Le groupe M6 vient d’ouvrir sur M6+ un « corner » Society+, gratuit, dédié à des documentaires dits « premium ». Un choix éditorial qui interroge : au moment où M6 annonce un plan d’économies massif, il externalise une partie de sa promesse « info-docu » vers un label au tropisme idéologique marqué très à gauche.
M6+ muscle son catalogue « documentaire » : depuis le 18 février, la plateforme met en avant un espace Society+ présenté comme un « écrin » de films et séries d’enquête, accessible sans surcoût.
Ce partenariat entre la chaîne et le groupe qui a lancé de nombreuses revues, avec un certain succès en dépit de la crise du papier, coïncide avec une période de régime budgétaire.
Un « corner » gratuit, mais une marque éditoriale très située
Sur le papier, l’opération est simple : M6+ accueille Society+ et revendique un catalogue « premium » de documentaires français et européens. Society+ est la déclinaison en vidéo à la demande du magazine Society, lancée par SoPress avec VOD Factory, et positionnée sur le documentaire de création et d’enquête.
Le sujet n’est pas la qualité intrinsèque de certains films, mais la cohérence éditoriale : Society s’est construit sur une grammaire « sociétale » et militante, souvent à rebours d’une approche plus pluraliste du réel. En intégrant ce label comme « marque » au sein d’une offre grand public, M6 prend le risque d’importer un biais de sélection.
Un partenariat en pleine cure d’amaigrissement
L’annonce correspond au début d’une période de diète pour M6. La veille de celle-ci, un plan d’économies de 80 millions d’euros d’ici à 2030 était annoncé, au nom d’un marché publicitaire jugé dégradé et des gains attendus via l’IA. Dans ce contexte, l’arrivée d’un « corner » éditorialisé peut aussi se lire comme une stratégie à coût maîtrisé : enrichir vite, occuper l’espace streaming, sans assumer en interne l’intégralité du risque de production et notamment de salaires coûteux.
Autrement dit : M6 veut du documentaire « qui fait sérieux », mais sous-traité, avec l’avantage marketing d’un label déjà identifié.
Society et Hanouna : la cohabitation des contraires
Dernier angle, plus politique : M6 doit désormais gérer une cohabitation interne improbable entre, d’un côté, une culture So Press/Society très progressiste et ancrée à gauche, et de l’autre la logique de divertissement incarnée par Cyril Hanouna au sein du groupe. M6 a d’ailleurs mis en avant les performances d’audience de W9 depuis son arrivée, signe que la stratégie commerciale demeure prioritaire. À force d’empiler des signatures incompatibles, M6 court un risque : celui de ne plus être lisible.
Voir aussi : Society ? Militantisme à bâbord toute !
Rodolphe Chalamel

