La députée LFI Sophia Chikirou, candidate à la mairie de Paris, va être jugée à partir du 12 mai 2026 par la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « escroquerie », au préjudice du site d’actualité « Le Média ». On vous explique le détail de cette affaire qui remonte à 2018.
L’affaire traine depuis « près de dix ans ». La date de l’épilogue est enfin connue. Selon une information de l’AFP, la députée Sophia Chikirou, candidate LFI à la mairie de Paris, va être jugée le 12 mai prochain pour « escroquerie » en juillet 2018 au préjudice du site d’actualité Le Média, dont elle a assuré le lancement et – un temps – la direction.
Risques financiers et politiques
Selon un rapport d’enquête de la brigade financière, que Le Monde a pu consulter, les faits reprochés à la proche de Jean-Luc Mélenchon sont graves : elle va en effet être jugée par la 13ᵉ chambre du tribunal correctionnel de Paris et risque désormais jusqu’à cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende, ainsi qu’une peine d’inéligibilité.
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Tentatives de « tromper la banque Crédit du Nord »
Selon la source judiciaire consultée par l’AFP, Sophia Chikirou est soupçonnée d’avoir « tenté à plusieurs reprises de tromper la banque Crédit du Nord » au préjudice de la société de production Le Média.
Pour comprendre l’affaire, revenons quelques années en arrière. Janvier 2018. Dans la foulée de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou, le psychanalyste Gérard Miller et le producteur Henri Poulain lancent Le Media, webtélé d’extrême gauche « alternative » dont l’objectif revendiqué est de combler le manque dont souffre la « gauche progressiste » dans l’univers audiovisuel.
Éloigné « du modèle économique et idéologique dominant », Le Média se définit alors comme (accrochez-vous) : « indépendant », « coopératif », « collaboratif », « pluraliste », « culturel et francophone », « humaniste et antiraciste », « féministe », « écologiste et progressiste ».
L’aventure est ainsi lancée mais très vite de nombreuses frictions viennent brouiller les ondes : à des audiences qui patinent et un modèle économique dysfonctionnel s’ajoute le comportement problématique de Sophia Chikirou, jugée toxique, insultante et brutale dans son management.
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Vol de chèques
Au bout de quelques mois à peine, celle qui était pourtant l’initiatrice du projet se retrouve progressivement poussée dehors. Le 4 juillet 2018, Sophia Chikirou démissionne de l’entreprise de presse Le Média (EDPLM) avant de se voir retirer ses fonctions à la tête de la société de production Le Média (SDPLM) le 24 juillet 2018.
« Ce départ se fait aussi sur fond de conflit financier. Sophia Chikirou réclame le paiement d’une facture de 67 146 euros, adressée le 13 juillet 2018 à la SDPLM par sa société personnelle, Mediascop, pour des prestations censées avoir été réalisées au profit du Média », ajoute Le Monde. Estimant cette demande sans objet, « la nouvelle direction de l’entreprise s’oppose au règlement ».
Notre affaire commence donc ici. Car c’est à partir de là que la tentative d’escroquerie – pour laquelle Sophia Chikirou va être jugée – prend place.
« Le 27 juillet 2018, alors qu’elle n’est plus présidente de la SDPLM, Sophia Chikirou sollicite par courriel le Crédit du Nord, la banque de l’entreprise, pour qu’elle fasse un virement de 67 146 euros à sa société Mediascop. L’établissement refuse, « faute de fonds suffisants sur le compte de la SDPLM », nous informe Le Monde.
Mais pas de quoi désarçonner la désormais députée LFI qui va réitérer sa demande dès le lendemain – en vain – avant de se rendre dans les locaux du Média et de voler, « sous l’effet de la colère », deux « formules de chèques » dans l’intention de payer ce qu’elle estime lui être dû. Précisons, comme le souligne Le Monde, que les deux chèques n’ont jamais été encaissés en banque.
« Au nom de l’intérêt public »
C’est donc pour ces faits que Sophia Chikirou va désormais être jugée en mai prochain, et ce malgré l’accord trouvé entre Le Média et Sophia Chikirou en juin 2021 ayant abouti au retrait de leurs plaintes croisées.
« En droit français, la signature d’un accord entre les parties est sans effet sur une procédure pénale en cours. « Le parquet a pour mission de demander l’application de la loi au nom de l’intérêt public », nous apprend Le Monde.
Sophia Chikirou est donc aujourd’hui accusée : de s’être présentée comme présidente de la société Le Média – alors qu’elle « n’avait plus cette qualité » ; et d’avoir demandé des virements – et d’avoir « soustrait frauduleusement deux formules de chèque », résume l’AFP.
Auprès de l’AFP, l’intéressée – désormais candidate à la mairie de Paris – s’est évidemment offusquée de cette décision, jugeant l’affaire « éminemment politique » et n’ayant pour but « que de salir et gêner sa campagne ». Et d’ajouter sur X : « Le parquet de Paris a senti une opportunité pour enquêter et me coller des accusations infamantes. Malgré une débauche de moyens pour enquêter, il n’a pas jugé utile, pendant six ans, de me faire juger […] Peu lui importe en réalité de faire justice, il s’agit surtout de nuire à ma campagne. »
Je dois faire face à une épreuve en pleine campagne pour la Mairie de Paris.
Le Parquet de Paris, qui dépend directement du Ministère de la Justice, informe la presse qu’il veut me faire un procès.
Un différend commercial avait opposé ma société de communication à la société Le…— Sophia Chikirou (@chikirouparis) January 4, 2026
Notons enfin, comme le rappelle le HuffPost, que Sophia Chikirou est également inquiétée dans un autre dossier. Cette dernière a en effet été mise en examen en septembre 2024, notamment pour… « escroquerie aggravée » sur les comptes de campagne 2017 de Jean-Luc Mélenchon. Des accusations qu’elle conteste.
Lorelei Bancharel
Sophia Chikirou à la manifestation du 22 novembre 2025 à Paris contre les violences sexistes, sexuelles et de genre. Photo : Wyslijp16 (CC BY 4.0 / Wikimedia).


