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Le Monde, La Croix et Rolling Stone n’aiment pas Clint Eastwood

1 mars 2018

Temps de lecture : 3 minutes

Accueil | not_global | Le Monde, La Croix et Rolling Stone n’aiment pas Clint Eastwood

Le Monde, La Croix et Rolling Stone n’aiment pas Clint Eastwood

Le Monde, La Croix et Rolling Stone n’aiment pas Clint Eastwood

Un immense comédien et cinéaste américain, mondialement connu et reconnu, un film original, réaliste et talentueux, un sujet qui est tout à l’honneur de la France… et pourtant des médias hostiles voire haineux. Décryptage.

Clint East­wood, le 15h17 pour Paris. Le film est sor­ti en salles en France début févri­er 2018. Il retrace l’attentat du mois d’août 2015 à bord du Thalys à des­ti­na­tion de Paris. Ce 21 août, le ter­ror­iste islamiste Ayoub El Khaz­zani sort des toi­lettes de l’un des wag­ons, une kalach­nikov à la main, un automa­tique dans la poche, et env­i­ron 300 muni­tions. Son objec­tif ? Faire le plus grand car­nage pos­si­ble, autrement dit mas­sacr­er les civils qui voy­a­gent ce jour-là dans le train. Il est mis hors d’état de nuire par trois jeunes améri­cains, amis d’enfance en vil­lé­gia­ture en Europe, de Rome à Berlin en pas­sant par Venise et Paris. Deux de ces trois jeunes améri­cains orig­i­naires de Cal­i­fornie sont des Marines, l’un des deux revient juste d’Afghanistan. Ils s’appellent Antho­ny Sadler, Alek Skar­latos et Spencer Stone. 500 voyageurs leur doivent la vie.

Une des orig­i­nal­ités du film de Clint East­wood réside dans le fait que le rôle des trois héros, car ce sont de toute évi­dence des héros, est joué par les trois jeunes hommes eux-mêmes. Stone, Skar­latos et Spencer incar­nent leurs pro­pres rôles, c’est aus­si le cas d’autres per­son­nes ayant vécu les événe­ments (pas­sagers, inter­venants médi­caux…). Le film dure une heure trente, est con­va­in­cant, réus­si, avec des aspects orig­in­aux sur le plan tech­nique et scé­nar­is­tique tout en demeu­rant dans son cadre, c’est-à-dire celui d’un réc­it biographique. Out­re le par­cours de ces trois Améri­cains ayant sauvé nom­bre de vies, dont une majorité de Français, le film retrace un fait dont la France entière et ses médias devraient se faire une fierté. Et pourtant ?

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De l’art de parler d’un film sans en parler

L’avocate du tueur s’inquiète de l’influence que ce film pour­rait avoir sur l’instruction en cours et annonce envis­ager d’en deman­der l’interdiction. Le 8 févri­er, pour saluer la sor­tie du film, Le Monde axe sa présen­ta­tion sur la même idée et non sur le film en tant que tel. « Pour­rait », un con­di­tion­nel dont ne s’embarrasse pas l’article du quo­ti­di­en du soir : « Clint East­wood a d’ores et déjà influé sur le cours de l’instruction ». Le film ne con­terait pas le drame mais en fourni­rait une inter­pré­ta­tion des­tinée à devenir la « réal­ité ». Autrement dit, ce film met­trait en dan­ger les droits d’un accusé qui s’apprêtait à mas­sacr­er des cen­taines d’innocents au nom de valeurs qui sem­blent être l’exact opposé des valeurs de la démocratie.

Le quo­ti­di­en reproche claire­ment au cinéaste de ne pas se souci­er de la « vérité », étant comme fasciné par sa préoc­cu­pa­tion pre­mière, celle de la « légende ». Extrait entier : « Sans souci, parce que la préoc­cu­pa­tion pre­mière du cinéaste, ces derniers temps, ne le porte pas vers la recherche de la vérité, mais du côté de l’alchimie par laque­lle celle-ci se mue en légende. Après les GI devenus per­son­nages d’une icône patri­o­tique (Mémoires de nos pères), le bon à rien tex­an exalté en tant que tireur d’élite (Amer­i­can Sniper), le pilote qua­si sex­agé­naire for­cé de devenir l’ange gar­di­en de ses pas­sagers (Sul­ly), East­wood prend pour sujets d’étude Spencer Stone, Alek Skar­latos et Antho­ny Sadler, trois amis qui se sont con­nus au col­lège à Sacra­men­to (Cal­i­fornie), deux sol­dats et un étu­di­ant, des garçons ordi­naires ».

Plus loin : « Pas plus que, dans Amer­i­can Sniper, il ne s’intéressait à ce qui pou­vait pouss­er des Irakiens à pren­dre les armes con­tre l’armée améri­caine, East­wood ne se préoc­cu­pera de ce qui peut bien pouss­er un jeune Maro­cain à mon­ter dans un train armé jusqu’aux dents. El-Khaz­zani (Ray Corasani) restera une sil­hou­ette mor­tifère ». Le Monde ne saisit pas pourquoi Clint East­wood ne cherche pas à com­pren­dre les moti­va­tions du tueur, ce qui fait qu’un musul­man devient un ter­ror­iste islamiste, mais plutôt pourquoi de jeunes améri­cains assez banals devi­en­nent des héros, face juste­ment à la vio­lence du maro­cain en ques­tion. Cette inca­pac­ité à com­pren­dre le fait que les héros soient ces héros-là, sym­bol­ise peut-être tout ce qui sépare la France de Paris et la France périphérique.

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Les héros ne sont pas le bobo gendre idéal ?

La par­tic­u­lar­ité fort intéres­sante du film, que des per­son­nages soient joués par les per­son­nes elles-mêmes, est réduite à la mal­adresse d’acteurs « non pro­fes­sion­nels » dans tous les jour­naux, à croire qu’une fiche a cir­culé. Un film « impos­si­ble à sauver », Téléra­ma, qui « assomme », Le Parisien, « Voy­age au bout de l’ennui », pour La Croix qui, ain­si, ne masque pas son inter­pré­ta­tion poli­tique du film…

Au fond, ce qui ne plaît pas dans les salles de rédac­tion parisi­ennes ? Les héros sont de jeunes améri­cains, deux blancs et un métis, banals, croy­ants, évangélistes en appelant à Dieu, pri­ant, venant de l’Amérique moyenne ou pau­vre, mil­i­taires, patri­otes… Tout ce que les médias libéraux lib­er­taires français détes­tent. Des indi­vidus qui devraient plutôt être des supré­ma­tistes blancs adeptes du KKK, du moins pour deux d’entre eux, dans le logi­ciel de la presse dom­i­nante française.

Le mag­a­zine Rolling­Stone va plus loin encore que Le Monde dans la car­i­ca­ture du média libéral lib­er­taire en écrivant que le « plus frus­trant » est la présen­ta­tion du ter­ror­iste comme « l’étranger telle­ment plus facile à rejeter ». On sup­pose que l’auteur de l’article ne se trou­vait pas dans ce train. Devant ce film, les réac­tions des médias, en ne dis­ant rien du film en tant qu’œuvre ciné­matographique, dis­ent de fait beau­coup de l’état de l’esprit des milieux aux­quels ils appartiennent.

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