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Défiscalisation des associations : l’enquête qui va gêner la gauche radicale

24 juin 2026 | Temps de lecture : 8 minutes

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Une enquête menée par Boule­vard Voltaire, L’Incorrect, Radio Cour­toisie et l’Ojim passe au crible les finance­ments publics ou fis­caux de plus de 200 asso­ci­a­tions de gauche. 55 struc­tures sont épinglées, au pre­mier rang desquelles l’Institut La Boétie (proche de LFI) et le Fonds pour la presse libre de Medi­a­part. Libéra­tion dénonçait les avan­tages fis­caux de la droite, ce sont désor­mais les réseaux de gauche qui se retrou­vent dans le viseur.

22 juin, émis­sion spé­ciale sur Radio Cour­toisie. Pierre-Alexan­dre Bouclay, son dirigeant, réu­nis­sait en plateau plusieurs jour­nal­istes qui ont enquêté de con­cert sur les organ­i­sa­tions de la gauche de gauche. « C’est la pre­mière fois que des médias non alignés à gauche s’organisent pour men­er une grande enquête com­mune », explique-t-il. Boule­vard Voltaire, L’Incorrect, Radio Cour­toisie et l’Ojim se sont en effet coal­isés pour pass­er au crible plus de 200 asso­ci­a­tions du camp d’en face usant (et abu­sant ?) de la défis­cal­i­sa­tion ou de l’argent public.

Quand la gauche pointe du doigt la droite… et s’expose en retour

55 d’entre elles ont été iden­ti­fiées comme poten­tielle­ment prob­lé­ma­tiques, soit par leur objet réel (sou­vent par­ti­san plutôt que d’intérêt général), soit par des irrégu­lar­ités de ges­tion. Au cœur des débats : l’Institut La Boétie, think tank proche de La France insoumise (LFI) et de Jean-Luc Mélen­chon, dont la ges­tion finan­cière soulève des ques­tions sur un pos­si­ble détourne­ment d’argent public.

Tout a com­mencé par un arti­cle de Libéra­tion, qui s’était attaqué le 17 avril dernier à la pos­si­bil­ité pour les asso­ci­a­tions de droite (comme Radio Cour­toisie, Neme­sis, l’Institut Ili­ade ou Acad­e­mia Chris­tiana) de per­me­t­tre à leurs dona­teurs de béné­fici­er d’une réduc­tion d’impôt sur le revenu (jusqu’à 66 % du don pour les par­ti­c­uliers). Le tout en inci­tant Éric Coquer­el, prési­dent LFI de la com­mis­sion des finances de l’Assemblée nationale, à lancer une mis­sion d’in­spec­tion, afin de chang­er le droit pour que les­dites organ­i­sa­tions n’aient plus la pos­si­bil­ité de béné­fici­er d’un tel dis­posi­tif fiscal.

Le mécan­isme en ques­tion est la réduc­tion d’impôt sur le revenu ou sur les sociétés pour les dons aux organ­ismes d’intérêt général. « Le sys­tème des reçus fis­caux, c’est 3,5 mil­liards d’euros de dépense fis­cale par an », a souligné Arthur de Watri­g­ant, directeur de la rédac­tion de L’Incorrect. Des­tiné à soutenir des caus­es d’utilité sociale, éduca­tive, cul­turelle ou phil­an­thropique, ce dis­posi­tif ne doit pas financer des activ­ités poli­tiques ou idéologiques par­ti­sanes. Or, d’après notre enquête, de nom­breuses struc­tures de gauche en tir­eraient prof­it de manière contestable.

« C’est la col­lec­tiv­ité qui paye, ce mécan­isme existe pour financer l’intérêt général, par l’intérêt de quelques-uns ou de cer­taines idéolo­gies », a souligné Watri­g­ant, avant d’ajouter : « Libéra­tion a décidé d’ouvrir la boîte, nous on a décidé de la vider ! » Les asso­ci­a­tions de gauche, déjà large­ment sub­ven­tion­nées par des fonds publics directs, cumuleraient ces avan­tages fis­caux, posant la ques­tion de l’équité et de la transparence.

Une association qui parodie de manière obscène la religion chrétienne

« Ça vaut son pesant de cac­ahuètes ! » : la jour­nal­iste Julie Solveig a mis en lumière le cas par­ti­c­ulière­ment frap­pant des Sœurs de la Per­pétuelle Indul­gence. « C’était tout un voy­age d’aller sur le site inter­net… », iro­nise-t-elle encore : cette asso­ci­a­tion, com­posée de drag queens se présen­tant sous des tenues mêlant cor­nettes de nonnes, latex, cuir et pail­lettes, s’est spé­cial­isée dans la par­o­die out­ran­cière des sym­bol­es catholiques.

Ces per­for­mances inclu­ent des hap­pen­ings (d’une grande vul­gar­ité), des détourne­ments explicites de rit­uels religieux et des actions sus­cep­ti­bles de trou­bler l’ordre pub­lic. Pour­tant, cette struc­ture béné­fi­cie pleine­ment du régime des dons défis­cal­is­ables, per­me­t­tant à ses dona­teurs de réduire leur impôt sur le revenu de 66 %. Autrement dit, une par­tie sig­ni­fica­tive du finance­ment de ces activ­ités provo­ca­tri­ces repose indi­recte­ment sur la collectivité.

Julie Solveig a détail­lé com­ment ces « sœurs » organ­isent des événe­ments qui, au-delà de la sim­ple expres­sion artis­tique ou mil­i­tante, relèvent selon elle d’une moquerie sys­té­ma­tique à l’égard de la reli­gion catholique. Elle a insisté sur l’écart entre l’objet social déclaré (sou­vent présen­té sous des angles de lutte con­tre les dis­crim­i­na­tions ou de défense des droits LGBT) et la réal­ité des actions menées sur le terrain.

La fron­tière entre édu­ca­tion pop­u­laire, mil­i­tan­tisme cul­turel et pro­pa­gande par­ti­sane ou idéologique reste sou­vent floue, lais­sant place à des inter­pré­ta­tions diver­gentes, a souligné Me Pierre Gen­til­let, avo­cat spé­cial­isé en droits des associations.

Le Fonds pour la presse libre : un outil de « pluralisme » qui renforce surtout Mediapart

L’OJIM a quant à lui exam­iné de près le Fonds pour la Presse Libre (FPL), créé en 2019 à l’initiative des fon­da­teurs et de l’équipe de Medi­a­part. Doté ini­tiale­ment d’un mil­lion d’euros, ce fonds de dota­tion est recon­nu d’utilité publique, ce qui lui per­met de délivr­er des reçus fis­caux ouvrant droit à une réduc­tion d’impôt de 66 % pour les dona­teurs. Offi­cielle­ment, sa mis­sion con­siste à pro­téger l’indépendance de Medi­a­part tout en sou­tenant le plu­ral­isme médi­a­tique par l’octroi d’aides à d’autres médias indépen­dants et à des pro­jets journalistiques.

Lire aus­si : Fonds pour une presse libre : der­rière les appels aux dons, les zones d’ombre du mod­èle Mediapart

Pour­tant, l’analyse des comptes sur plusieurs années par l’OJIM révèle un décalage impor­tant entre la com­mu­ni­ca­tion publique du fonds et son action finan­cière. Seule­ment 40 % des dons col­lec­tés sont effec­tive­ment rever­sés à d’autres médias ou pro­jets. Après déduc­tion des frais de fonc­tion­nement et de col­lecte, l’essentiel des excé­dents vient ali­menter les fonds pro­pres du FPL. Fonds qui sont passés d’un mil­lion d’euros à la créa­tion à 2 mil­lions d’euros fin 2025. Ces réserves ser­vent notam­ment de garantie finan­cière à la struc­ture action­nar­i­ale (SPIM) qui con­trôle Mediapart.

Con­crète­ment, un dona­teur con­va­in­cu de soutenir « la presse libre » dans son ensem­ble con­tribue en par­tie, sans le savoir néces­saire­ment, au ren­force­ment du bilan pat­ri­mo­ni­al du média dirigé par Edwy Plenel.

Au-delà des aspects financiers, la ques­tion du plu­ral­isme réel inter­roge. La gou­ver­nance du fonds appa­raît étroite­ment liée à l’écosystème Medi­a­part : plusieurs mem­bres du con­seil d’administration ont ou ont eu des liens directs avec le média. Le con­seil stratégique, chargé de sélec­tion­ner les pro­jets, présente une forte homogénéité idéologique, avec des pro­fils issus prin­ci­pale­ment des réseaux de gauche et d’extrême gauche. Les béné­fi­ci­aires des aides con­fir­ment cette ori­en­ta­tion : par­mi les médias soutenus fig­urent Arrêt sur Images, Bondy Blog, Mediac­ités, Street­Press, Dis­close, Reflets.info, Splann ! ou encore Le Poulpe.

Depuis plusieurs années, les appels à pro­jets se con­cen­trent mas­sive­ment sur une thé­ma­tique unique : l’enquête sur la droite, le Rassem­ble­ment nation­al, les réseaux catholiques ou les fig­ures comme Vin­cent Bol­loré. En 2025, près de 47 enquêtes dans une ving­taine de médias ont été financées sur ce thème, avec 300 000 € prévus en 2026.

Or, ce mod­èle pose un prob­lème de fond : un organ­isme qui béné­fi­cie d’un statut d’intérêt général et d’avantages fis­caux col­lec­tifs peut-il légitime­ment con­cen­tr­er ses finance­ments sur un seul courant idéologique, tout en se revendi­quant défenseur du plu­ral­isme ? La loi exige en effet que les struc­tures recon­nues d’utilité publique ser­vent l’intérêt général sans dis­crim­i­na­tion et sans se lim­iter à un cer­cle restreint de béné­fi­ci­aires partageant la même sen­si­bil­ité politique.

Cette enquête sur le FPL illus­tre de fac­to un mécan­isme plus large : la gauche rad­i­cale dis­poserait d’un impor­tant réser­voir de finance­ment indi­rect via la défis­cal­i­sa­tion, en plus des sub­ven­tions directes à la presse… tan­dis que des struc­tures de droite font l’objet d’un exa­m­en beau­coup plus sévère.

L’Institut La Boétie au centre des interrogations

Dernier cas mais non des moin­dres : l’Institut La Boétie. « On est véri­ta­ble­ment au cœur de la matrice du sys­tème mélen­chonien », résume le jour­nal­iste indépen­dant Rodolphe Cart.

En tant que fonds de dota­tion, l’Institut béné­fi­cie d’un régime fis­cal avan­tageux. On peut donc légitime­ment s’interroger sur le respect des critères d’intérêt général qui per­met à La Boétie de béné­fici­er de déduc­tions fis­cales. L’un des critères prin­ci­paux est que l’organisation doit s’adresser à un large pan­el de per­son­nes. Or, l’institut sert essen­tielle­ment d’école de for­ma­tion et de socle intel­lectuel des cadres et des mil­i­tants de LFI… ce qui fait crain­dre un usage par­ti­san des fonds.

« On a des liens directs qui posent ques­tion », dénonce Rodolphe Cart, pour qui cet insti­tut est engagé dans la « stratégie de con­quête du pou­voir » de la mou­vance insoumise.

Pierre Gen­til­let a souligné les con­di­tions d’agrément, les oblig­a­tions de trans­parence et les sanc­tions pos­si­bles en cas de détourne­ment. Si les faits étaient avérés, cela pour­rait avoir des con­séquences majeures pour LFI à l’approche de la prési­den­tielle 2027.

Il y a en défini­tive de quoi s’inquiéter d’un para­doxe cri­ant : alors que la gauche cri­tique les finance­ments de la droite, ses pro­pres struc­tures prof­i­tent du statut d’intérêt général sans tou­jours en rem­plir les conditions.

Jean-Charles Souli­er

Voir aus­si : Dis­close : une indépen­dance revendiquée, des finance­ments orientés ?

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