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Cohen/Legrand en écho : au Japon aussi, la presse sous soupçons

16 janvier 2026

Temps de lecture : 3 minutes
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Cohen/Legrand en écho : au Japon aussi, la presse sous soupçons

Temps de lecture : 3 minutes

Cohen/Legrand en écho : au Japon aussi, la presse sous soupçons

En pleine recom­po­si­tion poli­tique à Tokyo, un caméra­man de Jiji Press a été sanc­tion­né après des pro­pos par­ti­sans cap­tés en direct au sujet de Sanae Takaichi, prob­a­ble futur chef du gou­verne­ment. L’épisode rap­pelle, côté français, la con­tro­verse Cohen/Legrand sur l’impartialité du ser­vice public.

« Faire baisser la popularité »

La séquence japon­aise est limpi­de. À quelques jours d’un accord de coali­tion PLD-Komeitō, un pro­fes­sion­nel de Jiji Press, croy­ant par­ler « off », dit vouloir « faire baiss­er » la pop­u­lar­ité de Takaichi. L’audio, dif­fusé en direct, devient viral. L’agence présente des excus­es et rép­ri­mande l’auteur des pro­pos. Le débat sur la « neu­tral­ité » des rédac­tions réem­brase l’archipel.

Un « hot mic » en pleine transition de pouvoir

Élue prési­dente du PLD (par­ti libéral-démoc­rate) début octo­bre, Sanae Takaichi est don­née en posi­tion d’accéder à la pri­ma­ture, sous réserve d’un com­pro­mis final avec le Komeitō (par­ti social-con­ser­va­teur boud­dhique). Les sondages de l’agence de presse Jiji crédi­tent un futur cab­i­net Takaichi d’un socle d’adhésion sig­ni­fi­catif. Dans ce con­texte, le « hot mic » (un micro­phone qui enreg­istre ou dif­fuse active­ment, en par­ti­c­uli­er s’il cap­ture un com­men­taire ou une con­ver­sa­tion que l’o­ra­teur ou les ora­teurs croy­aient être privée) de Jiji Press tombe au plus mal et nour­rit les cri­tiques sur la par­tial­ité sup­posée des médias.

L’épisode n’est pas anec­do­tique dans l’univers médi­a­tique japon­ais aujourd’hui hyper­con­nec­té sous l’influence de Line et de YouTube. Un univers où la « neu­tral­ité et l’impartialité poli­tiques » (fuhen-futō) struc­turent depuis l’après-guerre un audio­vi­suel placé sous le con­trôle du min­istère des Affaires intérieures et des Com­mu­ni­ca­tions, et ont déjà servi de levi­er de pres­sion sous Shin­zo Abe. Il réac­tive mécanique­ment une défi­ance vis-à-vis des rédactions.

Le miroir français : le précédent Cohen/Legrand

Cette affaire fait écho au scan­dale Cohen/Legrand qui a éclaboussé France Inter avec des accu­sa­tions de con­nivence après la dif­fu­sion d’une vidéo tournée clan­des­tine­ment mon­trant les deux édi­to­ri­al­istes en échange avec des cadres social­istes. Une affaire qui avait débouché sur une sus­pen­sion « con­ser­va­toire » de Thomas Legrand, un mea cul­pa par­tiel et une sai­sine de l’Arcom sur l’impartialité du ser­vice pub­lic. Le débat oppose droit à l’investigation, devoir de réserve et égal­ité de traite­ment des acteurs politiques.

Cette con­tro­verse a aus­si révélé une bataille cul­turelle ouverte entre audio­vi­suel pub­lic et cer­tains groupes privés, cha­cun reprochant à l’autre son biais. Des tri­bunes à gauche comme à droite ont dénon­cé l’affaire pour réclamer soit une « dépoli­ti­sa­tion » des antennes, soit une clar­i­fi­ca­tion des lignes édi­to­ri­ales assumées.

Voir aus­si : Patrick Cohen, portrait

Deux scènes, une même question : qui garde les gardiens ?

Au Japon comme en France, l’exigence d’impartialité se heurte à deux réal­ités. D’un côté, la presse tra­vaille au con­tact du poli­tique et s’expose aux soupçons de prox­im­ité. De l’autre, pou­voirs publics et régu­la­teurs invo­quent la « neu­tral­ité » pour exiger des cor­rec­tifs, au risque de pres­sions. La seule sor­tie par le haut reste procé­du­rale et traçable : chartes oppos­ables, trans­parence des con­flits d’intérêts, pub­li­ca­tion sys­té­ma­tique des méth­odes (sélec­tion des sujets, choix des images), dis­posi­tifs con­tra­dic­toires robustes et sanc­tions internes rapi­des, comme l’a fait Jiji Press dans l’immédiat, con­traire­ment à Radio France. Reste au pub­lic à juger sur pièces, et aux struc­tures de ren­dre des comptes, plutôt qu’à jur­er d’une neu­tral­ité abstraite.

Voir aus­si : Thomas Legrand, portrait

Rodolphe Cha­la­mel

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