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Audiovisuel public : les sénateurs LR tentent de reprendre la main après Alloncle

14 juillet 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Deux mois après le rap­port du député Charles Allon­cle, deux séna­teurs LR dégainent leur pro­pre copie sur l’au­dio­vi­suel pub­lic. Plus policée, elle reprend plusieurs con­stats du député UDR tout en prenant soin d’en atténuer la portée politique.

Le rap­port Allon­cle aura au moins réus­si ce que la réforme de Rachi­da Dati n’é­tait jamais par­v­enue à faire : impos­er durable­ment l’au­dio­vi­suel pub­lic dans le débat. Alors que le pro­jet de hold­ing réu­nis­sant France Télévi­sions, Radio France et l’I­NA s’est enlisé au Par­lement, les séna­teurs Cédric Vial et Max Bris­son veu­lent occu­per le ter­rain lais­sé vacant. Leurs propo­si­tions ont fuité le 11 juil­let dans les pages du Monde.

Le contre-pied feutré du Sénat

Les deux élus LR ont piloté un groupe de tra­vail de seize séna­teurs et audi­tion­né à huis clos une quin­zaine de dirigeants, dont la prési­dente de France TV Del­phine Ernotte, la DG de Radio France Sibyle Veil, le directeur général de Canal + Maxime Saa­da, et le prési­dent de l’Ar­com Mar­tin Ajdari. Là où la com­mis­sion de l’Assem­blée avait exposé les con­tra­dic­tions du sys­tème au grand jour, le Sénat revendique la sérénité des échanges privés. « C’est deux Cham­bres, deux ambiances », résume Cédric Vial.

Le con­traste a été soigneuse­ment mis en scène. Allon­cle aurait cher­ché le choc poli­tique, les séna­teurs, eux, apporteraient l’équili­bre et la méth­ode. Une manière com­mode de béné­fici­er de l’é­cho de ses travaux tout en ras­sur­ant les dirigeants de l’au­dio­vi­suel pub­lic, peu séduits par une remise à plat trop bru­tale et donc notam­ment une remise en cause de leurs privilèges.

Réformer, mais sans trop bousculer

Selon les grandes lignes dévoilées par Le Monde, le prérap­port écarte la pri­vati­sa­tion, main­tient les grandes com­péti­tions sportives sur le ser­vice pub­lic et ajoute la « cohé­sion nationale » à ses mis­sions. Il prévoit néan­moins une baisse de 10 % à 15 % des dépens­es de struc­ture et la non-recon­duc­tion d’en­v­i­ron 1 000 équiv­a­lents temps plein.

Les séna­teurs veu­lent aus­si faire de Fran­ce­in­fo le « vais­seau ami­ral » de l’in­for­ma­tion publique, nour­ri par les rédac­tions locales, nationales et inter­na­tionales. La chaîne pour­rait récupér­er le canal de France 3, tan­dis qu’une chaîne linéaire dis­paraî­trait. Une ratio­nal­i­sa­tion réelle, mais envelop­pée de suff­isam­ment de pré­cau­tions pour ne froiss­er personne.

Taxer les plateformes

Côté finance­ment, le tan­dem pro­pose une taxe d’en­v­i­ron 3 % sur les activ­ités d’in­for­ma­tion de YouTube, Tik­Tok et Meta, esti­mant que « pub­lic et privé sont dans le même bateau ». « Le vrai enjeu est la con­cur­rence des GAFAM qui met en péril la sou­veraineté de l’ensem­ble de l’au­dio­vi­suel français », défend Max Bris­son sur X. L’e­sprit du texte est là : moins de remise en cause du périmètre pub­lic, davan­tage de mutu­al­i­sa­tion et de con­tri­bu­tion des plateformes.

« L’âge moyen du téléspec­ta­teur est de 65 ans sur France 2, 67 sur France 3 (…) On per­fuse la télé des retraités avec l’ar­gent des écrans de leurs petits-enfants », tacle le lanceur d’alerte JBG sur X.

LR veut l’effet Alloncle sans l’étiquette

Le choix de dévoil­er ce prérap­port dans Le Monde n’est pas neu­tre. Pour deux élus de cen­tre droit, Le Figaro aurait été le canal naturel. Le quo­ti­di­en du soir per­met plutôt d’af­fich­er une respectabil­ité insti­tu­tion­nelle et de se démar­quer des relais médi­a­tiques d’Al­lon­cle, notam­ment Valeurs actuelles ou Le JDNews. Ce choix illus­tre égale­ment la pré­dom­i­nance struc­turelle de la gauche dans le monde cul­turel et médiatique.

LR tente ain­si de surfer sur la vague sans paraître emporté par elle : recon­naître cer­tains prob­lèmes, pro­pos­er des économies, mais con­tenir la cri­tique poli­tique du ser­vice public.

Notam­ment, la « pri­vati­sa­tion du ser­vice pub­lic », qui était au cœur des révéla­tions des travaux de Charles Allon­cle. « Le pre­mier poste de dépens­es, c’est près d’1 mil­liard par an con­fié aux pro­duc­teurs privés », rap­pelait ain­si JBG, tou­jours sur X. Et d’a­jouter : « le prérap­port n’y touche pas. Envolées, les mesures d’Al­lon­cle qui fai­saient trembler ».

Le séna­teur LR Max Bris­son admet qu’Em­manuel Macron quit­tera l’Élysée sans avoir mené sa grande réforme : « C’est aus­si son échec. » Son con­stat est sévère, mais ses remèdes restent prudem­ment dosés par la cham­bre des nota­bles vieil­lis­sants de la Cinquième République.

Olivi­er Frèrejacques

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