Mathieu Pigasse était l’invité de Léa Salamé samedi soir dans Quelle époque ! Le personnage est influent, mais encore relativement méconnu du grand public. Par cette présence médiatique, il cherche à s’installer de manière incontournable dans le paysage de la prochaine élection présidentielle.
« Banquier d’affaires le jour et patron de médias la nuit » : la bio est déjà taillée. Ce 6 juin sur le plateau de Quelle époque, émission du service public, Mathieu Pigasse était en terrain favorable. Interrogé par Léa Salamé et Hugo Clément, il a été soumis à la contradiction de quelques invités, notamment Daniel Riolo et le ministre de l’Économie Roland Lescure.
Ce mix de questions préparées des journalistes et de réactions spontanées des invités a eu le mérite de préciser son positionnement et ses ambitions. Car les rumeurs bruissent autour de lui : le 30 avril dernier, le JDD révélait que les noms de domaine pigasse2027.fr et avecpigasse2027.fr avaient été réservés. « Je suis prêt à être utile », soufflait-il aussi le 29 mai dans les colonnes du Parisien.
Être banquier d’affaires et homme de gauche
Alors sans surprise, il fait l’actualité : ainsi a‑t-il d’abord interrogé sur le très lucratif contrat de restructuration de la dette du Venezuela qu’il a décroché l’hiver dernier auprès de l’administration Trump. Cette information étonnante a été révélée par le Wall Street Journal.
Cette première séquence a mis en évidence la contradiction que M. Pigasse doit affronter et voudrait dépasser : comment concilier son métier de banquier d’affaires avec son positionnement à gauche – et l’exigence sociale de ceux dont il cherche le soutien ?
« Mon rôle, ma mission, c’est d’aider des populations qui sont asphyxiées ou étouffées par la dette, parce qu’au fond ce sont toujours les mêmes qui payent la dette, c’est pas les riches, c’est les plus vulnérables et les plus pauvres », s’est-il justifié. « Mon rôle c’est d’aller négocier contre, lutter contre les banques et les institutions financières, le plus souvent américaines, qui contrôlent la dette du Venezuela ». M. Pigasse soutient ensuite que l’attribution de ce marché est une décision des autorités vénézuéliennes souveraines et qu’il n’a eu aucun contact avec l’administration américaine.
« Dire que le Venezuela est un état souverain, pardon mais personne n’y croit », lui a rétorqué Hugo Clément : « un état souverain avec un pistolet sur la tempe, où à tout moment la présidente sait qu’elle peut se faire enlever par les forces spéciales américaines ». Visiblement, le plaidoyer de Pigasse reste vulnérable : « Moi, j’ai toujours été assez impressionné par le parcours de Matthieu », a concédé avec familiarité Roland Lescure, avant d’embrayer : « Donner l’impression qu’on est banquier d’affaires uniquement pour sauver la veuve et l’orphelin, qu’on est le Robin des Bois de la finance mondiale, il faut aller un peu plus loin. »
Le Bolloré de gauche ?
Pigasse, déjà pris dans ses contradictions ? Hugo Clément a dénoncé chez lui un « grand écart », le banquier qualifiant Vincent Bolloré « d’extrême-droite » tout en usant de la régie publicitaire de ce dernier pour Radio Nova. « Il y a un cynisme terrible », enfonçait Riolo : « Pigasse est sans arrêt en train de taper sur Bolloré, mais bon, pour le business, ça colle. »
À en croire l’intéressé, ses valeurs de gauche sont supérieures à ses intérêts financiers et son expérience de banquier lui donne « compétence et crédibilité ». Une réponse qui enthousiasmera Léa Salamé, y voyant un aveu de candidature.
Salamé incapable de retenir son hystérie au moment où elle considère que Pigasse confirme sa candidature à la présidentielle.
Énorme malaise. pic.twitter.com/8TgAaFEgUp
— Maud Koffler (@MaudPK) June 7, 2026
Reste que sur la forme, il fait face à la contradiction avec une certaine raideur. Pour réfuter les arguments, il emploie fréquemment un argument d’autorité, non dénué d’arrogance : « il faut savoir de quoi l’on parle ». Lui manifestement sait, mais les autres ignorent aussi bien que lui. C’est finalement Léa Salamé qui l’aidera en lançant la séquence suivante sur Radio Nova.
Le virage politique de Radio Nova
Radio Nova, en deux ans, c’est +400 % d’audience et la première radio de France sur la tranche du dimanche soir. De quoi redonner le sourire à Mathieu Pigasse qui a vanté « la liberté éditoriale totale » de sa radio. « Le fait qu’il s’agit d’une radio qui dit quelque chose de l’air du temps, qui a toujours été à la marge et dans la contre-culture », explique-t-il : « Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’elle dit sur l’ouverture et la diversité, l’ouverture entre les générations et les cultures, les émissions engagées et les humoristes, ou l’émission dont j’aime beaucoup le nom, les grands remplaçants ».
Puis l’invité est laissé aux bons soins de Hugo Clément, évoquant plusieurs personnalités ayant vertement critiqué le virage politique opéré sur Radio Nova : d’abord Ariel Wizman, ancien animateur de la radio, qui s’est attaqué dans Le Figaro à l’antenne, qui « tape sur les petits, les rabaissés, les amers, systématiquement traités de fachos, les entrepreneurs fachos aussi, les juifs fachos aussi, les autres comiques, même femmes, même racisés, fachos aussi ! ». Ensuite, Caroline Fourest, qui estime que « Pigasse, c’est le Bolloré de Mélenchon, Radio Nova, il en a fait Radio Gaza et maintenant Radio Dieudonné ». Enfin, Tristane Banon, qui, dans Les Échos, a fustigé un « patron du groupe de presse Combat » qui « cautionne un antisémitisme pur et dur sous couvert de gaudriole ».
« Ces attaques viennent toutes de personnalités issues du printemps républicain, qui est devenu un groupuscule identitaire qui utilise les méthodes de l’extrême-droite », a riposté Pigasse. « Caroline. Fourest, je pense qu’elle est partie tellement loin à droite que, effectivement, elle ne doit pas être loin de l’extrême-droite ».
Des propos jugés inacceptables par Roland Lescure : « le réflexe qui consiste à dire, tout ceux qui ne pensent pas comme moi sont d’extrême-droite, est un réflexe extrêmement dangereux » et « la manière dont vous disqualifiez Caroline Fourest n’est pas au niveau ». Comme quoi, l’excuse de l’extrême-droite passe de moins en moins.
Mathieu Pigasse sera aussi interrogé sur le pluralisme à l’antenne. Un non-sujet selon lui : l’engagement à gauche, la présence revendiquée de ses médias dans la bataille culturelle, et « la ligne éditoriale qui est la nôtre » expliquent l’absence de voix différentes sur Radio Nova.
J’ai jamais vu un mec avec autant de haine que Matthieu Pigasse pic.twitter.com/c2i3rAK1zQ
— Tony Pittaro (@TonyPittaro) June 7, 2026
Ses ambitions politiques
Il fallait toutefois un clou au spectacle. Dans une troisième séquence, Léa Salamé a interrogé le banquier sur ses ambitions politiques et présidentielles. Pigasse s’en est d’abord tenu à un discours convenu : « Je considère que l’urgence pour la gauche aujourd’hui, ce n’est pas le candidat ou la candidate, c’est le projet, il faut une ambition, une vision, un souffle. »
Il ressassera ensuite son envie de « radicalité ». Pour contribuer au projet de la gauche, le patron citera trois idées : entendre et comprendre le besoin de radicalité qui s’exprime dans la société, le volontarisme et le rejet du discours fataliste selon lequel rien n’est possible, enfin la nécessité d’un « projet de transformation radicale », c’est-à-dire en profondeur. Depuis au moins 2012 et son livre « Révolution », Pigasse se rêve en révolutionnaire.
Pourtant, ses idées ne sont pas nouvelles. On trouve dans son propos des principes éculés de taxation et de redistribution massive : augmentation du SMIC de 20 % avec échelle mobile des salaires, partage des richesses, mise en place d’une taxation sur les ultra-riches (taxe Zucman), et d’un impôt sur les très grandes successions.
Alors qu’est-ce qui le distinguerait véritablement de Jean-Luc Mélenchon ? Trois choses, selon lui : il est un Européen convaincu, il ne veut pas sortir du nucléaire, il considère que l’union de la gauche et qu’un candidat unique sont nécessaires. Selon Léa Salamé, il s’agirait là de l’ébauche d’un programme d’une personne qui a très envie de se présenter.
Dès le lendemain, M. Pigasse signait une tribune très politique, sonnant comme un appel à la mobilisation contre « l’extrême-droite » : « Nous ne resterons pas spectateurs du chaos. » Une menace ?
Francesco Bargolino
Voir aussi : Accusations de « propagande » : pour défendre Fedorova, Villiers s’attaque à Glucksmann

