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Le faux lancement de Charlie Hebdo en Ukraine fait du bruit

9 mai 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Le faux lancement de Charlie Hebdo en Ukraine fait du bruit

9 mai 2015

Temps de lecture : 3 minutes

C’était presque réussi. Au vu du bruit dans les médias russes et ukrainiens, le lancement de Charlie Hebdo en Ukraine a failli être une grande réussite. S’il avait été vrai… La nouvelle a fait beaucoup de bruit dans les médias des deux pays, alors que la guerre civile du Donbass couve toujours et que, loin des projecteurs des médias européens, l’Ukraine devient chaque jour un état de plus en plus dominé par l’arbitraire général et les exactions de chacun.

Tout est par­ti de l’an­nonce par le por­tail ukrainien Big­mir le 30 avril dernier de la sor­tie prochaine d’un Char­lie Heb­do en Ukraine. Le por­tail d’in­for­ma­tion s’ap­puyait sur la page Face­book (sup­primée depuis) d’un cer­tain François Anglande — qui se présen­tait comme un “pre­press spe­cial­ist” (spé­cial­iste pré-presse)  à Char­lie Heb­do, vivant à Paris et orig­i­naire de Brest en Bre­tagne. Dans un français approx­i­matif, il annonçait : “vous ne croirez pas : va bien­tôt lancer en Ukraine”. Selon lui les jour­nal­istes de l’édi­tion ukraini­enne écriraient eux mêmes leurs arti­cles et les Français ne feraient que super­vis­er le lancement.

Il dévoilait la Une du jour­nal où, dans le style du jour­nal satirique français étaient présen­té  l’oli­gar­que Kolo­moïsky, que sodomi­saient le jour­nal­iste ukrainien Mustafa Nayyem (qui le cri­tique sans cesse) et le prési­dent en exer­ci­ce Petro Porochenko. L’oli­gar­que était accroché à un tuyau de pét­role et cri­ait “je suis Ukr­Naf­ta”. Le dessin ren­voy­ait au récent scan­dale lié à la com­pag­nie pétrolière nationale ukraini­enne, que Kolo­moïsky avait fini par con­trôler avec des moyens peu légaux, et qui lui a été reprise de force par le pou­voir ukrainien fin mars, après plusieurs com­bats jusque dans le cen­tre de Kiev entre les struc­tures poli­cières de l’État ukrainien et les groupes para­mil­i­taires financés par l’oli­gar­que qui lui ser­vent d’ar­mée personnelle.

La nou­velle a été reprise par la plu­part des médias ukrainiens et russ­es — y com­pris la ver­sion française de Sput­nik (l’an­ci­enne Voix de la Russie). Un poli­to­logue ukrainien avait même eu le temps de s’é­mou­voir pour la san­té future des jour­nal­istes de Char­lie Heb­do Ukraine au vu de la ligne d’op­po­si­tion à gauche qu’ils avaient choisi. C’est vrai qu’en Ukraine, où la lib­erté de presse est bafouée quo­ti­di­en­nement et l’op­po­si­tion au pou­voir réprimée par de nom­breuses arresta­tions arbi­traires, les médias libres, ou sim­ple­ment sur une autre longueur d’onde que le pou­voir en place, sont très mal vus et leurs col­lab­o­ra­teurs sont en dan­ger de mort. Quand ils ne sont pas tués comme le jour­nal­iste prorusse Oles Bouz­i­na, assas­s­iné le 16 avril 2015 à Kiev.

La nou­velle coïn­cidait aus­si avec l’an­nonce du lance­ment en Russie d’un heb­do­madaire satirique gra­tu­it dans le style de Char­lie Heb­do, et dis­posant d’un nom aux con­so­nances proches : Charj i Pero. Mais con­traire­ment à Char­lie qui ne cache ni la bru­tal­ité vul­gaire de ses dessins, ni son posi­tion­nement opposé à la Russie, Charj i Pero, qui dépend de l’or­gan­i­sa­tion anti-Maï­dan opposée à la révo­lu­tion de févri­er 2014 en Ukraine, défend le patri­o­tisme russe, l’an­ti-atlantisme et l’u­nité des slaves. Le prochain numéro sera d’ailleurs con­sacré à la “cinquième colonne” des opposants libéraux financés par les États-Unis pour cri­ti­quer le pays et les choix poli­tiques de Poutine.

Le 2 mai, les médias ukrainiens et russ­es qui avaient repris la nou­velle du lance­ment de l’édi­tion ukraini­enne l’ont démen­tie. Bien qu’elle ait pu paraître fondée — en plus de la Une crédi­ble, tout le monde sait que Char­lie Heb­do a amassé un énorme pactole qui pour­rait être con­sacré à des pro­jets de presse — plusieurs signes sur Face­book auraient néan­moins pu inciter à la méfi­ance. Par exem­ple le français approx­i­matif, tein­té d’ex­pres­sions slaves, de l’annonce, ou encore le pro­fil qui sem­blait faux. Reste, après le coup de com’ d’un opposant ukrainien anonyme l’im­pres­sion presque ras­sur­ante que les médias français ne sont pas les seuls à pub­li­er n’im­porte quoi juste pour faire le buzz.

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