À compter du 1er octobre, les interventions politiques diffusées entre minuit et 5 h 59 ne seront plus prises en compte dans le calcul des temps de parole. Une évolution qui entend rapprocher le contrôle du pluralisme de l’audience réelle des radios et télévisions, à quelques mois de l’élection présidentielle.
Sous le feu des critiques, qui fustigent sa régulation à géométrie variable, l’Arcom lâche-t-elle du lest ?
À neuf mois de l’élection présidentielle, l’Arcom modifie l’une des règles les plus discutées du contrôle du pluralisme audiovisuel. Les radios et les chaînes de télévision ne pourront plus utiliser les diffusions nocturnes pour rééquilibrer les temps de parole des formations politiques. Une pratique régulièrement dénoncée ces dernières années, tant dans le secteur public que privé. L’autorité de régulation met ainsi fin à ce qui s’apparentait à une véritable anomalie en matière de pluralisme, dont les médias abusaient largement.
Une règle qui privilégie désormais l’audience réelle
« Le collège de l’Arcom a décidé (…) de ne plus tenir compte des prises de parole des personnalités politiques diffusées la nuit », a indiqué le régulateur dans son communiqué le 9 juillet. Concrètement, la tranche comprise entre minuit et 5 h 59 sera exclue du décompte des temps de parole à partir du 1er octobre.
Jusqu’à présent, les diffuseurs transmettaient chaque mois leurs relevés à l’Arcom, qui vérifiait a posteriori le respect du principe d’équité entre les différentes formations politiques. Rien n’interdisait cependant de programmer certaines interventions durant la nuit, alors même que les audiences y sont marginales.
Le régulateur justifie donc sa décision par la volonté de rendre son contrôle « plus lisible et proche de l’écoute effective des médias audiovisuels ». Si les plus tatillons diront que la mesure n’est pas parfaite et que certains horaires de diffusion sont plus avantageux que d’autres, il semble néanmoins que la règle devrait être assez largement admise comme raisonnable.
Des précédents à droite… comme à gauche
La mesure intervient après plusieurs polémiques. En 2021, CNews avait été critiquée pour avoir diffusé une partie des interventions du gouvernement et de La France insoumise en pleine nuit.
Plus récemment, Reporters sans frontières, organisation marquée à gauche, avait estimé que la chaîne utilisait les horaires nocturnes pour attribuer une part importante du temps de parole de la gauche, tout en concentrant les représentants de droite et du Rassemblement national sur les tranches les plus exposées.
Le sujet a ressurgi sous un autre angle en juin dernier avec Radio France. Le régulateur a mis le groupe public en demeure après avoir constaté que près de 60 % du temps de parole du RN sur France Inter et plus de 70 % sur France Info avaient été diffusés entre minuit et 5 h 59. Radio France avait invoqué une « erreur technique ».
Ces deux précédents montrent que la pratique dépassait largement une seule chaîne et révélait une faiblesse de la réglementation elle-même.
Une clarification avant 2027
L’Arcom précise qu’elle travaillera « en concertation avec les éditeurs » afin que « leur capacité à accueillir les personnalités politiques et à faire vivre le débat politique ne soit pas affectée ».
Le principe d’équité demeure inchangé, seule sa méthode de contrôle évolue.
Cette clarification devrait réduire les possibilités de compenser artificiellement des déséquilibres constatés en journée par des rediffusions confidentielles au cœur de la nuit. Sans modifier les règles du pluralisme, le régulateur rappelle ainsi qu’un temps de parole n’a réellement de sens que s’il correspond à un temps d’écoute.
À l’approche de la campagne présidentielle, cette évolution apparaît moins comme un durcissement que comme un retour à l’esprit même de la règle : mesurer l’exposition réelle des responsables politiques auprès du public, et non leur simple présence dans les relevés statistiques. Le pluralisme ne se fera donc plus à l’heure des insomniaques.
Olivier Frèrejacques
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