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Laure Adler

9 septembre 2020

Temps de lecture : 12 minutes
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Laure Adler

Papesse féministe de la mitterrandie culturelle

« La cul­ture (…), c’est une cer­taine citoyen­neté. »

De sa thèse d’histoire sur le féminisme aux nombreuses biographies qu’elle a consacrées, tout au long de sa carrière, à des grandes figures féminines, Laure Adler n’aura cessé d’être fascinée par les glorieux destins de femmes et, à sa manière, en aura incarné un.

Con­seil­lère cul­turelle de François Mit­ter­rand, direc­trice (très con­tro­ver­sée) de France Cul­ture entre 1999 et 2005, cumu­lant les postes de pou­voir dans divers­es insti­tu­tions et chez de nom­breux édi­teurs, Lau­re Adler aura régné et règne encore sur le monde de la cul­ture tel qu’il émergea de la mit­ter­randie. Une vision de la cul­ture for­cé­ment « engagée » donc très idéologique et liée au com­bat poli­tique et à l’analyse de l’actualité davan­tage qu’à une per­spec­tive pat­ri­mo­ni­ale, ce qui lui sera par­fois rude­ment reproché. S’étant forgé une car­rière com­pa­ra­ble à celle des héroïnes de sa mytholo­gie pro­gres­siste, donc fon­cière­ment manichéenne, il lui aura été dif­fi­cile de s’imaginer ailleurs que retranchée dans le Camp du Bien, d’où elle n’hésite pas à lancer des oukazes con­tre les déviants, ceux-ci, comme Renaud Camus ou Richard Mil­let, eussent-ils com­mis des œuvres d’une qual­ité cul­turelle infin­i­ment supérieure à ses pro­pres romans pour le moins insignifi­ants. Mais le pou­voir et la réus­site per­son­nelle ne ren­dent pas for­cé­ment clé­ment ; les femmes pas davan­tage que les hommes.

Née Lau­re Clauzet en mars 1950, à Caen, cette fille d’un ingénieur agronome a gran­di en Guinée-Conakry puis à Abid­jan (Côte‑d’Ivoire) jusqu’à ses dix-sept ans Son père était favor­able à l’indépen­dance de la Guinée Française, mais sa famille a quand même du fuir « pour des raisons de sécu­rité » dès qu’elle a été déclarée. Elle est mar­iée au pro­duc­teur de France Cul­ture, Alain Vein­stein, avec lequel elle a eu deux enfants : Léa, pro­duc­trice de doc­u­men­taires pour France Cul­ture et Arte Radio, et Palo­ma, actrice.

Formation universitaire

Lau­re Adler passe son bac en France où elle est ren­tée en 1967. Forte de son statut de déléguée à l’Union nationale des comités d’action lycéens, elle est de ces étu­di­ants qui occu­pent la Sor­bonne à par­tir du 3 mai. Cette même année, elle ren­con­tre dans un kib­boutz – qu’elle a rejoint en stop pour décou­vrir un lieu de vie « alter­natif » – l’ethnologue Fred Adler, son pre­mier mari dont elle con­servera le nom pour sa vie publique. Elle se retrou­ve rapi­de­ment enceinte d’Adler, qui est alors un homme mar­ié, et devient mère à vingt ans. Souhai­tant d’abord être psy­chi­a­tre, elle échoue au con­cours de médecine. Elle passe ensuite une maîtrise de philoso­phie puis réalise une thèse d’Histoire sur les fémin­istes du XIXème siè­cle.

Parcours professionnel

Elle entre à France Cul­ture en 1974 en tant que secré­taire, puis nègre, de Jacques Duchateau, l’animateur de « Panora­ma ». Entre 1981 et 1987, elle par­ticipe régulière­ment à l’émission « Droit de réponse », ani­mée par Michel Polac. Elle est nom­mée con­seil­lère à la cul­ture par François Mit­ter­rand en 1989 puis abor­de la télévi­sion en 1993, reprenant durant qua­tre ans pour France 2 « Le Cer­cle de minu­it », émis­sion noc­turne de débats cul­turels créée par Michel Field. Elle passe ensuite sur Arte pour présen­ter une émis­sion men­su­elle d’entretiens : « Per­mis de penser ». À compter de 1995, elle devient mem­bre du jury du prix de l’écrit intime. Après avoir col­laboré avec les édi­tions Pay­ot, Denoël et Plon, elle intè­gre en 1997 les édi­tions Gras­set comme respon­s­able des essais et doc­u­ments. Elle pub­lie en 1998 une biogra­phie de Mar­guerite Duras qu’Alain Vir­con­delet, uni­ver­si­taire et émi­nent spé­cial­iste de cet écrivain, dénonce comme une « escro­querie intel­lectuelle », l’accusant d’avoir « can­ni­bal­isé » son tra­vail et celui de jour­nal­istes comme Chris­tine Blot-Labar­rère sans indi­quer ses références.

Si les accu­sa­tions de l’universitaire sont com­plète­ment ignorées, ces références sont néan­moins rétablies par Gal­li­mard dans l’édition de poche. Lau­re Adler devient égale­ment cette même année direc­trice de la col­lec­tion « Partage du savoir » aux Press­es Uni­ver­si­taires de France. En jan­vi­er 1999, elle est nom­mée direc­trice de France Cul­ture. Elle remanie en pro­fondeur l’image et la pro­gram­ma­tion de la chaîne et sus­cite des con­tes­ta­tions très vir­u­lentes, notam­ment de la part de plusieurs asso­ci­a­tions d’auditeurs, comme « sos­francecul­ture » ou « ddfc », ain­si que de la part de cer­tains jour­nal­istes et pro­duc­teurs de la chaîne. Cepen­dant ses réformes don­nent lieu à une aug­men­ta­tion d’audience, quoique la durée moyenne d’écoute dimin­ue. Ses con­temp­teurs lui reprochent une vision util­i­tariste de la cul­ture, de délaiss­er une mis­sion pat­ri­mo­ni­ale pour une approche trop liée à l’actualité, et cri­tiquent sa ges­tion comme trop dirigiste et car­ac­térisée par le ren­voi d’ascenseur. Lau­re Adler con­servera un sou­venir douloureux de cette péri­ode, comme elle en témoignait encore en 2012 lors d’un entre­tien avec le JDD : « J’ai subi beau­coup de vio­lence à France Cul­ture. J’ai été agressée physique­ment, sex­uelle­ment, morale­ment. On m’attendait le soir, au six­ième étage, à 22 heures, devant l’ascenseur. Un type entrait avec moi et me crachait au vis­age. »

Durant l’« Affaire Camus », en 2000, Lau­re Adler fait par­tie de ses accusa­teurs les plus vir­u­lents et ira même jusqu’à juger l’écrivain « pire qu’Hitler »… En décem­bre 2005, elle laisse son poste de direc­trice de France Cul­ture à David Kessler, non sans s’être appro­priée au pas­sage l’émission « À voix nue », la plus pres­tigieuse et la mieux rémunérée de la chaîne, ce qui provoque encore des com­men­taires acerbes. Elle rejoint alors le groupe La Mar­tinière et prend la direc­tion du secteur « Lit­téra­ture et Doc­u­ments » des édi­tions du Seuil, mais est licen­ciée l’année suiv­ante. En 2006, Lau­re Adler reçoit la légion d’honneur des mains de Jack Lang. En mars 2007, elle signe avec 150 intel­lectuels un texte appelant à vot­er pour Ségolène Roy­al, « con­tre une droite d’arrogance », pour « une gauche d’espérance » et quoique l’arrogance n’ait vis­i­ble­ment pas été le défaut qu’on lui reprocha le moins. Cette même année, elle intente un procès au prési­dent d’une asso­ci­a­tion d’auditeurs de France Cul­ture, au sujet d’une sim­ple car­i­ca­ture, avant de retir­er finale­ment sa plainte. En 2008, elle donne des cours d’« his­toire des femmes et du fémin­isme » à l’I.E.P. de Paris. Depuis 2009, elle fait par­tie du jury du prix de la BNF et par­ticipe à la Com­mis­sion « Cul­ture et Uni­ver­sité » présidée par Emmanuel Ethis. Elle col­lec­tionne encore aujourd’hui les très hautes et pres­tigieuses respon­s­abil­ités : présen­tant « Stu­dio Théâtre » sur France Inter, ani­mant l’émission lit­téraire « Tro­pismes » sur France Ô, « Hors-Champs » sur France Cul­ture et, avec Bruno Racine, l’émission « Le Cer­cle de la BNF » en col­lab­o­ra­tion avec Le Mag­a­zine lit­téraire ; elle est égale­ment mem­bre du Con­seil d’Orientation du think tank « En Temps Réel », mem­bre du Con­seil d’administration du Théâtre de la Ville à Paris ain­si que de l’Université d’Avignon et des Pays de Vau­cluse, et enfin mem­bre du con­seil de sur­veil­lance du quo­ti­di­en Le Monde. En sep­tem­bre 2012, dès les débuts de l’« affaire Mil­let », Lau­re Adler appelle Gal­li­mard à licenci­er l’écrivain, par ailleurs édi­teur dans cette mai­son.

Elle est faite offici­er de la Légion d’Hon­neur à titre civ­il le 31 décem­bre 2015.

En févri­er 2016, pen­sant qu’elle était vic­time d’un can­u­lar télé­phonique, elle refuse la propo­si­tion de François Hol­lande de devenir min­istre de la Cul­ture.

Depuis le 29 août 2016, elle ani­me sur France Inter l’émis­sion L’Heure bleue occu­pant la tranche 20h00-21h00, dif­fusée le plus générale­ment en direct.

Combien elle gagne

Non ren­seigné

Publications

Essais
  • À l’Aube du fémin­isme : les pre­mières jour­nal­istes, Pay­ot ‚1979.
  • Mis­érable et glo­rieuse. La femme au XIXe siè­cle, Fayard, 1981.
  • Secrets d’al­côve : une his­toire du cou­ple de 1830 à 1930, Hachette Lit­téra­tures, 1983.
  • Avi­gnon : 40 ans de fes­ti­val, avec Alain Vein­stein, Hachette, 1987.
  • La Vie quo­ti­di­enne dans les maisons clos­es de 1830 à 1930, Hachette, 1990.
  • Les Femmes poli­tiques, Le Seuil, 1994.
  • Les femmes qui lisent sont dan­gereuses, avec Ste­fan Boll­mann, Flam­mar­i­on, 2006.
  • Les femmes qui écrivent vivent dan­gereuse­ment, avec Ste­fan Boll­mann, Flam­mar­i­on, 2007.
  • Femmes hors du voile, pho­togra­phies d’Is­abelle Eshraghi, édi­tions du Chêne, 2008.
  • Les femmes qui aiment sont dan­gereuses, avec Elisa Lécosse, Flam­mar­i­on, 2009.
  • Les femmes qui lisent sont de plus en plus dan­gereuses, avec Ste­fan Boll­mann, Flam­mar­i­on, 2011.
  • Man­i­feste fémin­iste, éd. Autrement, 2011.
  • Le Bruit du monde, édi­tions Uni­ver­si­taires d’Av­i­gnon, 2012.
  • La Vie quo­ti­di­enne dans les maisons clos­es, édi­tions Fayard, 2013.
  • Tous les soirs, édi­tions Actes Sud, 2016.
  • Dic­tio­n­naire intime des femmes, Stock, octo­bre 2017.
  • Les Femmes artistes sont dan­gereuses, avec Camille Viéville, Flam­mar­i­on, 2018.
Biographies
  • L’Amour à l’arsenic : his­toire de Marie Lafarge, Denoël, 1986.
  • Mar­guerite Duras, Gal­li­mard, 1998.
  • Dans les pas de Han­nah Arendt, Gal­li­mard, 2005.
  • L’in­soumise, Simone Weil, Actes sud, 2008.
  • Françoise, Gras­set (sur Françoise Giroud), 2011
  • Dans les pas de Han­nah Arendt, Gal­li­mard, 2012.
  • François Mit­ter­rand, journées par­ti­c­ulières, Flam­mar­i­on, 2015.
  • Char­lotte Per­riand, Gal­li­mard, 2019.
Récits
  • L’An­née des adieux, Flam­mar­i­on, 1995 (rééd. 2011, aug­men­té d’un avant-pro­pos).
  • À ce soir, Gal­li­mard, 2001.
Entretiens
  • Avant que la nuit ne vienne, avec Pierre de Benou­ville, Gras­set, 2002.
  • Jean-Pierre Chevène­ment : entre­tiens, édi­tions Michel de Maule, 2006.
  • Star­ck, Philippe : entre­tiens, Flam­mar­i­on, 2007.
  • J. Attali : entre­tiens, édi­tions Michel de Maule, 2007.
  • Le Théâtre, oui quand même, avec Jacques Las­salle, édi­tions Uni­ver­si­taires d’Av­i­gnon, 2009.
  • His­toire de notre col­lec­tion de tableaux — Pierre Bergé Yves Saint Lau­rent, avec Pierre Bergé, Actes sud, 2009.
  • La Pas­sion de l’ab­solu, avec George Stein­er, édi­tions de l’Aube, 2009.
  • Roland Dumas : entre­tiens, édi­tions Michel de Maule, 2010.
  • Le Chemin de la vie, avec Mau­rice Nadeau, édi­tions Verdier, 2011.
Préfaces
  • Une his­toire du racisme : des orig­ines à nos jours de Chris­t­ian Dela­cam­pagne, Le Livre de poche/France Cul­ture, 2000.
  • Petites chroniques de la vie comme elle va de Eti­enne Gruil­lot, Le Seuil, 2002.
  • Mar­guerite Duras et l’his­toire de Stéphane Patrice, PUF, 2003.
  • Rwan­da : un géno­cide oublié ? Un procès pour mémoire de Lau­re de Vulpi­an, Brux­elles, édi­tions Com­plexe, 2004.
  • Les Deux Amants de Marie de France, Brux­elles, édi­tions Com­plexe, 2005.
  • Alain Crombecque. Au fil des ren­con­tres de Chris­tine Crombecque, post­face, Actes Sud, 2010.
  • Voy­age et gour­man­dis­es en pays Salers de Régine Rossi-Lagorce, édi­tions Mines de rien, 2010.
  • Dimanche et autres nou­velles d’Irène Némirovsky, Le Livre de poche, 2011.
Collaborations
  • L’Il­let­trisme en toutes let­tres. Textes, analy­ses, doc­u­ments, entre­tiens, témoignages, édi­tions Flo­hic, 1999.
  • Paris. Au nom des femmes, Descartes & Cie, 2005.
  • L’U­ni­versel au féminin, tome 3, L’Har­mat­tan, 2006.
  • Fes­ti­val d’Aix : 1948–2008, Actes Sud, 2008.
  • Voy­ager avec Mar­guerite Duras, édi­tion La Quin­zaine lit­téraire, 2010.
  • Pensez, lisez. 40 livres pour rester intel­li­gent !!!, Points, 2010.
  • Le Bruit du monde : le geste et la parole, édi­tions uni­ver­si­taires d’Av­i­gnon, 2012.

Elle l’a dit

« C’est un scan­dale poli­tique, un scan­dale civique, un scan­dale citoyen. Est-ce qu’on a des cerveaux plus petits que les hommes ? Est-ce qu’on a une faib­lesse con­géni­tale qui fait qu’il est établi que nous devons être inférieures ? Sur le fron­ton des mairies, n’est-il pas écrit “Lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité” ? Où est la lib­erté ? Où est l’égalité ? Où est la fra­ter­nité quand on con­sid­ère que les femmes, à diplôme égal, ont un salaire iné­gal, 17 % d’écart, c’est la fourchette basse, et jusqu’à 25 % ! Mal­gré l’avancée des droits, depuis une dizaine d’années, la société des décideurs ne tolère plus les patronnes. », Midi Libre, 08/03/2020.

Au sujet de la péti­tion sur la lib­erté d’importuner, qui s’inscrivait en réac­tion à la fièvre misan­dre sus­citée par l’affaire Wein­stein : « Nous vivons une péri­ode de régres­sion ter­ri­ble par rap­port à la lib­erté des mœurs. Je réprou­ve totale­ment ce puri­tanisme qui ne cesse d’augmenter depuis deux ou trois ans au moins. Mais il n’a rien à voir avec la reven­di­ca­tion des femmes à être con­sid­érées comme des sujets. Rien à voir avec ce qui se passe depuis le début de l’affaire Wein­stein. Je pense qu’il y a une con­fu­sion de la part de ces péti­tion­naires.
Moi qui suis une fille de 68, je ne peux que com­bat­tre ce vent de moral­i­sa­tion qui sévit aujourd’hui, dans tous les domaines. Je défends la lib­erté de l’amour. Mais encore une fois, elle ne peut exis­ter que lorsque les rap­ports entre indi­vidus sont égaux. Quand la femme est désirée comme un être pen­sant, et non comme un trou dans lequel on va s’enfoncer sans son con­sen­te­ment. Ou comme un objet con­tre lequel on va se frot­ter en se mas­tur­bant dans le métro, parce que glob­ale­ment la société l’autorise et que ce n’est pas grave. Eh bien, si, c’est très grave ! », Téléra­ma, 12/01/2018

« Aujour­d’hui, c’est ringard de dire qu’on est fémin­iste. Moi j’as­sume parce que je suis âgée, que je suis née dans le fémin­isme et que je me suis con­stru­ite dedans ; j’ai eu la chance de ren­con­tr­er le MLF à ses tout débuts. Mais deman­dez à la généra­tion de mes filles si elles se dis­ent fémin­istes. Elles pensent que le fémin­isme est inté­gré à nos mœurs alors qu’il ne l’est pas. Elles esti­ment que les droits ont été obtenus, que le tra­vail a été fait alors qu’il n’a jamais été aus­si néces­saire de le faire », La Dépêche du Midi, 08/03/2016

Au sujet de Miter­rand : « Il ne por­tait pas de mon­tre. Il ne regar­dait jamais une hor­loge. Il con­stru­i­sait son pro­pre rap­port au temps. Il n’a jamais dérogé à son temps de lec­ture mati­nal avant de venir au bureau, même lors de la guerre du Golfe. Ces lec­tures lui don­naient de la dis­tance avec le temps subi, les événe­ments et l’actualité », Le Monde, 04/03/2016

« Je crois que lorsque l’on a de grandes respon­s­abil­ités, il faut essay­er de con­stru­ire son rap­port au temps pour mieux appréci­er les événe­ments et les juger hors de l’actualité pres­sante que vous inti­ment de plus en plus les réseaux soci­aux, par exem­ple. Un temps pour réfléchir », ibid.

Lorsqu’elle était direc­trice à France Cul­ture : « J’étais harcelée par le temps, otage du temps, esclave. J’étais dans l’oubli de moi-même. Les seuls moments pen­dant lesquels je pou­vais respir­er étaient lorsque je con­dui­sais ma voiture pour aller et ren­tr­er de la Mai­son de la radio. J’y pen­sais toute la journée. Je me sou­viens de réu­nions que je fai­sais avec mes équipes et que les syn­di­cats voulaient inté­gr­er. J’ai accep­té leur temps à eux. J’aurais dû refuser et remet­tre les réu­nions. Une cer­taine par­tie des médias, les plus per­vers, coince les per­son­nal­ités poli­tiques unique­ment avec l’obligation d’immédiateté », ibid.

« Je crois que le temps des femmes n’est pas encore venu. De nom­breux droits ont été con­quis de haute lutte mais leur réal­i­sa­tion n’est pas encore faite. Durant les luttes des années 1970, être fémin­iste était un com­bat et une car­ac­téris­tique pos­i­tive. Aujourd’hui, c’est devenu une injure… Les droits des femmes régressent. Elles sont plus au chô­mage, plus touchées par la pau­vreté, par la mar­gin­al­ité. Quand les femmes tra­vail­lent, et c’est bien enten­du la majorité, ce sont encore elles qui doivent faire des dou­bles journées », ibid.

« Les inter­venants ne doivent pas être dans l’ac­cord total ou l’u­nis­son, mais la con­ver­sa­tion con­tra­dic­toire est par­fois impos­si­ble, ou civique­ment insouten­able. Sur des sujets comme la mon­tée du Front nation­al ou la Syrie, je ne vais pas inviter un élu du FN ou un sou­tien de Bachar el-Assad ! », Téléra­ma, 06/11/2015

Elle racon­te sa jeunesse aux Inrock­upt­ibles (16/11/2014). En Angleterre, où « on dan­sait jusqu’à la fin de la nuit, on ne ren­trait jamais avant l’aube, il fal­lait se soûler jusqu’à tomber par terre. C’était un rite bien sûr, la con­quête de notre indépen­dance » et l’icône était David Bowie : « Mes copines et moi, nous étions des garçons man­qués, nous enroulions des ban­des Vel­peau autour de nos poitrines. Bowie était à la fois très désir­able en tant qu’homme, et acces­si­ble de par son androg­y­néité — à la fois amant, frère et sœur ».

« Je n’ai jamais eu con­fi­ance en moi. Jamais. Le roman L’adversaire d’Emmanuel Car­rère [inspiré par l’histoire vraie d’un homme qui a tué toute sa famille pour ne pas qu’elle décou­vre qu’il n’a jamais été le médecin qu’il pré­tendait être – ndlr], ça m’a transper­cée. J’ai un autre rêve récur­rent : je con­duis une voiture alors que je n’ai pas le per­mis. Dans la vraie vie, je l’ai raté de nom­breuses fois, et ironique­ment je l’ai obtenu à 41 ans, huit jours avant d’entrer à l’Élysée où des chauf­feurs étaient à notre dis­po­si­tion… », ibid.

« J’ai fait toutes les cam­pagnes du PS : Jospin, Roy­al, Hol­lande. Pour moi, Ségolène n’é­tait pas seule­ment une femme. Elle avait, je pense, les épaules pour le poste », Le JDD, 05/10/2013.

« Je per­siste à croire qu’une femme est plus capa­ble de suivi, d’at­ten­tion et d’é­coute qu’un homme. Les femmes ont une plus grande prox­im­ité avec la vie. L’im­por­tance des crèch­es, de l’é­d­u­ca­tion, de la cul­ture, du social, elles con­nais­sent », ibid.

« Je me défi­nis comme Africaine », JDD, 8 juil­let 2012.

« La vision de la cul­ture a énor­mé­ment évolué. La cul­ture, ce n’est plus le pat­ri­moine, c’est l’interrogation de soi-même, une cer­taine citoyen­neté, une manière de s’ouvrir au monde. » Le Monde, juil­let 2004

« D’abord parce que toute cette nou­velle généra­tion des créa­teurs issus de dif­férents milieux soci­aux, et pas seule­ment des élites économiques de la France bien-pen­sante, est en train de fab­ri­quer un creuset mul­ti-eth­nique, mul­ti-cul­turel et mul­ti- dis­ci­plinaire. Et ensuite parce que j’ai l’im­pres­sion que toute cette créa­tion sur dif­férents sup­ports qui ne néces­site pas for­cé­ment une for­ma­tion intel­lectuelle au départ très poussée mais plutôt un instinct créatif, va pou­voir attein­dre des couch­es plus “pop­u­laires” que celles avec lesquelles on a l’habi­tude de con­vers­er. » 491, avril 2001.

« La vision de la cul­ture a énor­mé­ment évolué. La cul­ture, ce n’est plus le pat­ri­moine, c’est l’interrogation de soi-même, une cer­taine citoyen­neté, une manière de s’ouvrir au monde. » Le Monde, juil­let 2004.

Sa nébuleuse

Ségolène Royale ; Bernard-Hen­ri Lévy ; Jack Lang ; Alain Vein­stein ; Olivi­er Py ; Frédéric Mit­ter­rand.

Ils ont dit

« Ce dis­cours dép­ri­mant dresse un tableau men­songer de l’ex­is­tence des femmes en France en sup­posant que, jusqu’à la mer­veilleuse libéra­tion de la parole que nous con­nais­sons depuis un mois, toutes vivaient dans la crainte et le silence. Lau­re Adler évoque «la nuit de femmes» et écrit: «Nous les femmes qui sommes déshon­orées, décon­sid­érées, vio­len­tées dans notre intégrité physique et psy­chique, dans notre dig­nité d’être humain.» Et puis, nous-les-femmes, con­nais pas. De quel pays par­le-t-on, de l’Afghanistan? Non, on par­le de la France, ce pays qu’un philosophe anglais du 18ème siè­cle appelait la patrie des femmes. Certes, tout n’est pas par­fait: nos sociétés n’ont pas encore éradiqué le mal, le crime, la vio­lence, et la red­outable propen­sion des êtres humains à user de moyens déplorables pour sat­is­faire leurs désirs. Pour autant, est-il raisonnable de faire comme si la révo­lu­tion fémin­iste grâce à laque­lle je suis née dans le monde de l’é­gal­ité n’avait jamais eu lieu? Peut-on par­ler de «cul­ture du viol» parce qu’il y a des vio­leurs? Les bar­bons libidineux sont moqués depuis Molière, les pré­da­teurs sex­uels sont con­sid­érés comme des mon­stres et mal vus, même en prison. On compte les femmes partout, dans les entre­pris­es, sur les plateaux de télé, dans les gou­verne­ments et c’est à celui qui en aura le plus. », Élis­a­beth Lévy, Le Figaro, 11/11/2017

« Lau­re Adler, direc­trice, savait sans sour­ciller licenci­er du jour au lende­main des pro­duc­teurs pré­caires en leur assur­ant que c’était « pour met­tre fin à leur pré­car­ité scan­daleuse à France Cul­ture ». Vin­cent Mutin, ACRIMED, sep­tem­bre 2005.

« Le dis­cours est généreux, mais les méth­odes sont tran­chantes. » Édouard Launet, Karim Tal­bi, Libéra­tion, août 1999.

« Elle a com­mis un impair fameux, à l’is­sue d’un Cer­cle de minu­it, en trai­tant de « pétasse » une sans-abri qui s’é­tait plainte de ne pou­voir s’ex­primer. Cette émis­sion était con­sacrée aux SDF. « On l’a réal­isée pour les met­tre en vedette, fit-elle répon­dre par sa pro­duc­trice. On leur a même don­né un micro. » Ces petits écarts l’ont finale­ment réduite, pour beau­coup, à sa car­i­ca­ture : une mar­quise de Mer­teuil caviar­dant le bel esprit de gauche pour con­ve­nances per­son­nelles. » Philippe Lançon, Libéra­tion, avril 1995.

Crédit pho­to : Georges Seguin via Wiki­me­dia (cc)

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