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Lancement des élections européennes, l’IRSEM ET le CAPS préparent le terrain de l’information

24 décembre 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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Lancement des élections européennes, l’IRSEM ET le CAPS préparent le terrain de l’information

Pre­mière dif­fu­sion le 30/10/2018 — L’Observatoire du jour­nal­isme (Ojim) se met au régime de Noël jusqu’au 5 jan­vi­er 2019. Pen­dant cette péri­ode nous avons sélec­tion­né pour les 26 arti­cles de la ren­trée qui nous ont sem­blé les plus per­ti­nents. Bonne lec­ture, n’oubliez pas le petit cochon de l’Ojim pour nous soutenir et bonnes fêtes à tous. Claude Chol­let, Prési­dent

Connaissez vous le CAPS ? Non, ce n’est pas un jeu de cartes dérivé du craps (jeu de dés nord américain) mais le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère français des affaires étrangères. Et l’IRSEM ? Ce n’est pas un institut d’insémination régional mais l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Que du beau monde. CAPS le civil et IRSEM la culotte de peau sont copains. Ils dépendent tous deux du gouvernement en place, produisent des rapports chacun de leur côté et parfois ensemble. Le CAPS aguerri (créé par Michel Jobert en 1973, il a déjà dépassé la quarantaine) a pris sous son bras le jeune IRSEM (créé par fusion de précédents instituts en 2009) et ils ont concocté un rapport présenté en grande pompe à l’école militaire le 4 septembre 2018. Un rapport sur Les manipulations de l’information, un défi pour les démocraties. Suivez le guide.

Une ministre qui fait la leçon

Dans le grand amphithéâtre de l’École mil­i­taire à Paris, tous se sont mis au garde à vous quand la min­istre des armées Flo­rence Par­ly est entrée dans la salle. Plus de la moitié d’officiers (invités ? con­vo­qués ?) et le reste de civils dont un audi­teur de l’Ojim. La min­istre, par­faite­ment cor­naquée par un nom­bre indéter­miné de clones de son cab­i­net fût sans péchés donc impec­ca­ble au sens éty­mologique et macronien du terme.

Para­phras­ant Lénine, « les manip­u­la­tions de l’information, c’est les sovi­ets plus inter­net », la min­istre s’est longue­ment éten­due sur les Macron­leaks de la cam­pagne prési­den­tielle. Dans son esprit, les Macron­leaks con­stituent une attaque à la sou­veraineté nationale et comme telle une attaque poten­tielle con­tre nos forces armées (sic). Sans doute une manière de sen­si­bilis­er à la bonne cause les nom­breux officiers de la salle.

Pour répon­dre aux nou­veaux défis des manip­u­la­teurs de l’information, Flo­rence Par­ly cite trois out­ils. Les insti­tu­tions, l’innovation (via le fast check­ing) et les parte­nar­i­ats. Parte­naires envis­agés : les min­istères, les GAFA (nos amis améri­cains), l’OTAN et l’Union Européenne, nous revien­drons sur ces derniers.

Le rapport lui-même

Il est divisé en cinq par­ties, Pourquoi, Com­ment, Répons­es, Défis futurs, Recom­man­da­tions. Cer­taines sources éma­nent claire­ment d’agences d’influence améri­cains comme Dis­in­fo­Lab et sa société sœur Saper Vedere comme l’a mon­tré le site Les Crises. L’Observatoire a lui-même abor­dé ce sujet le 25 sep­tem­bre 2018.

Obsession russe, penchant américain

Dans un sous-chapitre Qui (qui manip­ule) le rap­port con­sacre 9 pages sur 16 à la Russie et encore 4 pages dans le chapitre Défis. Sans compter les innom­brables men­tions sur le dan­ger russe, comme au plus beau temps de la guerre froide. Pas une seule fois la plus grande manip­u­la­tion his­torique du XXIème siè­cle, l’invention des armes de destruc­tion mas­sive de Sad­dam Hus­sein, créa­tion des ser­vices de ren­seigne­ments améri­cains, pas une fois cette manip­u­la­tion hors normes n’est men­tion­née. Une manip­u­la­tion qui a boulever­sé le champ géopoli­tique dans la région, a provo­qué des mil­lions de morts, des déplace­ments mas­sifs de pop­u­la­tion, et con­tin­ue de semer le trou­ble dans toute une par­tie du monde. Rien, pas une ligne.

Il est vrai que le cur­ricu­lum vitae de trois des qua­tre auteurs n’incitait pas à ce type de curiosité. Jean-Bap­tiste Jeangène Vilmer, directeur de l’IRSEM a étudié à l’université McGill, à Yale et King’s Col­lege de Lon­dres. Il est mem­bre du con­seil sci­en­tifique du Col­lège de Défense de l’OTAN. Alexan­dre Escor­cia (directeur adjoint du CAPS) a été affec­té comme con­seiller diplo­ma­tique du pre­mier com­man­dant suprême allié de l’OTAN à Nor­folk. Il est un spé­cial­iste de l’OTAN. Marine Guil­laume a étudié à Colum­bia Uni­ver­si­ty.

Imag­i­nons un instant que ces trois per­son­nes aient étudié ailleurs qu’aux États-Unis et au Cana­da, en Russie par exem­ple. Imag­i­nons le tol­lé : trois des qua­tre auteurs d’un rap­port français sur les manip­u­la­tions de l’information sont liés de manière directe ou indi­recte à une édu­ca­tion russe à des insti­tu­tions dom­inées par les russ­es, à des intérêts russ­es. Quelle con­clu­sion en serait tirée ?

Les recommandations

Elles sont au nom­bre de cinquante, nous en extrayons qua­tre. La 17 pro­pose de ren­forcer l’éducation aux médias et la pen­sée cri­tique. C’est ain­si que l’éducation nationale en France va employ­er le récent doc­u­men­taire de pro­pa­gande réal­isé par France 2, dont nous vous avons déjà par­lé. La 19 souhaite mar­gin­alis­er les organes de pro­pa­gande étrangers (lire RT, Sput­nik, tous deux russ­es. Mais ne s’interroge pas un instant sur le pro­gramme améri­cain Young Lead­ers et son influ­ence sur les médias français. La 33 veut ren­forcer la con­fi­ance à l’égard du jour­nal­isme et cite comme exem­ple les ini­tia­tives du Wash­ing­ton Post, La Repub­bli­ca ital­i­enne et de l’anglais The Econ­o­mist, trois médias de grand chemin, tous d’inspiration libérale lib­er­taire. La 45 veut élever le coût des manip­u­la­tions de l’information en inci­tant Face­book non pas à agir au cas par cas mais à « cen­sur­er l’ensemble des man­i­fes­ta­tions » des con­trevenants citant l’action con­tre l’IRA (sic) comme exem­ple.

Qui seraient les parte­naires de choix pour met­tre en œuvre ces déli­cieuses recom­man­da­tions ? Les GAFAM, l’Union Européenne, et … l’OTAN. Chas­sez le naturel…

Le rap­port com­plet est disponible en deux langues (français, anglais) sur le site de l’Irsem et celui du CAPS.

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