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Facebook Horizon, virtualité et police de la pensée

30 septembre 2019

Temps de lecture : 3 minutes
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Facebook Horizon, virtualité et police de la pensée

Vous avez appris qu’une « grande coalition » réunissant les armadas américaines du digital (Facebook, Google, Microsoft, Twitter, LinkedIn, WhatsApp) s’était formée pour censurer plus efficacement et en groupe sur la toile. Vous êtes censuré par Facebook ? Rassurez-vous, vous allez pouvoir profiter d’une seconde vie virtuelle sur le nouveau service lancé par le réseau social. Ça s’appelle Horizon et la visite vaut le détour.

Mort de Spaces

En 2017, les équipes de Mark Zucker­berg avaient déjà lancé un ser­vice de réal­ité virtuelle, nom­mé Spaces où vous pou­viez inviter vos « amis » pour jouer. Vous pou­viez aus­si créer un « Chez vous numérique » via Ocu­lus Rooms, vous bâtir un palais virtuel ou bien le chalet avec vue sur le Mont Blanc, ou encore le triplex avec vue sur la Seine dont vous rêviez et que vous n’aviez pas les moyens de vous offrir. Ces ser­vices devaient être médiocres, ils vont être sup­primés fin octo­bre 2019.

Le doigt dans l’Oculus

Ocu­lus pour les intimes c’est la branche dédiée à la réal­ité virtuelle de Face­book, une fil­iale rachetée 2 mil­liards de dol­lars en 2014, qui avait ten­dance à viv­ot­er et qui sera peut-être relancée par Hori­zon. Com­ment ça marche ?

Tout d’abord, vous achetez un casque Ocu­lus, de 250€ à 550€ suiv­ant la puis­sance désirée. Peut-être faut-il acheter aus­si un abon­nement ou des logi­ciels dédiés, on ne le sait pas encore pré­cisé­ment. Bref, de toutes façons vous payez votre obole à Mark. Ensuite vous créez un avatar, un dou­ble virtuel, plus beau/belle, plus riche, plus jeune, plus sexy, plus ce que vous voulez.

Et là, Ô mer­veille, vous décou­vrez « Un monde en réal­ité virtuelle qui s’étendra en per­ma­nence, où vous pou­vez explor­er, jouer et créer de façon extra­or­di­naire ».

Petits veinards. À par­tir d’une « place de vil­lage », vous jouez à des jeux, vous invitez de belles per­son­nes (des avatars eux aus­si), vous créez des lieux ou des objets, et mieux vous allez pou­voir « bâtir des com­mu­nautés ». Mais dans cer­taines con­di­tions.

Citoyenneté et police

Mark croit dur comme fer à ce nou­veau seg­ment de marché, il l’a dit au Point :

« Bien­tôt, ce sera l’ère de la réal­ité aug­men­tée et de la réal­ité virtuelle. Et ce qui dis­tingue ces tech­nolo­gies, c’est qu’elles vous per­me­t­tent d’être présent à un endroit et d’interagir avec votre entourage. Quand vous êtes face à quelqu’un qui a le nez sur un smart­phone, vous ne ressen­tez pas sa présence. Avec la réal­ité virtuelle et aug­men­tée, vous pou­vez inter­a­gir avec vos proches. »

Inter­a­gir avec vos proches, certes, mais avec des règles. Mark est citoyen du monde, son entre­prise est citoyenne, et sur Hori­zon il ne peut y avoir que des citoyens respon­s­ables. Si des con­trevenants ne respectent pas les règles de la « com­mu­nauté » (ces règles sont définies par le réseau social, voir notre arti­cle cité en haut de page), ils seront sig­nalés car « En tant que citoyens de Face­book Hori­zon, il est de votre respon­s­abil­ité de créer une cul­ture respectueuse et où tout le monde se sente à l’aise ».

Cul­ture respectueuse et tout le monde se sente à l’aise sont les masques de la bonne vieille cen­sure. Vous avez un dis­cours virtuel « extrémiste », vous serez sig­nalés, aver­tis et sans doute exclus. D’ailleurs des guides non pas virtuels mais bien humains seront là pour vous aver­tir gen­ti­ment. Ou moins gen­ti­ment, c’est selon.

Huxley dépassé

En 1958 l’écrivain anglais Aldous Hux­ley, reve­nait sur son livre écrit en 1937 Le Meilleur des mon­des, avec son Retour au Meilleur des mon­des où il se déclarait net­te­ment plus pes­simiste que 21 ans aupar­a­vant. Il con­statait une « impul­sion accélérée par les représen­tants d’organisations com­mer­ciales et poli­tiques qui ont mis au point de nou­velles tech­niques pour manip­uler dans l’intérêt de quelque minorité les pen­sées et les sen­ti­ments des mass­es ». Les jeux abrutis­sants, « Don­nez-moi la télévi­sion et des sauciss­es chaudes », per­me­t­tent de dis­traire la pop­u­la­tion par des amuse­ments gra­tu­its ou payants. Par l’intermédiaire des organes d’information qu’elle pos­sède, l’élite du pou­voir influ­ence les pen­sées et les actions des mass­es. Une descrip­tion qui sem­ble pré­moni­toire, relue 70 ans plus tard. Les murs de la prison sont devenus invis­i­bles et le pris­on­nier remer­cie son geôli­er, le dic­ta­teur n’a plus besoin d’une vic­time à fusiller mais d’un con­ver­ti. S’il ne reste que peu de lib­erté « et peut-être les forces qui la men­a­cent sont-elles trop puis­santes pour qu’on puisse leur résis­ter très longtemps. C’est encore et tou­jours notre devoir de faire tout ce qui est en notre pou­voir pour nous oppos­er à elles », car « Seuls les vig­i­lants peu­vent sauve­g­arder leur lib­erté ». Amen.

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