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Fonds pour une presse libre : derrière les appels aux dons, les zones d’ombre du modèle Mediapart

23 juin 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

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Sous cou­vert de défendre le plu­ral­isme médi­a­tique et l’indépendance de la presse, le Fonds pour une Presse Libre (FPL) col­lecte des dons défis­cal­isés à hau­teur de 66 %. Mais l’examen de ses comptes et de ses choix de finance­ment révèle qu’il reverse moins de 40 % des sommes col­lec­tées à d’autres médias. Le reste vient gon­fler ses fonds pro­pres, qui ser­vent directe­ment de garantie finan­cière à la struc­ture con­trôlant Medi­a­part. Der­rière un habil­lage vertueux de « crowd­fund­ing d’urgence », le FPL fonc­tionne comme une machine à financer un seul courant idéologique tout en con­sol­i­dant la solid­ité de Medi­a­part.

Libéra­tion a, en avril dernier, attaqué l’indépendance de l’OJIM, regret­tant que les dons à notre organ­i­sa­tion béné­fi­cient de la déduc­tion fis­cale de 66 %. En parte­nar­i­at avec Radio Cour­toisie, Boule­vard Voltaire et L’Incorrect, l’OJIM tient sim­ple­ment à rap­pel­er que la mou­vance médi­a­tique de la gauche rad­i­cale béné­fi­cie d’un IMMENSE réser­voir d’argent pub­lic (via subventions/aides à la presse ou par le biais de la réduc­tion d’impôt). Retrou­vez tout au long de la semaine nos mis­es au point sur des organ­i­sa­tions qui émet­tent des reçus fiscaux.

Le Fonds pour une presse libre (FPL) se présente comme un rem­part en faveur du plu­ral­isme médi­a­tique. Fonds de dota­tion recon­nu d’utilité publique, il a été créé en 2019 par les cofon­da­teurs et l’équipe de Medi­a­part, qui l’ont doté d’un mil­lion d’euros.

Sa mis­sion affichée dans ses statuts est dou­ble : garan­tir l’indépendance de Medi­a­part grâce à la Société pour la pro­tec­tion de l’indépendance de Medi­a­part (SPIM) qui détient le média, et soutenir le plu­ral­isme de la presse en aidant finan­cière­ment des médias indépen­dants et des pro­jets journalistiques.

Le FPL étant recon­nu d’utilité publique, les dons ver­sés ouvrent droit à une réduc­tion fis­cale de 66 %.

Derrière l’appel aux dons, le FPL capitalise pour Mediapart

Dans sa com­mu­ni­ca­tion publique (dont on a un aperçu par­fait dans ce com­mu­niqué de févri­er 2026 du prési­dent du FPL, François Bon­net), comme sur sa page de don, le FPL affirme revers­er l’intégralité des dons pour financer pro­jets et médias… mais en réal­ité, le FPL aide avant tout l’as­sise finan­cière de Médi­a­part.

Chaque année, le FPL ne reverse qu’une par­tie des dons col­lec­tés. Selon nos cal­culs déduits de l’intégralité des comptes de 2021 à 2025, seule­ment 40 % des dons ont effec­tive­ment financé des médias.En reti­rant les charges d’exploitation (frais de fonc­tion­nement et de recherche d’argent), l’excédent de chaque exer­ci­ce compt­able rejoint les fonds propres.

À sa créa­tion, le FPL dis­po­sait d’un mil­lion d’euros de fonds pro­pres. Fin 2024, ceux-ci atteignent 1,6 mil­lion d’euros, et fin 2025 : 2 mil­lions. L’analyse des comptes de résul­tat et des bilans compt­a­bles de chaque année nous apprend que 970 000 € sup­plé­men­taires ont atter­ri dans les fonds pro­pres du FPL, en prove­nance directe des dons non dépen­sés et accu­mulés au fil des années.

Ces fonds pro­pres ser­vent de garantie à la SPIM, la struc­ture qui assure le con­trôle de Medi­a­part. Chaque don ren­force donc en par­tie le bilan de la hold­ing de Medi­a­part. Con­séquence : un dona­teur qui détesterait Medi­a­part mais aimerait « la presse libre » financerait mal­gré tout l’assise du média d’Edwy Plenel.

Une sit­u­a­tion opaque qui inter­roge sur la final­ité réelle des dons col­lec­tés auprès du pub­lic, et le décalage avec la com­mu­ni­ca­tion du FPL. L’utilisation des dons devrait être claire­ment explic­itée aux dona­teurs. C’est un angle mort (peut-être volon­taire ?) de sa com­mu­ni­ca­tion qui utilise les codes du crowd­fund­ing d’urgence pour faire de la dota­tion pat­ri­mo­ni­ale. Tant que le dona­teur ne lit pas le compte de résul­tat, il ne peut pas devin­er que moins de la moitié du mon­tant de son don sert à financer des pro­jets médias.

Un fonds totalement idéologisé, dépourvu de pluralisme

Au-delà des aspects financiers, la ques­tion du plu­ral­isme sus­cite égale­ment l’interrogation. Gou­ver­nance, pro­jets soutenus, ligne idéologique : le FPL affiche une absence de plu­ral­isme à tous les niveaux.

La gou­ver­nance du FPL est étroite­ment liée à Medi­a­part : le con­seil d’administration est com­posé de huit mem­bres, dont qua­tre tra­vail­lent ou ont tra­vail­lé pour Medi­a­part.

Le FPL est aus­si doté d’un con­seil stratégique (com­posé de 11 mem­bres) qui sélec­tionne les pro­jets à aider. Les 19 mem­bres présen­tent un pro­fil très homogène : ils sont issus des mêmes réseaux asso­ci­at­ifs et médi­a­tiques de gauche. L’homogénéité est presque totale, à la seule excep­tion de la jour­nal­iste fémin­iste et mil­i­tante pour la cause noire Chris­telle Murhula.

Depuis sa créa­tion, le fonds ne finance que des médias qui appar­ti­en­nent tous à une même famille idéologique, l’extrême-gauche : Arrêt sur Images, Bondy Blog, Inf’OGM, L’Empaillé, La Défer­lante, Mediac­ités, Reflets.info, Splann !, Street­Press, Dis­close, Au Poste, Cli­max, CQFD, Le Poulpe, Le Pos­til­lon, Mars­ac­tu, Rue89

Depuis deux ans, son fonc­tion­nement repose sur des appels à pro­jets. Les pro­jets retenus por­tent sur un même sujet : l’extrême droite. Et pour cause, le FPL impose la lutte con­tre l’extrême-droite dans son cahi­er des charges. Stérin, Bol­loré, RN, réseaux catholiques… en 2025, 47 enquêtes dans 20 médias ont été financées. En 2026, ce sont 300 000 € qui seront dis­tribués sur ce thème.

Voir aus­si : Médiac­ités : un média local et « indépen­dant » qui doit un peu à Medi­a­part et beau­coup à la défiscalisation

Cul de sac journalistique

Dans ses statuts, le FPL explique défendre le plu­ral­isme de la presse et l’indépendance du jour­nal­isme. Or, la seule indépen­dance qu’il garan­tit est celle de Medi­a­part, et le seul plu­ral­isme défendu est celui néces­saire à l’expression de la presse d’extrême-gauche.

La forte homogénéité soci­ologique et idéologique au sein des instances dirigeantes du fonds et l’utilisation des dons obtenus démon­trent qu’il fonc­tionne au prof­it d’un cer­cle restreint de per­son­nes. Or, pour être recon­nue d’intérêt général et béné­fici­er de la déduc­tion fis­cale des dons, une asso­ci­a­tion ne peut pas restrein­dre ses activ­ités à un groupe fer­mé. Elle doit accueil­lir tous types de béné­fi­ci­aires sans critère dis­crim­i­na­toire. Or, dans les faits, le Fonds pour une presse libre con­cen­tre ses finance­ments vers des médias partageant une même sen­si­bil­ité poli­tique et ori­ente ses appels à pro­jets vers une thé­ma­tique unique.

Ces élé­ments soulèvent une ques­tion essen­tielle : un organ­isme créé pour défendre le plu­ral­isme de la presse peut-il con­tin­uer à revendi­quer cette mis­sion lorsqu’il finance exclu­sive­ment des médias et des pro­jets appar­tenant à un même courant idéologique ?

Le FPL n’a pas souhaité répon­dre à notre demande de contradictoire.

Antho­ny Marinier

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