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Retour sur campagne : Arte, la chaîne binaire de la culture
Publié le 

24 avril 2017

Temps de lecture : 4 minutes
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Retour sur campagne : Arte, la chaîne binaire de la culture

Du lundi 17 avril au vendredi 21 avril 2017, Dans son Journal quotidien Arte consacrait 2 minutes à la culture dans les programmes des candidats à la présidentielle. Titre de la série : « Présidentielles 2017 : demandez le programme culturel ! ». Les projets de 5 candidats sur 11 sont évoqués : Marine Le Pen, Benoît Hamon, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron. Avec la chaîne qui prétend représenter la culture à la télévision, les choses sont simples. Vous avez dit binaire ?

L’écoute du dossier con­sacré par Arte à la cul­ture mon­tre que la chaîne divise les can­di­dats en deux groupes : le camp du Bien, incar­né par les can­di­dats dits de gauche (Hamon, Mélen­chon, Macron) et le camp du pas Bien, incar­né par les can­di­dats dits de droite (Le Pen et Fil­lon).

Quand la gauche sort sa culture, c’est le camp du Bien

Pour Arte, la cul­ture c’est une affaire de gauche. La preuve par le can­di­dat du PS : « Benoît Hamon et la cul­ture c’est bien sûr une his­toire de bat­te­ment de cœur. Des pro­jets généraux comme un plan pour les arts à l’école ou la créa­tion des Fab­riques de cul­ture, des MJC en quelque sorte ». Les mots sont intéres­sants : « bat­te­ment de cœur », « bien sûr » et le rôle de l’école. Pourquoi ? Hamon tou­jours : « Pour que demain nous ayons tou­jours des spec­ta­cles, des créa­tions à soutenir ». Mesure phare de Hamon ? Créer un « statut de l’artiste » : élargir le statut des inter­mit­tents du spec­ta­cle à tous les « créa­teurs ». Le jour­nal­iste : « L’intermittence du spec­ta­cle est donc érigée en mod­èle pour toutes les autres pro­fes­sions artis­tiques ». Le can­di­dat voulait con­serv­er un élec­torat sou­vent acquis à son par­ti, sub­ven­tions à l’appui. La réal­ité ? Le statut d’intermittent ? Cela représente-t-il un coût pour l’as­sur­ance chô­mage ? demandait Cap­i­tal le 26 avril 2016 : « En 2011, le seul régime d’in­dem­ni­sa­tion chô­mage des inter­mit­tents a accusé un déficit de 1 mil­liard d’eu­ros, le mon­tant des allo­ca­tions ver­sées étant plus de 5 fois supérieur aux coti­sa­tions. Un trou con­séquent, donc, sachant que la perte totale de l’as­sur­ance chô­mage a été de 1,5 mil­liard d’eu­ros cette même année, selon un rap­port de la Cour des comptes. Sans oubli­er que les inter­mit­tents représen­tent moins de 4% des chômeurs… ».

La cul­ture, une affaire de gauche ? La preuve aus­si par le can­di­dat Macron : « l’éducation cul­turelle pour tous à l’école, la péren­ni­sa­tion du statut des inter­mit­tents, un bud­get main­tenu à 1 % sous con­di­tion d’efficacité mais surtout un gros effort de démoc­ra­ti­sa­tion cul­turelle ». Édu­ca­tion, inter­mit­tents et démoc­ra­ti­sa­tion. Per­ma­nence de Mit­ter­rand. « Une démoc­ra­ti­sa­tion qui passe par deux mesures phares : l’ouverture des bib­lio­thèques le soir et le dimanche et l’obtention à la majorité d’un Passe Cul­ture de 500 € ». Macron et la cul­ture, une vision. Un hori­zon. Ce Passe Cul­ture, cadeau inci­tatif don­né à tout jeune arrivant à sa majorité, existe en Ital­ie : la plu­part des jeunes le reven­dent sur inter­net. Une idée libérale lib­er­taire type.

La cul­ture, une affaire de gauche ? Entrée en scène du comé­di­en tal­entueux Mélen­chon. Un homme de cul­ture. Mais une cul­ture de gauche : « La cul­ture, c’est une petite fleur frag­ile, ça pousse dans les esprits, faut pas bru­talis­er les gens sinon ça vient pas ». La réforme phare ? Nation­alis­er les droits d’auteur. Expli­ca­tion de la voix off : « Dès le décès de l’auteur, ils revi­en­nent à la col­lec­tiv­ité ». Le jour­nal­iste pour­suit : « En lien avec les droits d’auteur, Mélen­chon veut s’attaquer aux multi­na­tionales de la cul­ture, les fameux GAFA, Google, Ama­zon, Face­book, Apple, via deux instru­ments. La créa­tion d’une médiathèque publique en ligne et l’instauration d’une coti­sa­tion uni­verselle sur les abon­nements inter­net pour soutenir la créa­tion insoumise évidem­ment ».

Les bonnes idées seraient dans ce camp-là selon Arte, qui ne va pas sci­er la branche sur laque­lle elle est assise. Cul­ture d’État payée par l’État et pro­mou­vant une vision du monde à sens unique. Le grand tabou de la gauche en matière cul­turelle, c’est sa respon­s­abil­ité dans l’échec des poli­tiques menées. Parce qu’elle a idéol­o­gisé la cul­ture, à com­mencer par les mots. Rem­plaçant les mots « art » et « œuvre » par les mots « cul­ture » et « objet cul­turel » (ce sont des « objets » et non plus des œuvres qui s’enseignent dans les écoles). À gauche, la cul­ture ne peut être autre que de gauche. Et le grand enne­mi c’est le privé. Ce qui n’échappe pas au Jour­nal d’Arte.

Quand la droite sort sa culture c’est le camp du pas bien

À droite, d’après Arte, la cul­ture cela n’existe pas vrai­ment. Il y a le « pat­ri­moine » en réal­ité, en lieu de place de la « créa­tion ». Arte ne voit pas de cul­ture à droite mais sim­ple­ment du nation­al­isme et du cap­i­tal­isme. Le jour­nal­iste est plus direct : « François Fil­lon et la cul­ture c’est la con­ser­va­tion avant la créa­tion ». La droite libérale, c’est dan­gereux : « Le pat­ri­moine donc et son finance­ment. Sur ce point, François Fil­lon ne prend aucun engage­ment budgé­taire. Il souhaite diver­si­fi­er les finance­ments et aug­menter la part du mécé­nat. Un dis­posi­tif tou­jours sus­pect en France ». La peur de l’argent privé. La lib­erté, c’est l’État. Et puis, Fil­lon, c’est la France chré­ti­enne, réac­tion­naire. De l’argent privé, du pat­ri­moine. Il y a donc une men­ace Fil­lon sur la cul­ture. Men­ace idéologique et finan­cière. La volon­té de don­ner plus de place à l’argent privé ne serait pas nou­velle : « le mécé­nat cul­turel privé s’est forte­ment dévelop­pé jusqu’à représen­ter plus de 500 mil­lions d’euros investis ». Le camp du pas Bien est donc un camp con­tre la cul­ture. Chez Fil­lon.

Que dire de Marine Le Pen ? Bien pire. Jour­nal­iste : « La langue française à pro­téger coûte que coûte, voilà le mes­sage du FN. Ren­forcer la fran­coph­o­nie mais aus­si ren­forcer les sanc­tions prévues par la loi Toubon sur l’utilisation du français. Réal­ité ou sim­ple peur ? Le français est-il vrai­ment men­acé. Direc­tion l’Académie Française ». La parole est à Danielle Sal­lenave, écrivain : « Faut (sic !) se méfi­er, ça n’est pas dépourvu d’intentions. Ça veut dire que l’école est men­acée, ça veut dire aus­si que la cul­ture française est men­acée, que l’identité française est men­acée parce qu’il y a trop d’interventions étrangères. C’est ça qu’ça veut dire ». La façon de par­ler, les for­mu­la­tions, l’usage intem­pes­tif du « ça » en lieu et place de cela, à l’Académie même… Ça craint veg­ra non ? Elle insiste : « Moi je ne pense pas du tout qu’il y a de bonne foi dans tout cela, je ne le crois pas ». Elle pour­suit : « Que l’école, l’enseignement rap­pelle le squelette, la struc­ture, c’est-à-dire au fond la gram­maire de base, la syn­taxe de base pour qu’on dise pas l’contraire de s’qu’on veut dire parc’qu’on s’trompe de… voilà ». Con­clu­sion du jour­nal­iste : « finale­ment, à tra­vers la pro­tec­tion de la langue française, Marine Le Pen fait de la grandeur de la France son obses­sion. Pro­mou­voir comme elle le dit le seul roman nation­al ».

Qu’une can­di­date à la Prési­dence de la République ait fait de la grandeur de la France son obses­sion… Le monde d’Arte est telle­ment sim­ple qu’il fait honte à l’art et à la cul­ture, domaine éminem­ment com­plex­es juste­ment. Arte et la cul­ture, c’est du binaire pour les gogos.

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