Douze ans après son succès en librairie, Le Suicide français devient une série documentaire en quatre volets sur Planète+. Archives, chansons et grandes ruptures politiques composent le récit d’Éric Zemmour. Ses détracteurs y voient une opération Bolloré ; ses partisans, le retour d’un récit interdit.
Le livre de 2014 avait installé Éric Zemmour au centre de la bataille culturelle. Son adaptation télévisée lui permet de retrouver son terrain favori : le temps long, les images d’archives et l’enchaînement des renoncements qui, selon lui, ont transformé la France depuis la mort du général de Gaulle.
Une France racontée par ses archives
La série s’ouvre sur l’annonce de Georges Pompidou : « La France est veuve. »
Zemmour part de ce 9 novembre 1970 pour dérouler quatre épisodes d’une cinquantaine de minutes. Le premier volet, « Les années 70 : la fin d’un monde », aborde l’autorité parentale, le divorce, l’IVG, le collège unique et l’immigration familiale. Le deuxième relie l’arrivée de la gauche, les fermetures d’usines et la construction européenne sous le titre ironique de « mondialisation heureuse ».
Le troisième entre dans la matière la plus inflammable : immigration, insécurité, voile et fractures communautaires. Le dernier va du référendum de 2005 aux attentats islamistes et aux Gilets jaunes.
Zemmour marche dans Paris tandis que les archives servent de pièces à conviction. La culture populaire devient, elle aussi, un document historique. Les Divorcés de Michel Delpech, Mon fils, ma bataille de Daniel Balavoine, Les Valseuses ou Dupont Lajoie sont relus comme les symptômes d’un changement moral. La France demeure debout, mais elle serait devenue une « république Potemkine factice » où « les Français ne reconnaissent plus la France ».
Bolloré au banc des accusés
Le documentaire ne prétend pas à la neutralité : un carton prévient que les analyses exposées sont celles de son auteur. Zemmour l’assumait d’ailleurs le 21 juin dernier dans les colonnes du JDD : « En 2014, j’écrivais pour alerter. Désormais, je veux mobiliser. » Et d’ajouter : « Aujourd’hui, la télévision et l’image ». Le lanceur d’alerte Pierre Sautarel, fondateur du site FdeSouche, a d’ailleurs relayé le docu’ auprès de son public.
J’ai fini de regarder les quatre épisodes du documentaire de Zemmour : c’est vraiment un excellent récapitulatif de l’évolution de la France depuis les années 1970. Faites-le connaître autour de vous, car tout semble fait pour qu’il reste invisible au plus grand nombre.… pic.twitter.com/6IgXL2eUoU
— Pierre Sautarel (@FrDesouche) June 24, 2026
Il est vrai que la polémique a, très naturellement, accompagné la sortie de la série. Peu de journalistes ont analysé le documentaire. Benoît Franquebalme dans Marianne, a critiqué les « raccourcis faciles » et le « passéisme » d’Éric Zemmour, tout en concédant qu’il était bien réalisé.
En fait, les médias semblent surtout s’intéresser aux intentions derrière la diffusion de cette série. Dès le 5 juin, le syndicat autonome +Libres avait accusé la direction d’« accompagner le plan de communication » d’un possible candidat à l’élection présidentielle de 2027.
Et lors de l’avant-première organisée le 18 juin au cinéma Mac-Mahon, propriété de Vincent Bolloré, la présence de cadres de Canal+ et de responsables de Reconquête a suffi à La Lettre et aux Jours pour y voir la confirmation d’une entreprise politique concertée.
Le soupçon est prévisible : Le Suicide français vient également d’être réédité chez Fayard, autre société contrôlée par la galaxie Bolloré. Mais un actionnaire qui finance une œuvre conforme à ses sensibilités ne commet pas nécessairement une anomalie démocratique. D’ailleurs, l’ancien Canal+ a longtemps diffusé une vision libérale-libertaire du monde sans que cette orientation culturelle soit systématiquement présentée comme une menace pour la République.
Du chroniqueur au candidat
L’itinéraire de Zemmour illustre la porosité croissante entre bataille culturelle et conquête politique. Et leur intensité tout aussi grandissante. Bien sûr, ce documentaire participe évidemment de ce combat. Mais ses opposants font eux aussi de la politique lorsqu’ils cherchent moins à réfuter son récit qu’à empêcher le groupe Bolloré de lui offrir des images.
Olivier Frèrejacques

