TRIBUNE – L’Arcom a mis en demeure CNews de se conformer à une « exigence d’expression pluraliste ». Derrière cette décision administrative se cache selon Rodolphe Cart une volonté politique claire : sanctionner la chaîne qui a osé parler sans filtre de l’immigration, de l’islamisme, de l’Ukraine, de l’UE et des ratés de l’exécutif. Une restriction liberticide des médias est à craindre pour 2027.
Journaliste indépendant, contributeur aux revues Éléments, Front populaire et Omerta, Rodolphe Cart est l’auteur de l’essai Mélenchon, le bruit et la fureur (éd. La Nouvelle Librairie). Il intervient régulièrement sur le plateau de CNews.
Rappelons les faits : dans une décision diffusée lundi 15 juin sur son site, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a mis en demeure la chaîne d’information en continu CNews de « se conformer à l’exigence d’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion ».
En cause : l’absence régulière « d’expression d’une pluralité de points de vue dans le traitement des principaux thèmes abordés à l’antenne, ainsi que la prédominance globale d’un même cadre d’interprétation de l’actualité et d’un même courant de pensée et d’opinion ».
Une décision inquiétante qui pose question à moins d’un an des présidentielles. L’Arcom a‑t-elle franchi une ligne rouge concernant la liberté d’expression ? Allons-nous vivre une première, dans un pays démocratique, avec la fermeture inique d’une chaîne avant une échéance électorale d’une si grande importance ? En tout cas, tous les signaux sont au rouge…
L’Arcom liste les sujets interdits
Ce n’est pas la première fois que CNews se fait taper sur les doigts par le régulateur. Mais, jusqu’ici, l’Arcom ne s’était jamais prononcée sur la question du pluralisme des courants de pensée et d’opinion au sein d’un média privé, un champ plus large que celui des temps de parole politique (sur lequel Radio France a été mise il y a peu) ou des incidents d’antenne ponctuels. C’est donc une première d’une grande gravité, et, malheureusement, qui va sûrement se multiplier et s’aggraver.
La décision de l’instance de régulation mérite que l’on s’y attarde. On peut y lire une dénonciation de la : « prédominance d’un même cadre d’interprétation de l’actualité, marquée par une focalisation, à travers les questions de sécurité intérieure, sur la menace que représenteraient l’immigration et l’islam pour la société française, la mise en cause, notamment sur ces questions, de l’action de l’exécutif et de l’Union européenne et une forte défiance à l’égard de l’institution judiciaire, outre la critique systématique du parti La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. »
Mais ce n’est pas tout. « La gestion de la guerre (en Ukraine) par l’exécutif français a été vivement mise en cause sous deux angles récurrents : soit en critiquant les aides financières à Kiev au motif qu’il existerait des problèmes plus importants (sécurité, immigration ou “islamisme”), soit en présentant les déclarations du gouvernement comme indûment alarmistes et de nature à instrumentaliser un sentiment de peur au sein de la population française », écrit l’Arcom.
Au moins, nous pouvons remercier l’autorité de Martin Adjari de dresser la liste des sujets censurés en France. Islamisme, Ukraine, Union européenne, action du gouvernement, immigration et insécurité : voilà tous les thèmes « interdits » et dont il ne faut parler qu’avec le petit doigt sur la couture. Circulez, vous n’avez plus votre mot à dire !
L’Arcom cherche à freiner l’ascension de la chaîne
CNews dérange. CNews est un poil à gratter dont certains, en haut lieu, voudraient bien se débarrasser. Le succès de la chaîne perturbe tout un écosystème politico-médiatique habitué à sa mainmise complète sur le traitement de l’information en France. Voilà pourquoi ce système hausse le ton et se défend si autoritairement.
Or, cette époque est révolue. Tous les sondages récents le démontrent : l’immense majorité des Français se méfie de plus en plus des médias. Comment expliquer autrement l’engouement populaire autour de la dernière commission d’enquête sur l’audiovisuel public, menée de main de maître par Charles Alloncle ? Comment expliquer que des journalistes comme Christine Kelly, Pascal Praud ou Gauthier Le Bret jouissent d’une telle popularité ? Comment comprendre que CNews soit devenue la première chaîne d’information de France en 2025, devant son grand rival BFMTV ?
Cette décision est avant tout un acharnement. Cela fait des années que l’Arcom cherche à freiner l’irrésistible ascension de la chaîne. Ce succès est d’une logique implacable : CNews fut la première grande chaîne à parler du quotidien du Français sans ce déni si coutumier des autres médias. Les Français s’y sont retrouvés, et ils ont eu pour la première fois l’impression qu’on leur parlait sans haine, et surtout sans cette morgue qui caractérise si bien un certain milieu germanopratin pour le reste du peuple.
« En France, il est de plus en plus dangereux d’oser dire certaines vérités et de mettre en lumière certains faits. »
Or, pour abattre son chien, il faut l’accuser d’avoir la rage. La manœuvre est bien connue. Que reproche-t-on à CNews ? De ne pas avoir de muselière et de ne pas répondre au doigt et à l’œil. Ces dernières années, en France, il est de plus en plus dangereux d’oser dire certaines vérités et de mettre en lumière certains faits. CNews l’a fait, et c’est pour cela qu’on la punit aujourd’hui.
Si on retrouve toujours les mêmes accoudés au crachoir pour déverser leur haine sur la chaîne, n’oublions pas de mentionner le Centre, qui, bien caché derrière les vitupérations des matamores de gauche, acquiesce en ne pipant mot. Si le Centre est un élastique qui peut s’élargir ou se rétracter selon les circonstances, n’oublions pas que son barycentre penche largement à gauche, notamment par soumission au magistère moral du « camp du bien ».
Un succès qui dérange
Que reproche-t-on en réalité à CNews ? Son succès massif, mais surtout d’être le porte-voix d’un ras-le-bol populaire trop longtemps calomnié. En clair, de ne pas suivre la doxa dominante.
Son succès se mesure au nombre de téléspectateurs, certes, mais aussi sur quelque chose de plus profond : cette chaîne ne ressemble à aucune autre. Ne soyons pas dupes : les démocraties d’Europe de l’Ouest sont malades. Malade d’un manque de liberté d’expression criant, et dont l’unanimisme des médias centraux est un symptôme visible par tous. Il faut alors que CNews se range sur les sujets évoqués précédemment ou se taise, car le pluralisme est devenu un gros mot dans la France de Macron.
Marcel Gauchet : “Le problème de l’Arcom est qu’elle est la gardienne d’un bien public, à savoir la disponibilité d’un nombre limité de canaux d’émission. C’est ce qui justifie son rôle de veille au bon usage de ce bien rare qu’il lui revient de distribuer. Après, ce qui doit… pic.twitter.com/udTGbsbXRr
— Arthur de Watrigant (@WatrigantArthur) June 15, 2026
Dans un entretien avec L’Incorrect, Marcel Gauchet dit tout : « La doctrine de l’Arcom a ceci d’absurde que, prise à la lettre, elle reviendrait à leur demander (aux médias) de dire tous la même chose. Un média peut être engagé et honnête, c’est le point qui demande à être contrôlé et c’est le seul. (…) Pour le reste, la liberté des commentaires et des points de vue doit être totale. Autant le pluralisme interne doit être de règle dans les médias publics, autant dans les médias privés, il n’a pas de sens. (…) Son cahier des charges a été très mal défini, comme c’est le cas de la plupart de ces autorités prétendument « indépendantes » qui ne sont que le faux nez d’un consensus oligarchique. »
« Nos dirigeants aiment se raconter de belles histoires. »
Nos dirigeants aiment se raconter de belles histoires. Si les peuples se rebiffent partout en Occident, ce n’est pas qu’ils ont de bonnes raisons de le faire ou de le penser, mais c’est parce qu’ils sont manipulés. Il faut alors attribuer la montée des colères contemporaines à des chaînes d’information comme CNews, à des éditorialistes « sulfureux » ou à des partis politiques qui « souffleraient sur les braises ». On connaît désormais bien la musique.
Or, ni les passions politiques ni les colères populaires n’ont attendu CNews pour exister ou se cristalliser. La vérité est bien plus cruelle : la classe dirigeante française actuelle ne comprend plus le peuple français, et ce dernier veut sa vengeance. Les sécessions électorales (Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002), les poussées antioligarchiques (refus du TCE en 2005), les révoltes contre les partis de gouvernement (dénonciation du “système UMPS”), les refus de l’ordre établi (Bonnets rouges, Gilets jaunes) appartiennent à l’histoire de notre pays, sans que CNews ait joué un rôle dans ces évènements. Vouloir faire de CNews la cause principale de ces convulsions revient donc à prendre le thermomètre pour la fièvre.
Voir aussi : Apoplexie dans les médias dominants : le JD News appelle à renouer avec la Russie
Fermer CNews avant 2027
Enfin, prenons un peu de recul. À mesure que nous nous rapprochons de la présidentielle de 2027, les vents pour la liberté d’expression et d’information sont mauvais. Il ne faut pas se voiler la face : la censure sur internet ou dans les médias traditionnels (presse, télévision, etc.) plane sur la prochaine élection présidentielle.
🚨 Mon article sur l’Affaire Xenia Fedorova.
⤵️⤵️⤵️ https://t.co/Z16je0dE2p
— Rodolphe Cart 🇨🇵 (@RodolpheCart) June 9, 2026
La récente cabale contre Xenia Fedorova le démontre : il y a un plan pour aboutir à la fermeture de CNews, et cela le plus rapidement possible. Certains le demandent déjà à haute voix, d’autres s’activent dans l’ombre pour arriver à leur fin. Disons-le franchement : il existe une conspiration anti-CNews.
Il faudra retenir une chose des deux mandats d’Emmanuel Macron : de la lutte contre la désinformation à la régulation des algorithmes, un glissement sans précédent s’est opéré. En qualifiant récemment la liberté d’expression de « pure bullshit », Macron a démontré que l’Europe se range du côté de la régulation croissante de la parole publique, de la censure préventive de la liberté d’expression, et de la répression directe des paroles autres que celles des gouvernements.
Cette décision de l’Arcom est le signe annonciateur que nous sommes en train de vivre une bascule terrible. Celle d’un pouvoir fermé sur lui-même et convaincu que la parole libre doit être encadrée, filtrée, corrigée, pour la rendre compatible avec une certaine vision pro-européenne, anti-populaire et multiculturaliste.
Rodolphe Cart

