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Face aux dogmes et aux dérives idéologiques, le mouvement NoFakeScience gagne du terrain

15 décembre 2020

Temps de lecture : 5 minutes

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Face aux dogmes et aux dérives idéologiques, le mouvement NoFakeScience gagne du terrain

Face aux dogmes et aux dérives idéologiques, le mouvement NoFakeScience gagne du terrain

Nous pub­lions en tri­bune libre un arti­cle d’un de nos lecteurs sur le mou­ve­ment NoFake­Science. Les pro­pos de cette tri­bune n’engagent pas notre rédaction.

Les passions déchaînées autour de l’hydroxychloroquine du Dr Didier Raoult sont dans toutes les mémoires. Dans ce cas comme dans d’autres, médias et personnel politique sont régulièrement les cibles de campagnes de désinformation que tente de démasquer le mouvement NoFakeScience. Histoire de remettre l’église (scientifique) au milieu du village.

#NoFake­Science. C’est sous ce hash­tag que le col­lec­tif du même nom com­mu­nique abon­dam­ment sur les réseaux soci­aux. Son objec­tif : faire en sorte que « les sujets à car­ac­tère sci­en­tifique puis­sent être resti­tués à tous et à toutes sans défor­ma­tion sen­sa­tion­nal­iste ni idéologique et que la con­fi­ance puisse être restau­rée sur le long terme entre sci­en­tifiques, médias et citoyen·ne·s », comme le stip­ule son man­i­feste pub­lié dans la presse le 15 juil­let dernier. Au total, 250 hommes et femmes de sci­ences récla­ment plus de rigueur aux jour­nal­istes et aux relais d’opinion. Car ces dernières années, bon nom­bre de sujets et de réal­ités sci­en­tifiques ont été trav­es­tis, soit pour plaire à l’opinion publique ou aux lob­bies indus­triels, soit pour aller dans le sens des mil­i­tants écol­o­gistes. « La sci­ence ne saurait avoir de par­ti-pris, souligne le man­i­feste. L’état de nos con­nais­sances ne saurait être un super­marché dans lequel on pour­rait ne choisir que ce qui nous con­vient et laiss­er en ray­on ce qui con­tred­it nos opin­ions. » À bon entendeur.

La science n’était pas contre, l’opinion si

Dans le débat pub­lic, le cas des pes­ti­cides est prob­a­ble­ment celui qui déchaîne les pas­sions depuis le plus longtemps. Les enquêtes à charge ont sou­vent eu un fort impact immé­di­at, tout en méri­tant d’être dis­séquées. À l’image de celle de Cash Inves­ti­ga­tion en 2016, menée par Élise Lucet et Mar­tin Boudot, et démon­tée de bout en bout, comme le rap­pelle l’AFIS (Asso­ci­a­tion française sur l’information sci­en­tifique). Non, con­traire­ment à ce qui était annon­cé, 97% des den­rées ali­men­taires ne con­ti­en­nent pas de résidus de pes­ti­cides dan­gereux. Dans le pro­longe­ment de ce dossier, celui sur le glyphosate con­tin­ue encore d’alimenter les polémiques.

« Bien util­isé, le glyphosate est aux her­bi­cides ce que le paracé­ta­mol est aux antalgiques : effi­cace, économique, qua­si-absence d’effets sec­ondaires », osait tweet­er le 9 octo­bre dernier le jour­nal­iste de vul­gar­i­sa­tion sci­en­tifique Mac Leg­gsy. Lui et d’autres jour­nal­istes comme Géral­dine Woess­ner d’Europe 1 ou Emmanuelle Ducros de L’Opinion osent en effet bat­tre en brèche la bien-pen­sance autour de la dan­gerosité du fameux glyphosate. Si elles sem­blent avoir per­du la guerre de l’opinion, ces voix dis­cor­dantes méri­tent pour­tant d’être écoutées. Comme d’autres, tel que ce représen­tant syn­di­cal agri­cole ayant req­uis l’anonymat : « Con­cer­nant le glyphosate ou cer­tains néon­i­coti­noïdes, l’ANSES (Agence nationale de sécu­rité san­i­taire de l’alimentation, de l’environnement et du tra­vail) avait même don­né un avis favor­able spé­ci­fi­ant qu’à des niveaux raisonnables, il n’y avait pas de prob­lème pour la mise sur le marché. C’est le poids de l’opinion publique qui a fait bas­culer la déci­sion poli­tique. Nous n’étions plus du tout dans une atti­tude rationnelle. » Une atti­tude rationnelle, c’est tout ce que réclame le col­lec­tif NoFake­Science : étudi­er les chiffres sans pas­sion, mais avec rigueur, sans choisir unique­ment les indi­ca­teurs sus­cep­ti­bles de prou­ver un pos­tu­lat de départ. Le b.a.-ba de la démarche sci­en­tifique comme jour­nal­is­tique, sur le papi­er du moins…

Derrière les polémiques, des lobbies ?

Le cas des métaux lourds est plus com­plexe car il ne s’agit pas d’être pour ou con­tre, mais de savoir à par­tir de quel niveau la con­som­ma­tion humaine devient risquée. Les métaux lourds, comme le cad­mi­um, le mer­cure ou le plomb, se trou­vent naturelle­ment dans la nature. Tous, à haute dose, se révè­lent bien évidem­ment can­cérigènes. Mais à par­tir de quel niveau d’exposition y a‑t-il un vrai risque pour la santé ?

Depuis plusieurs mois, c’est le cad­mi­um qui a mau­vaise presse : l’agriculture – à tra­vers l’utilisation d’engrais phos­phatés – empoi­son­nerait nos sols et nos assi­ettes, tel que le rap­pel­lent des médias pour­tant réputés sérieux comme Le Monde ou France 5.

Pour rap­pel, là où les régle­men­ta­tions de pays comme la Nou­velle-Zélande, l’Australie ou les États-Unis per­me­t­tent des dos­es allant de plus de 122 à près de 900 mg/kg, la lég­is­la­tion française actuelle autorise un taux de 90mg de cad­mi­um par kilo d’engrais. Une nou­velle régle­men­ta­tion européenne, plus stricte, entr­era même en vigueur en 2022 avec un taux de 60mg/kg.

Or aujourd’hui, aucune étude sci­en­tifique ne démon­tre une quel­conque dan­gerosité des fer­til­isants minéraux à 60mg/kg. Pourquoi dans ce cas, comme dans l’enquête Cad­mi­um : Le poi­son caché dans nos engrais, pren­dre une valeur témoin dras­tique (20mg/kg) large­ment con­testée, plutôt que les taux en vigueur, déjà par­mi les plus con­traig­nants au monde ?

La démarche adop­tée sem­ble relever davan­tage du mil­i­tan­tisme que du raison­nement sci­en­tifique. La méth­ode est tou­jours la même : on part d’une con­clu­sion à charge, qu’on étaye à grands ren­forts de don­nées instru­men­tal­isées de façon plus ou moins spé­cieuse. En expli­quant, par exem­ple, que sur 57 échan­til­lons d’urine prélevés et testés sur la base d’une méthodolo­gie dou­teuse… Douze dépassent la valeur max­i­male recom­mandée par l’ANSES. Mais en omet­tant de pré­cis­er que la total­ité des échan­til­lons testés sont large­ment en dessous des seuils de tox­i­c­ité fixés par les autorités de santé.

Cette démon­stra­tion biaisée ravi­ra toute­fois cer­tains pro­fes­sion­nels du secteur des engrais, qui enten­dent favoris­er sur le marché européen cer­tains phos­phates d’origine vol­canique (ceux-ci étant naturelle­ment pau­vres en cad­mi­um) en les exonérant de droits de douane par exem­ple. Der­rière le sujet de la san­té publique, se joue en réal­ité une bataille pour l’approvisionnement du marché européen en fer­til­isants : hasard du cal­en­dri­er, mil­i­tants éco­los et lob­bies indus­triels se rejoignent sur ce dossier.

Hydroxychloroquine : la guerre de clochers est presque terminée

En quelques semaines, Mar­seille est devenu le cen­tre du monde. Entre le print­emps et l’été 2020, l’IHU Méditer­ranée Infec­tion du Pr Didi­er Raoult a gag­né la bataille médi­a­tique : le monde entier a par­lé de son traite­ment con­tre le Covid-19, à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycine. Pen­dant des mois, le monde poli­tique et la com­mu­nauté sci­en­tifique n’ont pas caché leurs divi­sions face aux affir­ma­tions de l’infectiologue mar­seil­lais. Com­ment les citoyens lamb­da pou­vaient-ils donc se faire une vraie opin­ion sur le sujet ? Depuis, de nou­velles études sont venues met­tre le holà sur les vérités et con­tre-vérités que les chaînes de télévi­sion ont dif­fusées abon­dam­ment, sans jamais savoir à quel saint se vouer.

Cer­tains médias ont ain­si voulu met­tre un terme à ce bruit médi­a­tique, comme le site Futu­ra Sci­ences qui, le 9 août dernier, a décidé de ne plus ali­menter la polémique autour de l’hydroxychloroquine : « Plusieurs études pub­liées ces dernières semaines vien­nent son­ner la fin de par­tie con­cer­nant l’u­til­ité de l’hy­drox­y­chloro­quine dans le cadre de l’in­fec­tion au SARS-CoV­‑2 : ça ne marche pas… Avec ou sans antibi­o­tique. Qu’importe le moment où la thérapie est don­née. Fin de par­tie. » En com­pi­lant les résul­tats d’études européennes, améri­caines et français­es, aucun argu­ment sci­en­tifique n’est venu appuy­er les thès­es du Pr Raoult qui, mal­gré tout, con­tin­ue de jouir de nom­breux sou­tiens, à la fois dans les médias et dans le monde poli­tique, comme le maire de Nice Chris­t­ian Estrosi.

Vingt jours plus tard, fin août, une nou­velle étude de méta-analy­ses a ten­té de clore une bonne fois pour toutes la polémique : « Des chercheurs ont étudié les résul­tats des travaux déjà parus sur le médica­ment. Ils con­fir­ment que les recherch­es menées jusqu’à présent n’ont révélé aucune effi­cac­ité de l’hydroxychloroquine dans le traite­ment des patients souf­frant du Covid-19 », comme l’explique sim­ple­ment Fran­ce­In­fo. Ce qui n’a pas empêché, début sep­tem­bre, le prési­dent de la région PACA Renaud Muse­li­er de repar­tir au front pour défendre le pro­to­cole de Didi­er Raoult. Les pro et les anti n’ont donc pas fini de relancer le débat.

Cette bataille médi­ati­co-politi­co-sci­en­tifique ne pren­dra prob­a­ble­ment fin qu’à l’arrivée du vac­cin. Et encore. Le col­lec­tif NoFake­Science aura cer­taine­ment beau­coup de pain sur la planche pour affron­ter les puis­sants relais d’opinion anti-tout.

Jere­my Girard
Con­seiller san­té indépen­dant, ancien cadre de la fonc­tion publique hospitalière

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