Une enquête menée par Boulevard Voltaire, L’Incorrect, Radio Courtoisie et l’Ojim passe au crible les financements publics ou fiscaux de plus de 200 associations de gauche. 55 structures sont épinglées, au premier rang desquelles l’Institut La Boétie (proche de LFI) et le Fonds pour la presse libre de Mediapart. Libération dénonçait les avantages fiscaux de la droite, ce sont désormais les réseaux de gauche qui se retrouvent dans le viseur.
22 juin, émission spéciale sur Radio Courtoisie. Pierre-Alexandre Bouclay, son dirigeant, réunissait en plateau plusieurs journalistes qui ont enquêté de concert sur les organisations de la gauche de gauche. « C’est la première fois que des médias non alignés à gauche s’organisent pour mener une grande enquête commune », explique-t-il. Boulevard Voltaire, L’Incorrect, Radio Courtoisie et l’Ojim se sont en effet coalisés pour passer au crible plus de 200 associations du camp d’en face usant (et abusant ?) de la défiscalisation ou de l’argent public.
Quand la gauche pointe du doigt la droite… et s’expose en retour
55 d’entre elles ont été identifiées comme potentiellement problématiques, soit par leur objet réel (souvent partisan plutôt que d’intérêt général), soit par des irrégularités de gestion. Au cœur des débats : l’Institut La Boétie, think tank proche de La France insoumise (LFI) et de Jean-Luc Mélenchon, dont la gestion financière soulève des questions sur un possible détournement d’argent public.
Tout a commencé par un article de Libération, qui s’était attaqué le 17 avril dernier à la possibilité pour les associations de droite (comme Radio Courtoisie, Nemesis, l’Institut Iliade ou Academia Christiana) de permettre à leurs donateurs de bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu (jusqu’à 66 % du don pour les particuliers). Le tout en incitant Éric Coquerel, président LFI de la commission des finances de l’Assemblée nationale, à lancer une mission d’inspection, afin de changer le droit pour que lesdites organisations n’aient plus la possibilité de bénéficier d’un tel dispositif fiscal.
Le mécanisme en question est la réduction d’impôt sur le revenu ou sur les sociétés pour les dons aux organismes d’intérêt général. « Le système des reçus fiscaux, c’est 3,5 milliards d’euros de dépense fiscale par an », a souligné Arthur de Watrigant, directeur de la rédaction de L’Incorrect. Destiné à soutenir des causes d’utilité sociale, éducative, culturelle ou philanthropique, ce dispositif ne doit pas financer des activités politiques ou idéologiques partisanes. Or, d’après notre enquête, de nombreuses structures de gauche en tireraient profit de manière contestable.
« C’est la collectivité qui paye, ce mécanisme existe pour financer l’intérêt général, par l’intérêt de quelques-uns ou de certaines idéologies », a souligné Watrigant, avant d’ajouter : « Libération a décidé d’ouvrir la boîte, nous on a décidé de la vider ! » Les associations de gauche, déjà largement subventionnées par des fonds publics directs, cumuleraient ces avantages fiscaux, posant la question de l’équité et de la transparence.
🔵💥“Libération avait attaqué les associations de droite. Nous avons décidé d’ouvrir la boîte de l’autre côté.
Sur plusieurs centaines d’associations de gauche et d’extrême gauche étudiées, plus de 50 posent de sérieuses questions sur leur gestion ou sur leur réel intérêt… pic.twitter.com/Xw1tKfFW6n
— Radio Courtoisie (@radiocourtoisie) June 23, 2026
Une association qui parodie de manière obscène la religion chrétienne
« Ça vaut son pesant de cacahuètes ! » : la journaliste Julie Solveig a mis en lumière le cas particulièrement frappant des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. « C’était tout un voyage d’aller sur le site internet… », ironise-t-elle encore : cette association, composée de drag queens se présentant sous des tenues mêlant cornettes de nonnes, latex, cuir et paillettes, s’est spécialisée dans la parodie outrancière des symboles catholiques.
Ces performances incluent des happenings (d’une grande vulgarité), des détournements explicites de rituels religieux et des actions susceptibles de troubler l’ordre public. Pourtant, cette structure bénéficie pleinement du régime des dons défiscalisables, permettant à ses donateurs de réduire leur impôt sur le revenu de 66 %. Autrement dit, une partie significative du financement de ces activités provocatrices repose indirectement sur la collectivité.
🔵💥“On a enquêté sur les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence : des drag queens qui se déguisent en bonnes sœurs avec cornettes, latex, cuir et paillettes.
Elles se moquent ouvertement de la religion catholique, détournent les symboles religieux, organisent des happenings très… pic.twitter.com/iTBu088n6P
— Radio Courtoisie (@radiocourtoisie) June 23, 2026
Julie Solveig a détaillé comment ces « sœurs » organisent des événements qui, au-delà de la simple expression artistique ou militante, relèvent selon elle d’une moquerie systématique à l’égard de la religion catholique. Elle a insisté sur l’écart entre l’objet social déclaré (souvent présenté sous des angles de lutte contre les discriminations ou de défense des droits LGBT) et la réalité des actions menées sur le terrain.
La frontière entre éducation populaire, militantisme culturel et propagande partisane ou idéologique reste souvent floue, laissant place à des interprétations divergentes, a souligné Me Pierre Gentillet, avocat spécialisé en droits des associations.
Le Fonds pour la presse libre : un outil de « pluralisme » qui renforce surtout Mediapart
L’OJIM a quant à lui examiné de près le Fonds pour la Presse Libre (FPL), créé en 2019 à l’initiative des fondateurs et de l’équipe de Mediapart. Doté initialement d’un million d’euros, ce fonds de dotation est reconnu d’utilité publique, ce qui lui permet de délivrer des reçus fiscaux ouvrant droit à une réduction d’impôt de 66 % pour les donateurs. Officiellement, sa mission consiste à protéger l’indépendance de Mediapart tout en soutenant le pluralisme médiatique par l’octroi d’aides à d’autres médias indépendants et à des projets journalistiques.
Lire aussi : Fonds pour une presse libre : derrière les appels aux dons, les zones d’ombre du modèle Mediapart
Pourtant, l’analyse des comptes sur plusieurs années par l’OJIM révèle un décalage important entre la communication publique du fonds et son action financière. Seulement 40 % des dons collectés sont effectivement reversés à d’autres médias ou projets. Après déduction des frais de fonctionnement et de collecte, l’essentiel des excédents vient alimenter les fonds propres du FPL. Fonds qui sont passés d’un million d’euros à la création à 2 millions d’euros fin 2025. Ces réserves servent notamment de garantie financière à la structure actionnariale (SPIM) qui contrôle Mediapart.
Concrètement, un donateur convaincu de soutenir « la presse libre » dans son ensemble contribue en partie, sans le savoir nécessairement, au renforcement du bilan patrimonial du média dirigé par Edwy Plenel.
Au-delà des aspects financiers, la question du pluralisme réel interroge. La gouvernance du fonds apparaît étroitement liée à l’écosystème Mediapart : plusieurs membres du conseil d’administration ont ou ont eu des liens directs avec le média. Le conseil stratégique, chargé de sélectionner les projets, présente une forte homogénéité idéologique, avec des profils issus principalement des réseaux de gauche et d’extrême gauche. Les bénéficiaires des aides confirment cette orientation : parmi les médias soutenus figurent Arrêt sur Images, Bondy Blog, Mediacités, StreetPress, Disclose, Reflets.info, Splann ! ou encore Le Poulpe.
Depuis plusieurs années, les appels à projets se concentrent massivement sur une thématique unique : l’enquête sur la droite, le Rassemblement national, les réseaux catholiques ou les figures comme Vincent Bolloré. En 2025, près de 47 enquêtes dans une vingtaine de médias ont été financées sur ce thème, avec 300 000 € prévus en 2026.
Or, ce modèle pose un problème de fond : un organisme qui bénéficie d’un statut d’intérêt général et d’avantages fiscaux collectifs peut-il légitimement concentrer ses financements sur un seul courant idéologique, tout en se revendiquant défenseur du pluralisme ? La loi exige en effet que les structures reconnues d’utilité publique servent l’intérêt général sans discrimination et sans se limiter à un cercle restreint de bénéficiaires partageant la même sensibilité politique.
Cette enquête sur le FPL illustre de facto un mécanisme plus large : la gauche radicale disposerait d’un important réservoir de financement indirect via la défiscalisation, en plus des subventions directes à la presse… tandis que des structures de droite font l’objet d’un examen beaucoup plus sévère.
🔵💥” Cette enquête sur l’Institut La Boétie est particulièrement importante car on est au cœur de la matrice du système mélenchonien.
Derrière, c’est une stratégie de conquête du pouvoir !”
🗣️Rodolphe Cart (@RodolpheCart ), journaliste et écrivain
📻Émission complète à… pic.twitter.com/yeTOZHlaWK— Radio Courtoisie (@radiocourtoisie) June 23, 2026
L’Institut La Boétie au centre des interrogations
Dernier cas mais non des moindres : l’Institut La Boétie. « On est véritablement au cœur de la matrice du système mélenchonien », résume le journaliste indépendant Rodolphe Cart.
En tant que fonds de dotation, l’Institut bénéficie d’un régime fiscal avantageux. On peut donc légitimement s’interroger sur le respect des critères d’intérêt général qui permet à La Boétie de bénéficier de déductions fiscales. L’un des critères principaux est que l’organisation doit s’adresser à un large panel de personnes. Or, l’institut sert essentiellement d’école de formation et de socle intellectuel des cadres et des militants de LFI… ce qui fait craindre un usage partisan des fonds.
« On a des liens directs qui posent question », dénonce Rodolphe Cart, pour qui cet institut est engagé dans la « stratégie de conquête du pouvoir » de la mouvance insoumise.
Pierre Gentillet a souligné les conditions d’agrément, les obligations de transparence et les sanctions possibles en cas de détournement. Si les faits étaient avérés, cela pourrait avoir des conséquences majeures pour LFI à l’approche de la présidentielle 2027.
🚨L’Observatoire du Journalisme s’est associé à plusieurs médias (@radiocourtoisie @MagLincorrect @BVoltaire) pour enquêter sur le financement des médias d’extrême gauche !
➡️Notre journaliste Jean-Charles Soulier vous en livre un aperçu :pic.twitter.com/aFdR6fG9xR
— Observatoire du journalisme (Ojim) (@ojim_france) June 23, 2026
Il y a en définitive de quoi s’inquiéter d’un paradoxe criant : alors que la gauche critique les financements de la droite, ses propres structures profitent du statut d’intérêt général sans toujours en remplir les conditions.
Jean-Charles Soulier
Voir aussi : Disclose : une indépendance revendiquée, des financements orientés ?

