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Assises de Tours : Radio France couronné dans le huis clos du milieu

15 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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En pleine con­tes­ta­tion de l’audiovisuel pub­lic, les Assis­es du jour­nal­isme de Tours ont décerné leur Grand Prix à la cel­lule inves­ti­ga­tion de Radio France. Au-delà du trophée, l’événement a surtout révélé un petit monde médi­a­tique se célébrant lui-même, entre prix, expo­si­tions et débats très balisés.

Le sym­bole n’a échap­pé à per­son­ne. Alors que Radio France est, comme l’ensemble du ser­vice pub­lic, sous pres­sion poli­tique et budgé­taire, sa cel­lule inves­ti­ga­tion a reçu le 9 avril dernier le Grand Prix du jour­nal­isme Michèle-Léri­don pour ses enquêtes sur les eaux minérales, les laits infan­tiles ou les « pol­lu­ants éter­nels ». L’information n’a rien d’anodin : le jury était présidé cette année par Fab­rice Arfi, co-respon­s­able du pôle enquêtes de Médi­a­part.

Dif­fi­cile de ne pas voir dans cette récom­pense une réponse à la séquence très com­pliquée pour l’audiovisuel pub­lic, notam­ment avec la com­mis­sion d’enquête qui a éclaboussé l’institution à l’Assemblée nationale.

Radio France célébré, le service public sanctifié

Sur le papi­er, la récom­pense salue un tra­vail d’enquête au long cours. Dans les faits, elle per­met aus­si de réaf­firmer une idée chère aux Assis­es : celle d’un audio­vi­suel pub­lic investi d’une mis­sion presque sacrée. Benoît Col­lom­bat, patron de la cel­lule inves­ti­ga­tion, s’est félic­ité d’un prix con­fir­mant le rôle « irrem­plaçable » du ser­vice pub­lic. Le choix du jury n’a donc pas seule­ment dis­tin­gué une rédac­tion : il a aus­si validé un réc­it, celui d’un secteur pub­lic qu’il faudrait défendre autant que juger.

Le reste du pal­marès pro­longe cette impres­sion d’entre-soi idéologique. Le prix du pub­lic de la pho­to de presse est revenu à Thibault Izoret pour une pho­togra­phie pub­liée sur Blast ; le prix du livre de jour­nal­isme à Arthur Sar­radin, col­lab­o­ra­teur réguli­er de Radio France, le prix enquête et reportage à Hélène Lam Trong pour Inside Gaza, copro­duit par Arte, la RTBF et Fact­sto­ry, le prix du livre de recherche à Ade­line Wrona.

Un festival de la profession plus qu’un vrai pluralisme

Pris séparé­ment, rien d’illégitime. Pris ensem­ble, ces choix dessi­nent un périmètre cul­turel et médi­a­tique remar­quable­ment homogène.

Les Assis­es ne se lim­i­taient pas à la remise des prix. Le pro­gramme offi­ciel annonçait plus de 300 inter­venants, 80 débats, qua­tre soirées grand pub­lic, un « baromètre social », un baromètre Viavoice sur « l’utilité du jour­nal­isme », ain­si qu’une série d’expositions, notam­ment sur Patrick Chau­v­el, sur l’histoire de la carte de presse et sur les 200 ans du Figaro. La clô­ture, elle, por­tait sur « l’audiovisuel pub­lic, l’heure de vérité », avec Patrick Cohen, Agnès Vahrami­an, Nathalie Sonnac, Stéphane Robert et Sophie Tail­lé-Polian, députée mem­bre du micro-par­ti Généra­tion de Benoît Hamon.

Reductio ad Cnewsum

Le pro­gramme lui-même don­nait le ton : ouver­ture sur « La vérité selon Trump et ses con­séquences », débats sur les « désor­dres infor­ma­tion­nels », sur les procé­dures-bâil­lons ou sur la bataille informationnelle.

Bien sûr, la diver­sité affichée ressem­ble davan­tage à une plu­ral­ité interne du même monde qu’à une véri­ta­ble con­fronta­tion extérieure… Jusqu’à ce qu’un inci­dent survi­enne avec la jour­nal­iste Khadi­ja Toufik, qui pige notam­ment au Média, proche de LFI, qui a accusé France Info de pren­dre « un virage très à droite » lors d’un débat sur le thème de « l’utilité du jour­nal­isme », affir­mant avoir été vic­time de « har­cèle­ment » lors de son pas­sage dans l’entreprise publique. Des griefs récur­rents ces derniers mois provenant de la gauche médi­a­tique, France Info étant accusé de men­er une course à l’au­di­ence avec CNews et d’avoir débauché des anciens de la chaîne de Vin­cent Bol­loré (notam­ment depuis sep­tem­bre 2025 le tan­dem Nathan Devers/Paul Melun et la présen­ta­trice Claire-Élis­a­beth Beaufort).

Une attaque qui en dis­ait long sur un univers intel­lectuel très codé, où les men­aces sem­blent tou­jours venir du même côté et où la pro­fes­sion se met volon­tiers en scène comme dernier rem­part civique.

Au fond, c’est peut-être cela que dis­ent ces Assis­es 2026. En con­sacrant Radio France au moment même où le groupe pub­lic tra­verse la tour­mente, Tours n’a pas seule­ment récom­pen­sé une rédac­tion : le milieu s’est ras­suré lui-même. Et, dans ce genre de céna­cle, la remise des prix ressem­ble par­fois moins à un juge­ment qu’à une accolade.

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