Accueil E Veille médias E Matthieu Pigasse : un banquier et patron de médias radical pour 2027 ?

Matthieu Pigasse : un banquier et patron de médias radical pour 2027 ?

10 juin 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

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Math­ieu Pigasse était l’invité de Léa Salamé same­di soir dans Quelle époque ! Le per­son­nage est influ­ent, mais encore rel­a­tive­ment mécon­nu du grand pub­lic. Par cette présence médi­a­tique, il cherche à s’in­staller de manière incon­tourn­able dans le paysage de la prochaine élec­tion présidentielle.

« Ban­quier d’affaires le jour et patron de médias la nuit » : la bio est déjà tail­lée. Ce 6 juin sur le plateau de Quelle époque, émis­sion du ser­vice pub­lic, Math­ieu Pigasse était en ter­rain favor­able. Inter­rogé par Léa Salamé et Hugo Clé­ment, il a été soumis à la con­tra­dic­tion de quelques invités, notam­ment Daniel Rio­lo et le min­istre de l’É­conomie Roland Lescure.

Ce mix de ques­tions pré­parées des jour­nal­istes et de réac­tions spon­tanées des invités a eu le mérite de pré­cis­er son posi­tion­nement et ses ambi­tions. Car les rumeurs bruis­sent autour de lui : le 30 avril dernier, le JDD révélait que les noms de domaine pigasse2027.fr et avecpigasse2027.fr avaient été réservés. « Je suis prêt à être utile », souf­flait-il aus­si le 29 mai dans les colonnes du Parisien.

Être banquier d’affaires et homme de gauche

Alors sans sur­prise, il fait l’ac­tu­al­ité : ain­si a‑t-il d’abord inter­rogé sur le très lucratif con­trat de restruc­tura­tion de la dette du Venezuela qu’il a décroché l’hiv­er dernier auprès de l’ad­min­is­tra­tion Trump. Cette infor­ma­tion éton­nante a été révélée par le Wall Street Jour­nal.

Cette pre­mière séquence a mis en évi­dence la con­tra­dic­tion que M. Pigasse doit affron­ter et voudrait dépass­er : com­ment con­cili­er son méti­er de ban­quier d’af­faires avec son posi­tion­nement à gauche – et l’ex­i­gence sociale de ceux dont il cherche le soutien ?

« Mon rôle, ma mis­sion, c’est d’aider des pop­u­la­tions qui sont asphyx­iées ou étouf­fées par la dette, parce qu’au fond ce sont tou­jours les mêmes qui payent la dette, c’est pas les rich­es, c’est les plus vul­nérables et les plus pau­vres », s’est-il jus­ti­fié. « Mon rôle c’est d’aller négoci­er con­tre, lut­ter con­tre les ban­ques et les insti­tu­tions finan­cières, le plus sou­vent améri­caines, qui con­trô­lent la dette du Venezuela ». M. Pigasse sou­tient ensuite que l’at­tri­bu­tion de ce marché est une déci­sion des autorités vénézuéli­ennes sou­veraines et qu’il n’a eu aucun con­tact avec l’ad­min­is­tra­tion américaine.

« Dire que le Venezuela est un état sou­verain, par­don mais per­son­ne n’y croit », lui a rétorqué Hugo Clé­ment : « un état sou­verain avec un pis­to­let sur la tempe, où à tout moment la prési­dente sait qu’elle peut se faire enlever par les forces spé­ciales améri­caines ». Vis­i­ble­ment, le plaidoy­er de Pigasse reste vul­nérable : « Moi, j’ai tou­jours été assez impres­sion­né par le par­cours de Matthieu », a con­cédé avec famil­iar­ité Roland Les­cure, avant d’embrayer : « Don­ner l’im­pres­sion qu’on est ban­quier d’af­faires unique­ment pour sauver la veuve et l’or­phe­lin, qu’on est le Robin des Bois de la finance mon­di­ale, il faut aller un peu plus loin. »

Le Bolloré de gauche ?

Pigasse, déjà pris dans ses con­tra­dic­tions ? Hugo Clé­ment a dénon­cé chez lui un « grand écart », le ban­quier qual­i­fi­ant Vin­cent Bol­loré « d’ex­trême-droite » tout en usant de la régie pub­lic­i­taire de ce dernier pour Radio Nova. « Il y a un cynisme ter­ri­ble », enfonçait Rio­lo : « Pigasse est sans arrêt en train de taper sur Bol­loré, mais bon, pour le busi­ness, ça colle. »

À en croire l’in­téressé, ses valeurs de gauche sont supérieures à ses intérêts financiers et son expéri­ence de ban­quier lui donne « com­pé­tence et crédi­bil­ité ». Une réponse qui ent­hou­si­as­mera Léa Salamé, y voy­ant un aveu de candidature.

Reste que sur la forme, il fait face à la con­tra­dic­tion avec une cer­taine raideur. Pour réfuter les argu­ments, il emploie fréquem­ment un argu­ment d’au­torité, non dénué d’ar­ro­gance : « il faut savoir de quoi l’on par­le ». Lui man­i­feste­ment sait, mais les autres ignorent aus­si bien que lui. C’est finale­ment Léa Salamé qui l’aidera en lançant la séquence suiv­ante sur Radio Nova.

Le virage politique de Radio Nova

Radio Nova, en deux ans, c’est +400 % d’au­di­ence et la pre­mière radio de France sur la tranche du dimanche soir. De quoi redonner le sourire à Math­ieu Pigasse qui a van­té « la lib­erté édi­to­ri­ale totale » de sa radio. « Le fait qu’il s’ag­it d’une radio qui dit quelque chose de l’air du temps, qui a tou­jours été à la marge et dans la con­tre-cul­ture », explique-t-il : « Ce qui m’in­téresse, c’est ce qu’elle dit sur l’ou­ver­ture et la diver­sité, l’ou­ver­ture entre les généra­tions et les cul­tures, les émis­sions engagées et les humoristes, ou l’émis­sion dont j’aime beau­coup le nom, les grands remplaçants ».

Puis l’in­vité est lais­sé aux bons soins de Hugo Clé­ment, évo­quant plusieurs per­son­nal­ités ayant verte­ment cri­tiqué le virage poli­tique opéré sur Radio Nova : d’abord Ariel Wiz­man, ancien ani­ma­teur de la radio, qui s’est attaqué dans Le Figaro à l’an­tenne, qui « tape sur les petits, les rabais­sés, les amers, sys­té­ma­tique­ment traités de fachos, les entre­pre­neurs fachos aus­si, les juifs fachos aus­si, les autres comiques, même femmes, même racisés, fachos aus­si ! ». Ensuite, Car­o­line Fourest, qui estime que « Pigasse, c’est le Bol­loré de Mélen­chon, Radio Nova, il en a fait Radio Gaza et main­tenant Radio Dieudon­né ». Enfin, Tris­tane Banon, qui, dans Les Échos, a fustigé un « patron du groupe de presse Com­bat » qui « cau­tionne un anti­sémitisme pur et dur sous cou­vert de gau­dri­ole ».

« Ces attaques vien­nent toutes de per­son­nal­ités issues du print­emps répub­li­cain, qui est devenu un grou­pus­cule iden­ti­taire qui utilise les méth­odes de l’ex­trême-droite », a riposté Pigasse. « Car­o­line. Fourest, je pense qu’elle est par­tie telle­ment loin à droite que, effec­tive­ment, elle ne doit pas être loin de l’ex­trême-droite ».

Des pro­pos jugés inac­cept­a­bles par Roland Les­cure : « le réflexe qui con­siste à dire, tout ceux qui ne pensent pas comme moi sont d’ex­trême-droite, est un réflexe extrême­ment dan­gereux » et « la manière dont vous dis­qual­i­fiez Car­o­line Fourest n’est pas au niveau ». Comme quoi, l’ex­cuse de l’ex­trême-droite passe de moins en moins.

Math­ieu Pigasse sera aus­si inter­rogé sur le plu­ral­isme à l’an­tenne. Un non-sujet selon lui : l’en­gage­ment à gauche, la présence revendiquée de ses médias dans la bataille cul­turelle, et « la ligne édi­to­ri­ale qui est la nôtre » expliquent l’ab­sence de voix dif­férentes sur Radio Nova.

Ses ambitions politiques

Il fal­lait toute­fois un clou au spec­ta­cle. Dans une troisième séquence, Léa Salamé a inter­rogé le ban­quier sur ses ambi­tions poli­tiques et prési­den­tielles. Pigasse s’en est d’abord tenu à un dis­cours con­venu : « Je con­sid­ère que l’ur­gence pour la gauche aujour­d’hui, ce n’est pas le can­di­dat ou la can­di­date, c’est le pro­jet, il faut une ambi­tion, une vision, un souf­fle. »

Il ressas­sera ensuite son envie de « rad­i­cal­ité ». Pour con­tribuer au pro­jet de la gauche, le patron cit­era trois idées : enten­dre et com­pren­dre le besoin de rad­i­cal­ité qui s’ex­prime dans la société, le volon­tarisme et le rejet du dis­cours fatal­iste selon lequel rien n’est pos­si­ble, enfin la néces­sité d’un « pro­jet de trans­for­ma­tion rad­i­cale », c’est-à-dire en pro­fondeur. Depuis au moins 2012 et son livre « Révo­lu­tion », Pigasse se rêve en révolutionnaire.

Pour­tant, ses idées ne sont pas nou­velles. On trou­ve dans son pro­pos des principes éculés de tax­a­tion et de redis­tri­b­u­tion mas­sive : aug­men­ta­tion du SMIC de 20 % avec échelle mobile des salaires, partage des richess­es, mise en place d’une tax­a­tion sur les ultra-rich­es (taxe Zuc­man), et d’un impôt sur les très grandes successions.

Alors qu’est-ce qui le dis­tinguerait véri­ta­ble­ment de Jean-Luc Mélen­chon ? Trois choses, selon lui : il est un Européen con­va­in­cu, il ne veut pas sor­tir du nucléaire, il con­sid­ère que l’u­nion de la gauche et qu’un can­di­dat unique sont néces­saires. Selon Léa Salamé, il s’a­gi­rait là de l’ébauche d’un pro­gramme d’une per­son­ne qui a très envie de se présenter.

Dès le lende­main, M. Pigasse sig­nait une tri­bune très poli­tique, son­nant comme un appel à la mobil­i­sa­tion con­tre « l’ex­trême-droite » : « Nous ne res­terons pas spec­ta­teurs du chaos. » Une menace ?

Francesco Bar­goli­no

Voir aus­si : Accu­sa­tions de « pro­pa­gande » : pour défendre Fedoro­va, Vil­liers s’attaque à Glucksmann

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