon­neau, ancien directeur de la pub­li­ca­tion de Têtu, qui s’est occupé de trou­ver un repre­neur : « Jean-Jacques Augi­er est quelqu’un de très dis­cret, il a une per­son­nal­ité très dif­férente de celle de Pierre Bergé. Mais ils ont beau­coup de valeurs en com­mun. Têtu n’est pas un titre comme un autre, c’est un véri­ta­ble engage­ment », Jean-Jacques Augi­er, bille en “Têtu”, Liberation.fr, 29 mars 2013

Olivi­er Pos­tel-Vinay, fon­da­teur de Books : « Avec Hol­lande, il entre­tient une vieille cama­raderie. Il estime beau­coup sa pro­bité, son intel­li­gence», ibid.

« Ce matin, les jour­nal­istes de TÊTU ont décou­vert l’article du Monde qui dévoile que Jean-Jacques Augi­er, le nou­veau pro­prié­taire du titre, est action­naire de deux sociétés off­shore dans les îles Caï­mans. Les jour­nal­istes et rédac­teurs en chef adjoints sont con­sternés par cette nou­velle. Si ces activ­ités off­shore ne sont pas illé­gales, leur exis­tence et leur dis­sim­u­la­tion sont tout à fait regret­ta­bles. Alors que les salariés du mag­a­zine subis­sent actuelle­ment un plan social négo­cié a min­i­ma qui a con­duit à une grève votée à l’unanimité le ven­dre­di 22 mars, ces infor­ma­tions parais­sent d’autant plus choquantes. Par ailleurs, les jour­nal­istes craig­nent que ces révéla­tions nuisent à la répu­ta­tion du titre et soient instru­men­tal­isées par les opposants au mariage pour tous, comme a déjà pu le faire Chris­tine Boutin sur Twit­ter. Les jour­nal­istes et rédac­teurs en chef adjoints red­outent le “car­ac­tère aven­turi­er” dont Jean-Jacques Augi­er se pré­vaut dans l’article en ques­tion et s’inquiètent des réper­cus­sions que pour­rait avoir ce “car­ac­tère” dans la ges­tion du mag­a­zine TÊTU. » (Source : www.jeanmarcmorandini.com)

Jean-Pierre Mignard, ami de François Hol­lande : « C’est un type rigoureux et on peut avoir con­fi­ance en lui pour ne pas met­tre le can­di­dat en dan­ger ».

« Der­rière l’X et le busi­ness­man se cache un homme engagé qui se définit comme “deloriste”, et qui assume les fonc­tions de secré­taire nation­al du Par­ti des rad­i­caux de gauche », Les Échos, 10 avril 2001.

« “L’homme des taxis G7” lit des man­u­scrits, dis­cute avec les auteurs, décou­vre et pub­lie Philippe Claudel, dont il est resté l’ami, fait traduire et pub­li­er en France Edward Saint-Aubyn, lance la col­lec­tion “le Ray­on gay” — dev­enue “le Ray­on” — avec Guil­laume Dus­tan », Jean-Jacques Augi­er, bille en “Têtu”, Liberation.fr, 29 mars 2013

François Hol­lande : « Je ne con­nais rien de ces activ­ités, de ces investisse­ments. Jean-Jacques Augi­er a été le tré­sori­er de ma cam­pagne (…), les comptes de ma cam­pagne de 2012 ont été con­sid­érés comme par­faite­ment réguliers, par­faite­ment con­formes au droit et avec toutes les exi­gences que com­mande le respect de la loi, c’est ce qui compte aujourd’hui. Ensuite sur ses activ­ités privées, c’est à l’administration fis­cale de faire son tra­vail », Hol­lande : Je ne con­nais rien des investisse­ments de Jean-Jacques Augi­er, LeMonde.fr, 4 avril 2013

Manuel Valls : « Je ne suis pas au courant. Je ne suis pas au courant. Je le con­nais, oui. Il y avait d’ailleurs un très beau por­trait de lui il y a quelques jours, dans ce même jour­nal, Le Monde », Les min­istres pren­nent leurs dis­tances avec Jean-Jacques Augi­er, tré­sori­er de cam­pagne de François Hol­lande accusé de détenir des comptes aux îles Caï­man, Europe1.fr, 4 avril 2013

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

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