Ojim.fr

Je fais un don

En soutenant aujourd’hui l’OJIM, vous nous aidez à vous informer sur ceux qui vous informent et vous maintenez un espace de liberté sur la toile. Vous avez besoin de l'OJIM ? Nous avons besoin de votre soutien ! Ensemble "on les aura !"

Je fais un don

En soutenant aujourd’hui l’OJIM, vous nous aidez à vous informer sur ceux qui vous informent et vous maintenez un espace de liberté sur la toile. Vous avez besoin de l'OJIM ? Nous avons besoin de votre soutien ! Ensemble "on les aura !"

Le Figaro fête ses 200 ans : on s’est rendu sur place pour vous dévoiler les coulisses de l’évènement

19 janvier 2026

Temps de lecture : 11 minutes
Accueil | Veille médias | Le Figaro fête ses 200 ans : on s’est rendu sur place pour vous dévoiler les coulisses de l’évènement

Le Figaro fête ses 200 ans : on s’est rendu sur place pour vous dévoiler les coulisses de l’évènement

Temps de lecture : 11 minutes

Le Figaro fête ses 200 ans : on s’est rendu sur place pour vous dévoiler les coulisses de l’évènement

Du mer­cre­di 14 au ven­dre­di 16 jan­vi­er 2026 se déroulent au Grand Palais les fes­tiv­ités pour le bicen­te­naire du Figaro. Trois jours ponc­tués de con­férences, d’émissions, de débats avec en prime une expo­si­tion immer­sive. Notre jour­nal­iste Jean-Charles Souli­er s’est ren­du sur place pour vous dévoil­er les couliss­es de l’évènement.

Une foule immense attend à l’entrée du Grand Palais à 12h30 ce mer­cre­di 14 jan­vi­er : une majorité de per­son­nes âgées et quelques étu­di­ants en jour­nal­isme atten­dent, avant de pénétr­er dans le céna­cle du jour­nal­isme de droite français.

Au bout de 30 min­utes, j’entre enfin et je remar­que immé­di­ate­ment le bleu roi car­ac­téris­tique de la mar­que Figaro. Je me rends d’abord dans une pre­mière salle où est affiché tout l’historique du Figaro, depuis la créa­tion du jour­nal papi­er en 1826 jusqu’au Figaro d’aujourd’hui sur le Web et à la télévision.

Le Figaro fête ses 200 ans : on s’est rendu sur place pour vous dévoiler les coulisses de l’évènement

Des archives inédites du jour­nal sont rassem­blées : des Unes his­toriques comme celle où l’on voit les vis­ages de Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen face à face pour le sec­ond tour de l’élection prési­den­tielle en 2002, une pho­togra­phie de Charles de Gaulle en train de lire Le Figaro ou encore un dessin d’une Française du 19ᵉ qui, coif­fée d’un cha­peau à plume et vêtue d’un élé­gant cos­tume rouge, tient Le Figaro à deux mains.

Je me déplace et j’entends la voix rocailleuse d’Alain Finkielkraut qui résonne dans la salle. De nom­breuses per­son­nal­ités poli­tiques – comme Fabi­en Rous­sel, Jor­dan Bardel­la et même le prési­dent Emmanuel Macron – ont ren­du hom­mage en vidéo, pour fêter les 200 ans du quo­ti­di­en libéral. D’autres se sont prêtés à l’exercice comme l’écrivain Syl­vain Tes­son, le philosophe Michel Onfray, le chef étoilé Pierre Gag­naire ou encore le foot­balleur Olivi­er Giroud qui men­tionne dans ses vœux une cita­tion de Beau­mar­chais dev­enue la devise du journal :

« Sans la lib­erté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. »

Je me dirige ensuite vers un stand pour me restau­r­er ; mais quelle n’est pas ma sur­prise quand je m’aperçois qu’un sim­ple sand­wich à la volaille coûte 13 euros ! Je com­prends à ce moment pré­cis que je me trou­ve au bicen­te­naire du Figaro et pas du jour­nal L’Humanité.

L’historique du journal rappelé

Il est 14h30 et l’équipe du Figaro dif­fuse sur écran géant un doc­u­men­taire réal­isé par Jean-Louis Remilleux qui retrace toute l’histoire du pres­tigieux quotidien.

Le Figaro fête ses 200 ans : on s’est rendu sur place pour vous dévoiler les coulisses de l’évènement

Tout com­mence le 15 jan­vi­er 1826, quand Mau­rice Alhoy et Éti­enne Ara­go pub­lient le pre­mier exem­plaire de leur jour­nal. Les deux hommes choi­sis­sent le nom « Figaro » en hom­mage au per­son­nage de Beau­mar­chais, valet inso­lent et rusé qui défend la lib­erté de la presse. Le Figaro est à cette époque un jour­nal satirique qui s’en prend à Charles X qui souhaite musel­er la presse. Le jour­nal est essen­tielle­ment com­posé d’articles anonymes et de qua­trains. À cette époque, les jour­naux ne durent pas et Le Figaro con­naît une péri­ode chao­tique entre inter­rup­tions et ten­ta­tives de relances infructueuses.

C’est Hip­poly­te de Villemes­sant qui va redonner ses let­tres de noblesse au titre à par­tir de 1854. D’abord com­merçant dans le tex­tile, Hip­poly­te de Villemes­sant se lance dans la presse. Incroy­able chas­seur de têtes, il recrute les meilleurs écrivains de l’époque pour son jour­nal : Charles Baude­laire, les frères Goncourt, Émile Zola, Théophile Gau­ti­er et Hen­ri Rochefort. Extrême­ment inven­tif et précurseur, De Villemes­sant découpe le jour­nal en rubriques (bourse, rubrique lit­téraire, etc.). Il y insère des encar­ts pub­lic­i­taires et crée les cadeaux aux abon­nés, les petites annonces et le car­net du jour. Ce qui était un heb­do­madaire devient un quo­ti­di­en en 1866 : Le Figaro devient le jour­nal lit­téraire, théâ­tral et poli­tique de référence.

Hippolyte de Villemessant

Hip­poly­te de Villemessant

L’autre grande étape dans l’histoire du jour­nal est l’affaire Drey­fus. Dès 1897, Le Figaro prend fait et cause pour le cap­i­taine Drey­fus et lance une grande cam­pagne de presse en sa faveur. Ce par­ti pris provoque un dés­abon­nement mas­sif des antidrey­fusards du jour­nal. Le doc­u­men­taire fait un par­al­lèle entre la défense d’Alfred Drey­fus et la défense de Boualem Sansal par Le Figaro : deux fig­ures injuste­ment condamnées.

Avançons dans le temps jusqu’à la veille de la Pre­mière Guerre mon­di­ale. Un drame se déroule dans les locaux du Figaro le 17 mars 1914 : l’épouse d’un min­istre assas­sine Gas­ton Cal­mette, le directeur du Figaro. Ce dernier a pub­lié en Une du Figaro une cor­re­spon­dance privée entre Joseph Cail­laux, min­istre des Finances, et sa femme Hen­ri­ette Cail­laux, qui était alors sa maîtresse. Ulcérée, l’épouse du min­istre achète un Brown­ing, se rend au siège du Figaro et vide son chargeur sur le pau­vre directeur qui a eu la cour­toisie de la recevoir. Le plus incroy­able dans cet épisode digne d’une tragédie grecque est qu’Henriette Cail­laux sera finale­ment acquit­tée, les jurés jugeant qu’elle avait eu un moment d’hystérie. Ce ver­dict provo­quera une agi­ta­tion mon­stre en France, laque­lle éclipsera totale­ment le con­flit aus­tro-serbe, mar­quant le début de la Grande Guerre.

Gaston Calmette

Gas­ton Calmette

Pen­dant la Pre­mière Guerre mon­di­ale, la cen­sure est totale ; tout doit être validé par le bureau de presse du min­istère de la Guerre. Le Figaro pub­lie dans ses colonnes les cor­re­spon­dances entre sol­dats et civils ; les jour­nal­istes cap­tureront quelques images du front dans la deux­ième par­tie de la guerre.

Sous l’Occupation, le nou­veau patron du Figaro, Pierre Bris­son, refuse de faire paraître le quo­ti­di­en. C’est seule­ment à la Libéra­tion que le jour­nal reprend ses pub­li­ca­tions, le 23 août 1944. Il est dis­tribué excep­tion­nelle­ment à la main par des pom­piers sous la pro­tec­tion des FFI et com­porte un arti­cle de Paul Valéry inti­t­ulé « Respir­er ». Un duo célèbre nour­rit les pages du Figaro : François Mau­ri­ac et Ray­mond Aron : l’un a une plume acérée, l’autre est davan­tage dans la dis­tance critique.

Aujourd’hui, Jean d’Ormesson est célébré comme l’un des derniers jour­nal­istes mythiques du Figaro. Le jour­nal pos­sède désor­mais de nom­breux sup­plé­ments : Figaro Mag­a­zine, Figaro Lit­téraire et Madame Figaro. Le pas­sage au numérique se fera grâce au groupe Das­sault et en par­ti­c­uli­er Serge Dassault.

En 2025, le site du Figaro est le deux­ième site d’information de France avec plus de 39 mil­lions de vis­ites men­su­elles en 2025 et le quo­ti­di­en compte 400 000 abon­nés numériques. En out­re, 17 jour­nal­istes du Figaro ont été dis­tin­gués par le prix Albert Lon­dres, dont Pierre Voisin en 1948 pour ses reportages en Haute-Vol­ta, Hen­ri de Turenne pour ses reportages en Amérique latine (1951) et Chris­tine Clerc, jour­nal­iste au Figaro Mag­a­zine, qui rem­porte le prix en 1982 pour son ouvrage « Le Bon­heur d’être Français ».

Un débat enflammé

À la suite de ce pas­sion­nant doc­u­men­taire, j’ai assisté à un débat enflam­mé entre Nat­acha Polony et Math­ieu Bock-Côté sous la direc­tion d’Eugénie Bastié sur la lib­erté dans les médias.

À la suite de ce passionnant documentaire, j’ai assisté à un débat enflammé entre Natacha Polony et Mathieu Bock-Côté sous la direction d'Eugénie Bastié sur la liberté dans les médias.

Selon Nat­acha Polony, les jour­nal­istes sont beau­coup plus libres aujourd’hui qu’ils ne l’étaient au début des années 2000. En effet, avant d’être la direc­trice de la rédac­tion de Mar­i­anne, Nat­acha Polony était jour­nal­iste au Figaro, spé­cial­isée dans l’éducation, et ses supérieurs lui inter­di­s­aient de dénon­cer dans ses arti­cles la baisse de niveau des élèves ou leur mau­vaise maîtrise de la langue française.

En revanche, Math­ieu Bock-Côté con­sid­ère que la France et l’Europe met­tent en place une cen­sure à ten­dance total­i­taire ; il évoque la facil­ité avec laque­lle un jour­nal­iste peut être pour­suivi pour délit d’opinion ou pro­pos haineux (notion très vague selon l’intéressé). Pour illus­tr­er ce sujet, Nat­acha Polony révèle qu’elle a été pour­suiv­ie en 2018 pour « con­tes­ta­tion de l’existence d’un crime con­tre l’humanité » (arti­cle 24 bis de la loi sur la presse de 1881, appliqué au géno­cide rwandais), notam­ment car elle avait affir­mé que ce con­flit ne pou­vait pas se réduire à oppos­er les « méchants » Hutu aux « gen­tils » Tutsi.

Math­ieu Bock-Côté déclare ensuite avoir une vision max­i­mal­iste de la lib­erté d’expression : « tout est per­mis sauf l’appel à la vio­lence et la diffama­tion », com­pa­ra­ble au « free speech » améri­cain pro­tégé par le pre­mier amendement.

L’éditorialiste de CNews s’insurge qu’un col­loque de l’Institut Ili­ade sur Dominique Ven­ner ait été inter­dit en France sous pré­texte que des pro­pos con­tre la loi Pleven pour­raient y être tenus. Nat­acha Polony rétorque que l’on ne peut trans­pos­er le mod­èle améri­cain au mod­èle européen. Celui-ci, hérité des Lumières, est fondé sur l’éducation et un cadre lég­is­latif pré­cis. La jour­nal­iste con­sid­ère d’ailleurs qu’il doit y avoir une réflex­ion sur la régu­la­tion des réseaux soci­aux pour empêch­er des pro­pos déli­rants d’être délivrés sur la toile. Toute­fois, Nat­acha Polony se mon­tre défa­vor­able à la label­li­sa­tion des médias pro­posée par Emmanuel Macron en décem­bre dernier.

Elle explique qu’une label­li­sa­tion des médias sig­ni­fie que dans cer­tains domaines, il n’y a qu’une seule inter­pré­ta­tion pos­si­ble. Or, dans des cas comme la guerre en Syrie ou l’origine du COVID-19, les médias se sont totale­ment four­voyés. Math­ieu Bock-Côté réag­it en acca­blant « l’Extrême cen­tre » : il est per­suadé d’être le camp « du bien, du beau et du juste » alors qu’il ressem­ble davan­tage à un comité de cen­sure de la vérité. Le jour­nal­iste québé­cois men­tionne d’ailleurs un débat qu’il a eu récem­ment avec Patrick Cohen sur la recom­po­si­tion du paysage médi­a­tique. Il ajoute en plaisan­tant qu’avec un label des médias, il y aurait une quin­zaine de Patrick Cohen qui délivr­eraient l’information et que cela l’effraie.

Soudain, j’aperçois un homme s’approcher de la scène et hurler sur Math­ieu Bock-Côté : ce mon­sieur lui crie que Patrick Cohen est un excel­lent jour­nal­iste et, furieux de voir son idole mal­traitée, quitte la salle du Grand Palais.

Après ce court moment d’effervescence, le débat reprend et Nat­acha Polony déclare qu’actuellement le paysage de l’audiovisuel est extrême­ment frag­men­té, avec des jour­nal­istes qui vivent cha­cun dans leur bulle et ne se par­lent plus. La défi­ance des Français envers les médias est de la seule respon­s­abil­ité des jour­nal­istes selon cette dernière. La fon­da­trice de la revue Audace affirme même que la France est un pays « qui cul­tive l’irresponsabilité de manière fasci­nante, que ce soit pour les poli­tiques ou les médias ». La jour­nal­iste cri­tique aus­si le mod­èle économique des médias dépen­dant des action­naires ou des annon­ceurs, ce qui frag­ilise leur pluralisme.

Peu après, Eugénie Bastié reprend la main et inter­roge les deux inter­venants sur ce qu’ils pensent de la com­mis­sion d’enquête par­lemen­taire sur la neu­tral­ité, le fonc­tion­nement et le finance­ment de l’audiovisuel public.

Voir aus­si : La com­mis­sion d’enquête sur l’audiovisuel pub­lic va repren­dre : on vous résume le pre­mier acte

La question du service public

Math­ieu Bock-Côté martèle que le ser­vice pub­lic est idéologique­ment à gauche, que ce soit en France, en Angleterre ou ailleurs en Europe. Cepen­dant, le jour­nal­iste cana­di­en fait preuve de nuance en avouant qu’il ne souhaite ni l’abolition ni la pri­vati­sa­tion totale de l’audiovisuel pub­lic mais plutôt la réduc­tion de ses attri­bu­tions et de ses émis­sions. Nat­acha Polony, qui offi­cie sur le ser­vice pub­lic, rétorque qu’il y a aus­si des émis­sions non par­ti­sanes sur le ser­vice pub­lic et que cer­tains for­mats didac­tiques ne pour­raient pas exis­ter ailleurs que sur le ser­vice public.

Néan­moins, l’ex-directrice de la rédac­tion de Mar­i­anne con­cède qu’une grande par­tie des Français ne se sent pas représen­tée ni sur la radio, ni sur la télévi­sion publique. Elle men­tionne notam­ment un sondage com­mandé par Mar­i­anne qui mon­trait que les per­son­nes qui écoutaient France Inter avaient en grande majorité voté Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélen­chon à la prési­den­tielle. Les deux jour­nal­istes s’accordent sur le désamour des Français pour le monde médi­a­tique et Nat­acha Polony pré­cise même que les jour­nal­istes sont la pro­fes­sion la plus détestée, juste après les politiques.

En guise de con­clu­sion, Eugénie Bastié se demande si la presse écrite a encore un avenir. Math­ieu Bock-Côté lui répond que la réflex­ion est infin­i­ment plus pré­cise et pro­fonde dans la presse écrite qu’à la télévi­sion, et qu’à titre per­son­nel, il for­mule tou­jours sa pen­sée à l’écrit avant de la délivr­er à l’oral.

Le Figaro fête ses 200 ans : on s’est rendu sur place pour vous dévoiler les coulisses de l’évènement

La soirée se clôt sur ces mots : « L’Enfant de Beau­mar­chais n’est pas né pour mourir. » Alors ren­dez-vous au tricentenaire !

Jean-Charles Souli­er

Mots-clefs :