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Crise migratoire dans les médias : un catalogue sans cesse renouvelé d’arguments en faveur de l’ouverture des frontières

29 juillet 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Crise migratoire dans les médias : un catalogue sans cesse renouvelé d’arguments en faveur de l’ouverture des frontières

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 8 juil­let 2018

Dans un précédent article de l’OJIM, nous reprenions les chiffres officiels de l’immigration : ils montrent une très forte augmentation des entrées légales et illégales d’immigrés en France ces dernières années, qui atteignent des niveaux connus au plus fort des « 30 glorieuses ». Les Français ont bien compris l’ineptie d’ouvrir les frontières en période de stagnation économique et de communautarisme grandissant. Mais cela n’ébranle pas les certitudes de « la France d’en haut », dont les porte–paroles monopolisent les micros des radios et les éditoriaux des journaux.

Dans leur cam­pagne pour con­va­in­cre l’opinion publique de la néces­sité d’ouvrir tou­jours plus les fron­tières, plusieurs argu­men­taires sont util­isés dans les médias depuis le début de la dite « crise migra­toire ». Une crise qui est avant tout une crise des fron­tières, qui ne sont pas respec­tées en France, alors que les pays d’Europe cen­trale parvi­en­nent à stop­per les flux migra­toires. A inter­valles réguliers, des élé­ments de lan­gage fal­lac­i­eux appa­rais­sent pour démon­tr­er que « la France n’en fait pas assez ». Illus­tra­tions.

Le refus de la distinction migrant économique / réfugié politique

Le mois de jan­vi­er 2018 a été mar­qué par une vague de con­tes­ta­tion du pro­jet de Loi sur l’asile et l’immigration. Celle-ci a été large­ment relayée dans les médias. Un argu­ment en vogue a été de nier la dis­tinc­tion entre réfugié poli­tique et clan­des­tin économique.

Des asso­ci­a­tions, de rares élus et une frange des médias ont ain­si plaidé pour… que les clan­des­tins puis­sent rester en France. La dis­tinc­tion entre réfugié poli­tique et économique est qual­i­fiée de « nauséabonde » dans un blog de Medi­a­part. C’est une « facil­ité de lan­gage » pour un uni­ver­si­taire qui s’exprime dans L’Express. Une dis­tinc­tion qui « ne va pas de soi » pour Alter­na­tives économiques. Le 10 jan­vi­er, lors de l’émission « le télé­phone sonne » sur France Inter, des asso­ci­at­ifs, des élus et l’animatrice de la radio s’accordent pour nier la dis­tinc­tion entre réfugié poli­tique et clan­des­tin.

Pen­dant ce temps, comme l’indiquent Le Monde et Le Point, cer­tains pays comme l’Allemagne ou l’Autriche plafonnent…le nom­bre des deman­deurs d’asile à leurs capac­ités d’accueil.

« Il n’y a pas de crise migratoire mais une  crise de l’accueil des migrants »

Vers le mois d’avril 2018, la for­mule « il n’y a pas de crise des migrants mais une crise de l’accueil des migrants » fait florès dans les tri­bunes offertes aux jour­nal­istes, asso­ci­a­tions et per­son­nal­ités pro-immi­gra­tion. On retrou­ve ce mantra sur les ondes et les pages de France Inter, L’Obs, France Info, Nice Matin, L’Opinion, Le Monde, Sud Ouest, La Croix, Libéra­tion, etc.

Bien sûr, les chroniqueurs, respon­s­ables asso­ci­at­ifs et autres experts paten­tés garderont le silence sur la mul­ti­pli­ca­tion des struc­tures et l’augmentation des capac­ités d’accueil partout en France, jusque dans des vil­lages reculés de province. Ces sta­tis­tiques et cartes de France de la CIMADE en attes­tent. Vous avez dit : jamais assez ?

Les quotas de migrants relocalisés comme mesure de l’« effort de la France » dans la crise migratoire

Les pays européens ont con­clu un accord en 2015 qui prévoit une « relo­cal­i­sa­tion » de migrants arrivés en Ital­ie et en Grèce. Chaque pays européen s’est vu ain­si attribuer un quo­ta à accueil­lir. Le nom­bre de migrants « relo­cal­isés » devient par­fois le mètre étalon de l’effort de la France dans la crise migra­toire. Ain­si, le 10 jan­vi­er, lors de l’émission « le télé­phone sonne » sur France Inter, des asso­ci­at­ifs et l’animatrice de la radio sont sur la même ligne pour estimer insuff­isant l’accueil de « 30 000 migrants ». Ce chiffre mis en avant pour cri­ti­quer l’accueil de la France ne représente pour­tant qu’une par­tie des arrivées d’étrangers en France. Cette con­fu­sion amène l’écrivain et essay­iste Pas­cal Bruck­n­er, d’habitude plus pru­dent, à repren­dre ces chiffres dans une inter­view au Figaro comme étant le nom­bre de « réfugiés » accueil­lis par le France.

La comparaison entre la population française et les entrées de migrants

Plusieurs médias ont égale­ment recours à des indi­ca­teurs rap­portés à la pop­u­la­tion française. Le point com­mun ? Essay­er de min­imiser le nom­bre d’immigrés arrivant sur le ter­ri­toire.

Le Monde reprend les chiffres de l’OCDE pour affirmer que « les qua­tre mil­lions de deman­deurs d’asile arrivés entre 2014 et 2017 devraient déclencher un accroisse­ment d’à peine 0,3 % de la pop­u­la­tion européenne en âge de tra­vailler, à l’horizon 2020 ».

Pour Europe 1, « en 2017, 40 575 per­son­nes ont obtenu une régu­lar­i­sa­tion en France, selon Euro­stat. Soit 0,061% de sa pop­u­la­tion. C’est pro­por­tion­nelle­ment beau­coup moins qu’en Alle­magne ». Le jour­nal­iste se garde bien de pré­cis­er que les déboutés du droit d’asile restent dans leur immense majorité en France !

Les Inrocks se basent égale­ment sur Euro­stat pour con­clure que « la France est bien le deux­ième pays d’ac­cueil des deman­deurs d’asile (110 945). Mais si on rap­porte ces chiffres au nom­bre d’habi­tants, la France et l’I­tal­ie ne font plus par­tie des pays les plus accueil­lants de l’U­nion Européenne ». La norme désignée est donc d’égaler les pays qui accueil­lent le plus, indépen­dam­ment du con­texte socio-économique.

On assiste glob­ale­ment à une com­para­i­son biaisée de flux (arrivées de migrants) à un stock (nom­bre d’habitants) dans le but de min­imiser des flux migra­toires qui n’ont jamais pris une telle ampleur.

La baisse des arrivées de clandestins par la méditerranée

L’année 2017 a été mar­quée par une baisse des arrivées de clan­des­tins par la Méditer­ranée, com­par­a­tive­ment au pic de 2015. LCI en con­clut que nous sommes face à « une crise bien plus poli­tique que migra­toire ». « En effet, le nom­bre d’ar­rivées de migrants par la Méditer­ranée tend à baiss­er ». Pour Europe 1, « Si l’U­nion européenne étale actuelle­ment ses désac­cords sur les enjeux migra­toires, ce n’est pas tant à cause de l’in­ten­sité des flux actuels que des bras-de-fer diplo­ma­tiques que se livrent ses Etats mem­bres ». Sur RTL, Olivi­er Duhamel estime que « jamais les européens n’ont été aus­si divisés et incom­pat­i­bles sur la ques­tion migra­toire. C’est un para­doxe parce que la marée migra­toire est aujour­d’hui sous con­trôle, elle est 20 fois moins forte que ce qu’il en était en 2015 ».

Un élé­ment cen­tral n’est jamais rap­pelé : cette baisse des arrivées de clan­des­tins par la méditer­ranée n’a en rien freiné le nom­bre d’arrivées légales et illé­gales d’étrangers en France. La mise en per­spec­tive d’une sit­u­a­tion européenne aboutit à pass­er sous silence la sit­u­a­tion par­ti­c­ulière de la France.

Au fil des argu­men­taires et quelle que soit la réal­ité des chiffres, le mes­sage cul­pa­bil­isant est le même, le pays n’en fait pas assez pour…les migrants. Peu de jour­nal­istes osent se démar­quer de cet argu­men­taire répété ad nau­se­am. Le risque est en effet grand d’apparaitre dans « une posi­tion du repli, elle-même annon­ci­atrice des années 30 », comme le notait le géo­graphe Christophe Guil­ly. Au point de trav­e­s­tir la réal­ité et les faits : quand Le Monde laisse par­ler le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration sans le fil­tre des experts auto-proclamés, celui-ci affirme sans ciller : « il n’y a jamais eu en France autant d’immigrés dans la pop­u­la­tion que main­tenant ». En la matière comme dans d’autres, le vieil adage «  il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints » con­serve toute sa vérité…

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