Publiée fin décembre au Journal officiel, une mise en demeure de l’ARCOM vise CNews après deux séquences consacrées à l’immigration et à l’islam. Le régulateur invoque un risque d’« encouragement » de comportements discriminatoires. La chaîne, elle, se retrouve à nouveau sommée de cadrer le débat en direct.
La décision de l’autorité étatique illustre une tension récurrente : comment concilier, sur une antenne d’information en continu, la confrontation d’idées, parfois brutales, et des obligations de maîtrise éditoriale dont l’ARCOM fait une lecture de plus en plus exigeante. Dans un contexte de tension entre médias publics et privés et alors que l’ARCOM épluche les contenus des médias de la sphère Bolloré, cette nouvelle mise en demeure s’inscrit dans une bataille plus vaste.
Deux séquences, un même reproche : l’absence de « recadrage » suffisant
L’ARCOM fonde sa mise en demeure sur deux extraits précis. Le 29 janvier 2025, dans « La Grande Interview », le maire de Romans-sur-Isère, Marie-Hélène Thoraval, relie des attaques au couteau à un « caractère culturel » et à des auteurs non « Français de souche », évoquant un lien avec « l’islam ». Pour le régulateur, la séquence pose problème notamment parce qu’elle n’aurait suscité « aucune réaction » de l’animatrice, Sonia Mabrouk. L’édile avait déjà été, indirectement, concernée par une mise en cause de la chaîne sur saisine de RSF pour avoir trop traité le meurtre de Thomas à Crépol.
Deuxième épisode : le 20 mars 2025, dans « Morandini Live », le journaliste Jordan Florentin (média Frontières) évoque des immigrés comme des « masses » et parle de « grand remplacement ». L’ARCOM estime que la contradiction en plateau a été « insuffisante » et reproche au présentateur, Jean-Marc Morandini, d’avoir « pris le parti » de l’invité.
Une mise en demeure n’est pas une sanction… Mais un avertissement lourd
Sur l’échelle d’intervention de l’ARCOM, la mise en demeure est un cran au-dessus de la mise en garde et ouvre la voie, en cas de récidive, à une procédure pouvant aboutir à une sanction financière.
Dit autrement : le régulateur ne condamne pas (encore) mais trace une ligne rouge et place l’éditeur sous surveillance renforcée, exerçant ainsi une pression d’ordre éditorial sur les journalistes de la chaîne.
C’est aussi là que se cristallise la critique, côté CNews et de ses soutiens : la police du « bon recadrage » en direct peut, à force, encourager l’autocensure et transformer le débat en exercice sous contrainte, surtout lorsqu’il s’agit de sujets explosifs (insécurité, immigration, religion) que l’actualité impose déjà aux rédactions.
Un bras de fer ancien entre CNews et le régulateur
Cette mise en demeure s’ajoute à une série de contentieux plus anciens.
Plus largement, la pression sur l’ARCOM s’est accrue depuis 2024, notamment sur le terrain du pluralisme, avec un durcissement des règles de contrôle décidé l’été 2024.
Rodolphe Chalamel
Voir aussi : On ne les arrête plus : Canal + lance « CNews Prime » et « Europe 1 TV »


