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Entretien avec Jack London sur la « peste écarlate »

14 avril 2020

Temps de lecture : 4 minutes
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Entretien avec Jack London sur la « peste écarlate »

La période de Pâques étant favorable, nous avons pu – par un procédé secret que nous ne pouvons divulguer – rentrer en contact télépathique avec Jack London, disparu en 1916. Jack London fut vagabond, ouvrier, marin, chercheur d’or, journaliste et écrivain. Son ouvrage paru en 1912, The Scarlet plague semble une anticipation des épidémies modernes.

Ojim : Jack Lon­don bon­jour, mer­ci de nous par­ler libre­ment alors que nous ne savons pas exacte­ment où vous vous trou­vez.

Jack Lon­don : Eh bien c’est un plaisir, il n’y a pas énor­mé­ment de dis­trac­tions par ici, mais il m’est inter­dit de vous en dire plus.

La Peste écarlate Nous vous avons infor­mé de notre sit­u­a­tion en 2020, pour­riez-vous nous par­ler de votre livre La Peste écar­late ?

Bien volon­tiers, c’est un de mes derniers livres avant que je ne meure, rongé par l’alcoolisme et la mor­phine dont je n’arrivais pas à me défaire. L’ouvrage n’est paru en France qu’en 1924, aux édi­tions Crès je crois.

Quel en est le thème ?

C’est un ouvrage de sci­ence-fic­tion qui se situe en 2073, soix­ante ans après la ter­ri­ble mal­adie sur­v­enue en 2013. Un grand-père racon­te à ses trois petits fils com­ment le fléau est apparu, com­ment la société s’est dis­lo­quée, rev­enue très vite à l’état trib­al. Bien enten­du les trois garçons ne le croient qu’à moitié car un grand nom­bre de mots ont dis­paru ou n’ont plus aucune sig­ni­fi­ca­tion : argent, avion, auto­mo­bile, restau­rant, savon, élec­tric­ité, frian­dise, épicerie et même alpha­bet. Il lui faut sim­pli­fi­er les choses pour être cru.

Com­ment l’épidémie appa­raît elle ?

On ne sait d’où elle vient, elle se dif­fuse à l’été 2013 d’abord à New-York et Lon­dres et ensuite au monde entier, ou du moins on le sup­pose car il n’y plus de moyens de com­mu­ni­ca­tion rapi­de. On se déplace à pied, à la rigueur en car­riole. La mal­adie est dite écar­late car le corps et le vis­age des malades pren­nent une couleur pour­pre, ils meurent de paralysie par­fois en 15 min­utes et sans signes annon­ci­a­teurs. Leur corps se décom­pose ensuite en quelques heures libérant des mil­liards de ger­mes qui vont à leur tour con­t­a­min­er les sur­vivants.

Com­bi­en de sur­vivants ?

Le nar­ra­teur indique un sur un mil­lion, sans que l’on sache pourquoi cer­tains sont immu­nisés naturelle­ment. Il sem­blerait que ce soit quand même les plus costauds et les plus frustes, plutôt les bucherons que les pro­fesseurs. Il reste env­i­ron 400 per­son­nes aux États-Unis et sans doute 8 000 dans le monde qui revient à l’état trib­al : une dizaine de petits groupes aux États-Unis, chaque groupe s’est rassem­blé autour d’un chef qui assoit son autorité sur sa force physique et son énergie.

Est-ce la fin de l’humanité ?

Plutôt un nou­veau départ. Les grandes villes ont été détru­ites par les incendies et les pil­lages. Comme je le décris, « Partout rég­naient le meurtre, le vol et l’ivresse ». La nature reprend très vite ses droits, les cul­tures ne sont pas entretenues. Les ani­maux domes­tiques meurent ou rede­vi­en­nent sauvages, ceux qui s’adaptent le mieux sont les cochons, les chats et les chiens. Les hommes sont de nou­veau des chas­seurs-cueilleurs. Les trois garçons sont tous d’excellents chas­seurs.

Voyez- vous des analo­gies par rap­port à la pandémie de 2020 ?

De manière sur­prenante j’en vois beau­coup. La data­tion tout d’abord, 2013, sept ans d’écart seule­ment avec vous. Ensuite le nom­bre d’habitants sur terre à cette époque, huit mil­liards, là aus­si peu de dif­férence avec votre époque. Comme main­tenant chez vous l’origine de la mal­adie est mys­térieuse, elle est très con­tagieuse mais – c’est une dif­férence – elle est presque à coup sûr mortelle alors que pour votre Covid-19 la mor­tal­ité sem­ble plutôt faible.

La sit­u­a­tion est moins grave en 2020 que dans votre livre, de quoi être opti­miste ?

Opti­miste puis pes­simiste, puis opti­miste de nou­veau. Vous allez vraisem­blable­ment avoir quelques cen­taines de mil­liers de morts ou quelques mil­lions alors qu’au moment où nous par­lons il y en a moins de deux cent mille. Allons jusqu’à dix mil­lions de morts, c’est bien moins de 1% des habi­tants de la terre en 2020. Mais atten­dez la prochaine, avec un virus tuant non pas 1% ou moins des infec­tés mais 99% ou plus, là ce sera plus trag­ique. Là vous ver­rez des mil­lions de per­son­nes mourir et, par­mi les sur­vivants, des mil­liers s’entretuer.

Au-delà, comme dans mon livre et selon un proces­sus cyclique, les hommes s’adapteront, de nou­velles com­mu­nautés plus homogènes, raciales et cul­turelles, se for­meront. Ils redé­cou­vriront l’agriculture, la domes­ti­ca­tion des ani­maux, l’artisanat, l’industrie. Ils redé­cou­vriront la poudre aus­si ce qui leur per­me­t­tra de s’entretuer ou d’établir leur dom­i­na­tion sur d’autres, mais sans dis­paraître. Les fig­ures du roi, du prêtre, du sol­dat s’imposeront d’elles-mêmes. Les groupes les plus dis­ci­plinés et les plus ingénieux s’imposeront aux autres, les reli­gions, les arts refleuriront, il y fau­dra peut-être une cen­taine de généra­tions, mais à l’échelle cos­mique c’est peu de choses. Ah… je vous prie de m’excuser mais on me sig­nale que cet entre­tien doit se ter­min­er.

Jack Lon­don s’efface alors que nous avions encore de nom­breuses ques­tions à lui pos­er entre autres sur l’attitude des médias pen­dant la peste écar­late. Il va de soi que Mon­sieur Lon­don est respon­s­able de ses pro­pos qui ne sauraient engager notre rédac­tion.

Illus­tra­tion : Alfred Kubin, “Epidémie” ca. 1900–1901 (détail).

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