M6+ déroule le tapis rouge à Society+… au moment où le groupe serre les coûts

26 février 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Le groupe M6 vient d’ouvrir sur M6+ un « cor­ner » Soci­ety+, gra­tu­it, dédié à des doc­u­men­taires dits « pre­mi­um ». Un choix édi­to­r­i­al qui inter­roge : au moment où M6 annonce un plan d’économies mas­sif, il exter­nalise une par­tie de sa promesse « info-docu » vers un label au tro­pisme idéologique mar­qué très à gauche.

M6+ mus­cle son cat­a­logue « doc­u­men­taire » : depuis le 18 févri­er, la plate­forme met en avant un espace Soci­ety+ présen­té comme un « écrin » de films et séries d’enquête, acces­si­ble sans surcoût.

Ce parte­nar­i­at entre la chaîne et le groupe qui a lancé de nom­breuses revues, avec un cer­tain suc­cès en dépit de la crise du papi­er, coïn­cide avec une péri­ode de régime budgétaire.

Un « corner » gratuit, mais une marque éditoriale très située

Sur le papi­er, l’opération est sim­ple : M6+ accueille Soci­ety+ et revendique un cat­a­logue « pre­mi­um » de doc­u­men­taires français et européens. Soci­ety+ est la décli­nai­son en vidéo à la demande du mag­a­zine Soci­ety, lancée par SoPress avec VOD Fac­to­ry, et posi­tion­née sur le doc­u­men­taire de créa­tion et d’enquête.

Le sujet n’est pas la qual­ité intrin­sèque de cer­tains films, mais la cohérence édi­to­ri­ale : Soci­ety s’est con­stru­it sur une gram­maire « socié­tale » et mil­i­tante, sou­vent à rebours d’une approche plus plu­ral­iste du réel. En inté­grant ce label comme « mar­que » au sein d’une offre grand pub­lic, M6 prend le risque d’importer un biais de sélection.

Un partenariat en pleine cure d’amaigrissement

L’annonce cor­re­spond au début d’une péri­ode de diète pour M6. La veille de celle-ci, un plan d’économies de 80 mil­lions d’euros d’ici à 2030 était annon­cé, au nom d’un marché pub­lic­i­taire jugé dégradé et des gains atten­dus via l’IA. Dans ce con­texte, l’arrivée d’un « cor­ner » édi­to­ri­al­isé peut aus­si se lire comme une stratégie à coût maîtrisé : enrichir vite, occu­per l’espace stream­ing, sans assumer en interne l’intégralité du risque de pro­duc­tion et notam­ment de salaires coûteux.

Autrement dit : M6 veut du doc­u­men­taire « qui fait sérieux », mais sous-traité, avec l’avantage mar­ket­ing d’un label déjà iden­ti­fié.

Society et Hanouna : la cohabitation des contraires

Dernier angle, plus poli­tique : M6 doit désor­mais gér­er une cohab­i­ta­tion interne improb­a­ble entre, d’un côté, une cul­ture So Press/Soci­ety très pro­gres­siste et ancrée à gauche, et de l’autre la logique de diver­tisse­ment incar­née par Cyril Hanouna au sein du groupe. M6 a d’ailleurs mis en avant les per­for­mances d’audience de W9 depuis son arrivée, signe que la stratégie com­mer­ciale demeure pri­or­i­taire. À force d’empiler des sig­na­tures incom­pat­i­bles, M6 court un risque : celui de ne plus être lisible.

Voir aus­si : Soci­ety ? Mil­i­tan­tisme à bâbord toute !

Rodolphe Cha­la­mel

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