Deux mois après le rapport du député Charles Alloncle, deux sénateurs LR dégainent leur propre copie sur l’audiovisuel public. Plus policée, elle reprend plusieurs constats du député UDR tout en prenant soin d’en atténuer la portée politique.
Le rapport Alloncle aura au moins réussi ce que la réforme de Rachida Dati n’était jamais parvenue à faire : imposer durablement l’audiovisuel public dans le débat. Alors que le projet de holding réunissant France Télévisions, Radio France et l’INA s’est enlisé au Parlement, les sénateurs Cédric Vial et Max Brisson veulent occuper le terrain laissé vacant. Leurs propositions ont fuité le 11 juillet dans les pages du Monde.
Le contre-pied feutré du Sénat
Les deux élus LR ont piloté un groupe de travail de seize sénateurs et auditionné à huis clos une quinzaine de dirigeants, dont la présidente de France TV Delphine Ernotte, la DG de Radio France Sibyle Veil, le directeur général de Canal + Maxime Saada, et le président de l’Arcom Martin Ajdari. Là où la commission de l’Assemblée avait exposé les contradictions du système au grand jour, le Sénat revendique la sérénité des échanges privés. « C’est deux Chambres, deux ambiances », résume Cédric Vial.
Le contraste a été soigneusement mis en scène. Alloncle aurait cherché le choc politique, les sénateurs, eux, apporteraient l’équilibre et la méthode. Une manière commode de bénéficier de l’écho de ses travaux tout en rassurant les dirigeants de l’audiovisuel public, peu séduits par une remise à plat trop brutale et donc notamment une remise en cause de leurs privilèges.
Réformer, mais sans trop bousculer
Selon les grandes lignes dévoilées par Le Monde, le prérapport écarte la privatisation, maintient les grandes compétitions sportives sur le service public et ajoute la « cohésion nationale » à ses missions. Il prévoit néanmoins une baisse de 10 % à 15 % des dépenses de structure et la non-reconduction d’environ 1 000 équivalents temps plein.
Les sénateurs veulent aussi faire de Franceinfo le « vaisseau amiral » de l’information publique, nourri par les rédactions locales, nationales et internationales. La chaîne pourrait récupérer le canal de France 3, tandis qu’une chaîne linéaire disparaîtrait. Une rationalisation réelle, mais enveloppée de suffisamment de précautions pour ne froisser personne.
*Le contre-rapport sur l’audiovisuel public*
🗞️ Le journal @lemondefr évoque ainsi le rapport qui sera publié à l’automne et que je prépare avec @cedricvial et un groupe de travail issu de @lesRep_Senat.
Contrairement à ce qu’affirme le rapport Alloncle, le véritable clivage… pic.twitter.com/jrFGZOcyAw
— Max Brisson (@max_brisson) July 12, 2026
Taxer les plateformes
Côté financement, le tandem propose une taxe d’environ 3 % sur les activités d’information de YouTube, TikTok et Meta, estimant que « public et privé sont dans le même bateau ». « Le vrai enjeu est la concurrence des GAFAM qui met en péril la souveraineté de l’ensemble de l’audiovisuel français », défend Max Brisson sur X. L’esprit du texte est là : moins de remise en cause du périmètre public, davantage de mutualisation et de contribution des plateformes.
« L’âge moyen du téléspectateur est de 65 ans sur France 2, 67 sur France 3 (…) On perfuse la télé des retraités avec l’argent des écrans de leurs petits-enfants », tacle le lanceur d’alerte JBG sur X.
LR veut l’effet Alloncle sans l’étiquette
Le choix de dévoiler ce prérapport dans Le Monde n’est pas neutre. Pour deux élus de centre droit, Le Figaro aurait été le canal naturel. Le quotidien du soir permet plutôt d’afficher une respectabilité institutionnelle et de se démarquer des relais médiatiques d’Alloncle, notamment Valeurs actuelles ou Le JDNews. Ce choix illustre également la prédominance structurelle de la gauche dans le monde culturel et médiatique.
LR tente ainsi de surfer sur la vague sans paraître emporté par elle : reconnaître certains problèmes, proposer des économies, mais contenir la critique politique du service public.
📺🎭 LE SÉNAT VEUT SAUVER LA TÉLÉ DE PAPY — On apprend que deux sénateurs LR travaillent sur un nouveau rapport pour réformer l’audiovisuel public. Ce que j’ai lu est tellement en décalage avec la situation actuelle comme avec les usages que cela méritait quelques lignes de… https://t.co/yWTse6fJtJ pic.twitter.com/k5Allc5k8X
— JBG 🇫🇷 (@j_bg) July 12, 2026
Notamment, la « privatisation du service public », qui était au cœur des révélations des travaux de Charles Alloncle. « Le premier poste de dépenses, c’est près d’1 milliard par an confié aux producteurs privés », rappelait ainsi JBG, toujours sur X. Et d’ajouter : « le prérapport n’y touche pas. Envolées, les mesures d’Alloncle qui faisaient trembler ».
Le sénateur LR Max Brisson admet qu’Emmanuel Macron quittera l’Élysée sans avoir mené sa grande réforme : « C’est aussi son échec. » Son constat est sévère, mais ses remèdes restent prudemment dosés par la chambre des notables vieillissants de la Cinquième République.
Olivier Frèrejacques


