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Jack Dion

La gauche atypique

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 07/12/2016

Ancien journaliste du quotidien communiste L’Humanité, Jack Dion ne le rappelle pas souvent, pas plus qu’il ne fait étalage de sa vie privée. Celui qui se présente partout comme directeur adjoint du journal de centre-gauche Marianne, sans donner d’autres détails, a en effet commencé sa carrière journalistique chez les communistes, et ce n’était pas un passage éclair puisqu’il y est resté… près de trente ans.

Il se démar­que dans la presse française de gauche par son oppo­si­tion au com­mu­nau­tarisme, notam­ment musul­man, que bien d’autres de ses con­frères préfèrent au con­traire flat­ter, pour des raisons poli­tiques ou idéologiques. À con­tre-pied, là encore, du dis­cours dom­i­nant, il dénonce le bel­li­cisme de l’OTAN envers la Russie, alors que le monde évolue et que les men­aces réelles, notam­ment ter­ror­istes, sont ailleurs. À rebours du french bash­ing qui règne tant à droite qu’à gauche, il souhaite réha­biliter la Nation, alors que la gauche essaie de faire explos­er son corps social et que la droite ne cesse de s’en pren­dre à son mod­èle social. Mais ce mil­i­tant de gauche his­torique sait aus­si ren­tr­er dans le rang quand il s’agit de dénon­cer les « extrêmes », notam­ment le FN.

Formation

Il est né en 1947. Après des études sec­ondaires au lycée Fontanes de Niort, il a fait une licence d’économie à l’Université Paris II Assas (1965–1968), puis étudié au cen­tre de for­ma­tion des jour­nal­istes (1968–1970).

Parcours professionnel

Il entre à L’Humanité en 1970, où il est jour­nal­iste économique jusqu’en 1979. De l’automne 1979 à 1999, il exerce en tant que rédac­teur chef adjoint de L’Humanité et de L’Humanité dimanche ; il gère la rédac­tion de L’Humanité dimanche avec Mar­tine Bulard de 1988 à 1994. Puis dans la nou­velle rédac­tion de L’Humanité, en 1999, il s’occupe des chroniques, et ce jusqu’en 2004.

En 2000, il est embauché à plein temps chez Mar­i­anne, dont il devient vite directeur adjoint de la rédac­tion. Un de ses pre­miers arti­cles, sym­bol­ique à souhait, con­cerne Philib­ert Besson, député indépen­dant, polémiste et trublion des années 1920 et 1930, déchu de son man­dat de maire et de son man­dat de député. De 2000 à 2002 il enseigne aus­si à l’institut pra­tique du jour­nal­isme. Il quitte l’Humanité en 2004. Chez Mar­i­anne, il est édi­to­ri­al­iste et cri­tique de théâtre – il tient un blog spé­cial­isé sur le site de du mag­a­zine.

Parcours militant

On ignore s’il fut mem­bre du PCF, comme l’étaient la qua­si-total­ité des respon­s­ables de l’Humanité.

De nos jours, il défend tou­jours des idées de gauche, et s’engage con­tre le com­mu­nau­tarisme, notam­ment musul­man. En mars 2015 il dénonçait dans Mar­i­anne la présence d’associations com­mu­nau­taristes musul­manes, voire anti­sémites ou proches de l’UOIF, dans un appel à man­i­fester con­tre tous les racismes. Il s’est aus­si opposé aux dérives de l’antiracisme notam­ment à ce fameux camp d’été « décolo­nial » inter­dit aux blancs durant l’été 2016.

Collaborations

  • L’Humanité, 1970–2004
  • L’Humanité Dimanche 1979–1999
  • Le Monde Diplo­ma­tique, où il rédi­ge plusieurs arti­cles sur le com­mu­nisme français, notam­ment « le com­mu­nisme sans futur » (juin 2003) ou encore « A tra­vers le cal­vaire d’un homme, Gérard Streiff écrit aus­si le drame du com­mu­nisme français » (juil­let 2002).
  • Mar­i­anne, 2004 à aujourd’hui

Publications

  • Sur la piste des grandes for­tunes (avec Pierre Ivor­ra), Mes­si­dor 1985
  • Sur la piste des patrons (avec Pierre Ivor­ra), Mes­si­dor 1987. Ce livre est notam­ment con­sacré à l’affaire de la « caisse noire » de l’UIMM ; les deux auteurs pub­lient http://www.humanite.fr/node/383486 des doc­u­ments con­fi­den­tiels sur un « régime d’entraide » créé par l’UIMM pour soutenir les entre­pris­es touchées par les grèves. « En cas de grève, l’entreprise établit et présente, par l’intermédiaire de la cham­bre syn­di­cale ter­ri­to­ri­ale­ment com­pé­tente, un dossier de demande d’aide. Cette demande est soumise au comité de sur­veil­lance du régime, qui véri­fie que la posi­tion de l’employeur au cours et à la fin du con­flit n’a pas été con­traire aux intérêts fon­da­men­taux de nos pro­fes­sions. » En cas de posi­tions « con­traires aux intérêts fon­da­men­taux de nos pro­fes­sions », l’UIMM, qui cite comme exem­ple « le paiement aux grévistes des journées de grève », peut décider de ne pas indem­nis­er le patron trop com­préhen­sif».

Les édi­tions Mes­si­dor fai­saient par­tie des Édi­tions Sociales (la Faran­dole) créées fin 1955 et liq­uidées en 1994. En 1981, l’Empire du PCF – l’Appareil du PCF de A à Z – dres­sait la liste des édi­tions qui appar­tenant au PCF. Il y avait notam­ment les Édi­tions Sociales, dirigées par le mar­seil­lais Joseph Pin­tus et le mem­bre du comité cen­tral du PCF Lucien Sève, les édi­tions la Faran­dole, dirigées par René Clas­tres et qui pub­li­aient des livres pour enfants, Les édi­teurs français réu­nis dirigés par Louis Aragon, les édi­tions Cer­cle d’Art, dirigées par Charles Feld et qui pub­li­aient des livres de luxe, ain­si que les édi­tions de la Cour­tille et Hier-Demain dirigées par André Rossel. À cela s’ajoutaient huit sociétés de dif­fu­sion de livres, 39 librairies (dont 7 à Paris) et 25 imprimeries, sans compter toutes celles qui dépendaient alors des mairies com­mu­nistes. Ce groupe édi­to­r­i­al impres­sion­nant par son ampleur s’est effon­dré dans les années 1990.

  • L’Occident malade de l’occident (avec Mar­tine Bulard) Fayard 2009
  • Le mépris du peu­ple, com­ment l’oligarchie a pris la société en otage, éd. Les liens qui libèrent 2015

Ce qu’il gagne

Mar­i­anne fait par­tie du SPPMO (Syn­di­cat pro­fes­sion­nel de la presse mag­a­zine et d’opinion). En 2007, un rédac­teur-chef adjoint y gag­nait 2 923,78 € selon le barème offi­ciel, sans compter les primes d’ancienneté. Au 1er octo­bre 2013, au même poste, un rédac­teur-chef adjoint issu d’un ancien mag­a­zine du SPPMO (qui a rejoint depuis le SEPM) gagne 3 112,15 € sans compter les primes d’ancienneté.

Sa nébuleuse

Pierre Ivor­ra, jour­nal­iste économique à L’Humanité, « un des meilleurs ana­lystes français des ques­tions économiques et de l’interprétation marx­iste de l’économie cap­i­tal­iste » selon le Par­ti Com­mu­niste Français.

Claude Askolovitch et Mau­rice Szafran, à Mar­i­anne.

Mar­tine Bulard, son anci­enne col­lègue à l’Humanité Dimanche, élue au comité cen­tral du PCF en 1985, rédac­trice en chef adjointe du Monde Diplo­ma­tique depuis 2004 (secteur Asie). Le 20 novem­bre 1997, après qua­tre ans de nou­velle for­mule, moins mar­quée par la tutelle du PCF, l’Humanité-Dimanche deve­nait l’Humanité-Hebdo ; mais l’expérience a tourné court. Le 20 mars 1999, l’hebdomadaire devint la pro­lon­ga­tion de fin de semaine de l’Humanité, et le poste de Mar­tine Bulard a été sup­primé.

Il l’a dit

« D’abord, Albert Spag­gia­ri. Bert pour les intimes. Fas­ciste con­va­in­cu. A fait ses armes en cas­sant du viet en Indo­chine et du fel­louze en Algérie. Auteur du fric-frac de la Société Générale de Nice. Retrou­vé à Madrid par “Paris-Match” et au Brésil par “France-Soir”. […] Ensuite, Jacques Mes­rine. Enne­mi pub­lic numéro un. Lui aus­si ancien d’Algérie. Apôtre de la vio­lence pseu­do poli­tique. Pro­fes­sion­nel du crime. Une trentaine de vic­times à son act­if. Habitué des colonnes de “Libéra­tion” et du “Matin”. Seule la police ne le ren­con­tre jamais.

Volon­té de ven­dre du papi­er ? Goût du sen­sa­tion­nel à l’américaine ? Pas seule­ment. A une jeunesse avide de jus­tice, on tente d’inoculer le poi­son du pes­simisme, le venin de la vio­lence aveu­gle. On laisse des appren­tis fas­cistes bris­er des vit­rines et piller des mag­a­sins sous pré­texte de lut­ter con­tre la hausse des prix. Pour les héros de notre temps, tout devient jus­ti­fi­able. Même l’injustifiable. Même le crime. » L’Humanité dimanche, 1979.

« Un chanteur au nom étrange est devenu la vedette médi­a­tique de ces derniers jours : La Fouine. C’est un rappeur comme tant d’autres, à ceci près qu’il a réus­si encore mieux que d’autres à maîtris­er les valeurs de l’ultralibéralisme qui régis­sent ce milieu. Il ne jure que par le fric, le machisme, la com, sans oubli­er cette once de fausse révolte qui per­met aux las­cars du rap busi­ness d’être les idol­es de Libéra­tion et des Inrock­upt­ibles, où l’on vénère les rebelles qui ne voient pas plus loin que le bout de leur capuche. […] Sous pré­texte qu’ils sont d’origine immi­grée et issus d’une ban­lieue qu’ils ne fréquentent plus depuis longtemps, Boo­ba, La Fouine et leurs com­pères peu­vent étaler leur com­mu­nau­tarisme friqué, leur homo­pho­bie crasse et leur culte de la vio­lence. Pour cer­tains, il est inéluctable qu’il en soit ain­si, vu leurs orig­ines, ce qui relève d’un essen­tial­isme empreint d’un mépris de classe », Mar­i­anne, 1er mars 2013.

« Voilà le dernier des sujets mon­tés par les médias à grand ren­fort de trompettes et de juge­ments défini­tifs : la France est un pays raciste. Est-ce aus­si sim­pliste ? […] Il serait temps de revenir sur terre. Qu’il y ait une recrude­s­cence des man­i­fes­ta­tions de racisme, comme tou­jours en péri­ode de crise, nul n’en doute. Qu’il faille les con­damn­er avec la dernière vigueur, c’est l’évidence même. Que les heures som­bres du Sarkozysme, avec son instru­men­tal­i­sa­tion de l’identité nationale, aient ouvert des vannes que l’on croy­ait fer­mées à jamais, c’est cer­tain. Mais de là à décrire le pays comme un bunker de racistes poten­tiels ou avérés, il y a un pas qu’il serait hasardeux de franchir, sauf à pren­dre ses fan­tasmes pour la réal­ité et des faits isolés pour une ten­dance générale », Mar­i­anne, 7 novem­bre 2013.

« Quand le peu­ple fait séces­sion, inévitable­ment, il finit soit par ne plus vot­er, soit par mal vot­er. Dans un cas, il s’abstient ou vote blanc. Dans l’autre, il choisit de moins en moins sou­vent les par­tis présenta­bles, pro­pres sur eux, con­sen­suels, ceux avec lesquels on est sûr que rien ne chang­era, sauf l’apparence des choses – bref, les par­tis adorés par le clergé médi­a­tique. Pour les bien-pen­sants, c’est-à-dire les gens qui pensent que ceux qui ne pensent pas comme eux pensent mal, c’est un crime. Tout indi­vidu qui ne glisse pas dans l’urne un bul­letin estampil­lé droite clas­sique ou gauche molle est donc sus­pect », in Le mépris du peu­ple, com­ment l’oligarchie a pris la société en otage (2015)

« Mélanger les choux et les carottes, les révoltés et les appren­tis sor­ciers, les mil­i­tants de la gauche rad­i­cale et les affidés de l’extrême droite, c’est un must de la pen­sée caoutchouc et de l’intelligentsia fatiguée. […] Jamais on ne pose la ques­tion qui fâche : pourquoi un nom­bre si impor­tant de Français se tour­nent-ils vers un par­ti qui a su adapter son lan­gage tout en restant assez ambigu pour sus­citer autant d’interrogations sur sa final­ité et de doutes sur ses ori­en­ta­tions fon­da­men­tales ? La réponse est dans la ques­tion. Au fil du temps, la dia­boli­sa­tion du FN est dev­enue sa prin­ci­pale arme. Être con­sid­éré comme un électeur FN, ce fut d’abord la honte. Ce fut ensuite le choix que l’on n’osait avouer. C’est devenu le cri que l’on pousse et le bul­letin que l’on jette à la fig­ure des nota­bles, ne serait-ce que pour ne pas faire comme tout le monde dans une société qui vous inter­dit de l’être », idem.

« Si le peu­ple est réduit à la plus sim­ple expres­sion dans l’espace poli­tique, il est car­ré­ment mar­gin­al­isé dans le monde de l’entreprise. Désor­mais, le tra­vail est un boulet. D’ailleurs, dans la novlangue qui tient lieu de prêt-à-penser, la “valeur tra­vail” a dis­paru. […] Il n’est nul besoin d’être féru de marx­isme pour savoir que l’unique source de créa­tion de richesse est le tra­vail, manuel ou intel­lectuel. Sans inter­ven­tion humaine, l’entreprise n’est rien », idem.

« Dans les jour­naux, à part dans L’Humanité, les rubriques con­sacrées aux ques­tions sociales ont qua­si­ment dis­paru. On trou­ve des rubriques sur l’économie, l’emploi, l’argent (évidem­ment), la Bourse, mais pas sur l’univers du tra­vail, comme s’il n’y avait rien à en dire. Chaque quo­ti­di­en, ou presque, a son sup­plé­ment économique, dont le con­tenu est peu ou prou inter­change­able tant on y retrou­ve le dis­cours con­sen­suel for­maté. Mais, sur le social, pra­tique­ment rien. Pour­tant, dans les rédac­tions, on trou­ve encore d’anciens gauchistes ayant par­ticipé à la révolte de mai-juin 1968. Aujourd’hui, il faut accepter que l’entreprise soit un bunker inac­ces­si­ble, à moins de mon­tr­er pat­te blanche à un ser­vice de com­mu­ni­ca­tion qui trans­formera chaque demande de vis­ite en voy­age touris­tique à l’intérieur d’un monde enchan­té. Ren­con­tr­er des ouvri­ers sur leur lieu de tra­vail est devenu aus­si dif­fi­cile que vis­iter un lieu de com­man­de­ment de l’armée de terre. », idem.

« Le texte de l’appel (voir ci-dessous) signé par les organ­i­sa­tions qui invi­tent à descen­dre dans la rue dénonce “tous les racismes et le fas­cisme”. Très bien. On s’attend donc à une con­damna­tion ferme d’une des formes con­tem­po­raines du fas­cisme, à savoir le dji­hadisme qui sème la ter­reur au nom des pré­ceptes d’un Etat islamique dont l’interprétation vio­lente du Coran fait des musul­mans ses pre­mières vic­times. Or il n’est fait aucune allu­sion au fas­cisme islamique. Le texte dénonce ” l’extrême droite” (clas­sique et nor­mal). Il met en garde con­tre des “lois lib­er­ti­cides” (ça peut se dis­cuter). Il ressert en plat de résis­tance le brou­et fumeux de ” l’islamophobie” qui per­met à cer­tains d’assimiler toute cri­tique de l’islam à du racisme. Il ne souf­fle mot du dji­hadisme, comme si ce dernier était une école d’art con­tem­po­rain, alors qu’il est le bras armé d’une folie fas­ciste et raciste qui assim­i­le les “mécréants” à des gens des­tinés par nature au couteau purifi­ca­teur de l’islam pur et dur », Mar­i­anne, 20 mars 2015.

« Non seule­ment l’antisémitisme est chas­sé de la caté­gorie du racisme, mais il exis­terait une forme nou­velle de xéno­pho­bie bap­tisée “philosémitisme d’Etat”. Bref, l’Etat est coupable d’allégeance envers les juifs. Sauf erreur on n’avait jamais lu ça depuis les pires atroc­ités sur “la France juive” et ses relents nauséabonds. Que des par­tis de gauche ayant pignon sur rue, des syn­di­cats recon­nus ou des asso­ci­a­tions respecta­bles puis­sent défil­er aux côtés de gens assumant un anti­sémitisme décom­plexé son­nent comme une défaite morale dont cer­tains auront du mal à se remet­tre », idem.

« Se for­mer à “l’antiracisme poli­tique” entre deux balades, quoi de mieux ? Seule­ment voilà. Je suis blanc de peau. Je ne peux donc pas pré­ten­dre met­tre les pieds dans un endroit où il faut mon­tr­er pat­te non blanche, vu qu’il est expressé­ment réservé “aux per­son­nes subis­sant à titre per­son­nel le racisme d’Etat en con­texte français”. Je suis du mau­vais côté de la bar­rière, car je n’ai pas la bonne couleur de peau. Bref, je suis vic­time du délit de sale gueule, à l’instar des jeunes Beurs à l’entrée de cer­taines boîtes de nuit. La France étant décrétée blanche, colo­niale et raciste, tout Blanc est raciste et je me décou­vre donc raciste à l’insu de mon plein gré, ce qui fait tou­jours un choc » Mar­i­anne, 27 avril 2016.

« Quand la frappe est russe, c’est un scan­dale human­i­taire. Quand elle est occi­den­tale, c’est une bavure », Twit­ter, 20 juil­let 2016, au sujet de frappes aéri­ennes français­es qui ont causé de 100 à 120 morts civils à Man­bij (Syrie)

« Ceux qui van­tent le mod­èle israélien de sécu­rité devraient envoy­er des cartes postales des colonies instal­lées dans les ter­ri­toires occupés », Twit­ter, 23 juil­let 2016.

On l’a dit à son sujet

« Notre ami Jack Dion, directeur adjoint de la rédac­tion de Mar­i­anne, prend le risque de se faire traiter de passéiste, en pub­liant son salu­bre petit essai : il préfère le temps d’avant, celui où le Par­ti social­iste voulait “chang­er la vie” plutôt que de “chang­er d’avis au gré des fou­cades de con­seillers en com­mu­ni­ca­tion inter­change­ables, tous con­va­in­cus que l’on ne peut rien faire d’autre que de s’adapter aux “con­traintes” du marché” ».

Son réquisi­toire est chargé, mais argu­men­té et poli­tique­ment engagé. Il préfère la hiérar­chie des salaires de 1 à 30 des années 80, à celle d’aujourd’hui de 1 à 400. Il regrette la tranche d’imposition sur le revenu à 65 % de ces années 70 où un salarié tra­vail­lait qua­torze jours de l’année pour les action­naires, con­tre quar­ante-cinq main­tenant. Il préfère, au “My gov­ern­ment is pro-busi­ness” de Manuel Valls, la con­signe du général de Gaulle : “La poli­tique ne se fait pas à la Cor­beille”. La force de son livre vient de l’association de la colère du mil­i­tant de gauche qu’a tou­jours été Jack Dion à une syn­thèse édi­fi­ante des renon­ce­ments qui, en trente ans, ont livré le peu­ple à la “guerre des pau­vres con­tre les pau­vres” dont se repaît le néolibéral­isme auquel se sont soumis Brux­elles et Paris », Mar­i­anne, 17 jan­vi­er 2015.

« Le peu­ple n’est pas défi­ni par Jack Dion. Nous com­prenons à la lec­ture qu’il s’agit essen­tielle­ment du “petit peu­ple” indus­trieux, ouvri­ers, arti­sans, employés, chômeurs… Or, poli­tique­ment, le peu­ple représente l’ensemble des citoyens de la Nation. Être un patron ne fait pas de vous un salaud, pas plus qu’être ouvri­er ou employé ne vous méta­mor­phose en parangon de ver­tu robe­spier­riste. Ceci étant posé, nous char­rions quelque peu : Jack Dion dénonce, et démon­tre, la réal­ité du mépris des class­es pop­u­laires avec force chiffres et exem­ples cir­con­stan­ciés. Dis­ons que Dion entend comme peu­ple ceux qui n’ont pas la maîtrise de l’argent, qu’ils soient tra­vailleurs ou non, pau­vres ou non », Le Nou­veau Céna­cle, 30 mars 2015.

« Le dernier com­man­de­ment établi par Jack Dion, “la France tu maudi­ras” est le plus inquié­tant. Dén­i­gr­er la France est devenu le lieu com­mun le plus ten­dance de l’oligarchie. La gauche résume la France à la coloni­sa­tion et à Vichy. Coupable, for­cé­ment coupable, les Français doivent se repen­tir et accepter l’explosion de la Nation et du corps social en accep­tant le com­mu­nau­tarisme cul­turel et religieux, et l’ouverture à tous vents des fron­tières. La droite économique ne cesse de cass­er du sucre sur le dos du fameux mod­èle français. Trop cher, sys­tème de priv­ilégiés… Il est néces­saire de faire des réformes (mais à con­di­tion qu’elles soient au détri­ment des pau­vres et des tra­vailleurs, pas de ceux qui les récla­ment à cor et à cri, qui les exi­gent même). » idem.

« Quand le sup­posé Jack Dion écrit, dans le dernier para­graphe : “Jacques Sapir se com­plaît ain­si à semer avec délices les petits cail­loux de l’ambiguïté”, le sup­posé Jack Dion non seule­ment profère un men­songe, mais un men­songe typ­ique de ceux util­isés par les soi-dis­ant social­istes qui sévis­sent dans la presse de “gôche”. Vous savez, ceux qui sont passés de Jau­rès et Blum à Macron et El Khom­ri… Car, tout lecteur hon­nête aurait vu que mes mul­ti­ples cita­tions de Mau­rice Gode­lier sur la ques­tion de l’ethnicité et la nature poli­tique du peu­ple vont dans un sens rad­i­cale­ment con­traire à l’extrême droite et que ces pas­sages sont claire­ment dépourvus d’ambiguïté. Et, quitte à par­ler de principe, il faut faire référence à celui d’honnêteté. C’est le principe auquel tout jour­nal­iste se devrait d’adhérer. Il implique de faire une cri­tique hon­nête, sans chercher à inter­préter de manière malveil­lante, sans aller au con­traire de ce que dit un texte. Très claire­ment, “Jack Dion”, qu’il soit homme ou machine, a rompu avec ce principe d’honnêteté », Jacques Sapir, 21 févri­er 2016, au sujet de la cri­tique de son livre par Jack Dion.

Crédit pho­to : Twitter@DionJack2

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