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11 mai 2026 | Temps de lecture : 10 minutes
Portrait

Darius Rochebin

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L’intervieweur suisse à l’œil persan devenu visage de LCI

Dar­ius Rochebin occupe une place sin­gulière dans le paysage audio­vi­suel fran­coph­o­ne. Star du jour­nal télévisé suisse pen­dant plus de vingt ans, il a réus­si son pas­sage en France sur LCI, où son style d’interview long, par­fois incisif mais tou­jours cour­tois, tranche avec les for­mats plus nerveux des chaînes d’information. Jour­nal­iste d’origine irani­enne, fran­coph­o­ne jusqu’au bout des ongles, il incar­ne une forme de clas­si­cisme télévi­suel remis au goût du jour par l’actualité inter­na­tionale et les grands entre­tiens politiques.

Sa famille

Dar­ius Rochebin naît le 25 décem­bre 1966 à Genève sous le nom de Dar­ius Noël Khosh­bin. Son père, Alishah Khosh­bin, est né en Iran en 1917 ; il est phar­ma­cien et appar­tient à une famille issue de la com­mu­nauté baha’ie (le bahaïsme est une sorte de monothéisme syn­cré­tique). Sa mère, Irène Mailler, est suisse. Le jour­nal­iste a expliqué à plusieurs repris­es que son père avait quit­té l’Iran avant la révo­lu­tion islamique, dans les années 1960, et qu’il était resté très attaché à la cul­ture française, qu’il avait apprise au lycée français de Téhéran.

À vingt ans, Dar­ius Khosh­bin (qui veut dire « opti­miste, qui voit les choses du bon côté ») choisit de fran­cis­er son nom en Rochebin. Il a jus­ti­fié ce choix sur RTL en octo­bre 2025 par son absence de lien réel avec la cul­ture per­sane : il ne par­le pas le far­si, n’est jamais allé en Iran, et affirme que son « monde intel­lectuel » est pro­fondé­ment français. Cette fran­ci­sa­tion n’est donc pas seule­ment une adap­ta­tion médi­a­tique : elle dit quelque chose d’un itinéraire d’assimilation cul­turelle, à la fois assumé et par­fois mélancolique.

Sa mère, Irène, meurt en 2008. Plusieurs por­traits de presse ont évo­qué ce drame famil­ial et le fait qu’elle avait été mar­quée par une enfance dif­fi­cile. Dar­ius Rochebin reste néan­moins très dis­cret sur sa vie privée. Il est mar­ié à Marie Fau­re, médecin général­iste fran­co-suisse, et père de deux filles, Maïa, née en 2010, et Char­lotte, née en 2017.

Formation scolaire et universitaire

Dar­ius Rochebin suit des études de lit­téra­ture française à l’université de Genève. Ce par­cours lit­téraire explique en par­tie son rap­port très clas­sique à la langue, à la con­ver­sa­tion, au temps long et à l’entretien. Con­traire­ment à de nom­breux jour­nal­istes français passés par les écoles recon­nues de la pro­fes­sion, Rochebin se forme d’abord par la presse écrite et par la pratique.

Il débute en 1987 au Jour­nal de Genève, puis tra­vaille pour L’Illustré, avant de rejoin­dre en 1995 la Télévi­sion suisse romande, dev­enue depuis la RTS.

Parcours professionnel

Dar­ius Rochebin entre à la Télévi­sion suisse romande en 1995. Il présente d’abord le jour­nal télévisé de nuit, puis l’édition du week-end. À par­tir de 1998, il devient l’un des vis­ages du grand jour­nal nation­al suisse fran­coph­o­ne, Le 19h30, dif­fusé égale­ment sur TV5Monde. À compter de 2008, il en assure seul la présen­ta­tion, ce qui fait de lui une fig­ure cen­trale de l’information suisse romande.

Son autre grande mar­que de fab­rique est l’émission d’interview « Par­don­nez-moi », dif­fusée le dimanche. C’est là qu’il affine un style recon­naiss­able : voix douce, goût du silence, ques­tions longues, ton poli, mais capac­ité à obtenir des con­fi­dences. Il y reçoit des per­son­nal­ités inter­na­tionales de pre­mier plan : Vladimir Pou­tine, François Hol­lande, Has­san Rohani, Mikhaïl Gor­batchev, mais aus­si de nom­breuses fig­ures cul­turelles et poli­tiques suiss­es ou françaises.

Rochebin cou­vre égale­ment des événe­ments inter­na­tionaux majeurs : tsuna­mi en Thaï­lande, mort de Jean-Paul II, oura­gan Kat­ri­na, réélec­tion de Barack Oba­ma en 2012, élec­tion du pape François.

Ce « tro­pisme inter­na­tion­al » est impor­tant : con­traire­ment à cer­tains présen­ta­teurs de chaînes d’information davan­tage spé­cial­isés dans la poli­tique intérieure ou le com­men­taire de plateau, Rochebin s’est con­stru­it sur le grand entre­tien et l’actualité mondiale.

En août 2020, après vingt-cinq ans à la RTS, il quitte la Suisse pour rejoin­dre le groupe TF1 et pren­dre les com­man­des d’un ren­dez-vous sur LCI, Le 20h00 de Dar­ius Rochebin. TF1 Info présente alors son arrivée comme celle d’un grand nom du jour­nal­isme fran­coph­o­ne chargé d’incarner une nou­velle ambi­tion édi­to­ri­ale pour la chaîne d’information.

Son arrivée en France est cepen­dant rapi­de­ment per­tur­bée par des accu­sa­tions de har­cèle­ment sex­uel ou psy­chologique pub­liées par le quo­ti­di­en suisse Le Temps à l’automne 2020. Rochebin se met en retrait de l’antenne. En avril 2021, la RTS pub­lie les con­clu­sions d’enquêtes externes : le rap­port ne retient pas d’actes con­sti­tu­tifs le con­cer­nant, d’atteinte à la per­son­nal­ité ou d’infraction pénale.

Après cette mise hors de cause, LCI annonce son retour à l’antenne. Le jour­nal­iste reprend pro­gres­sive­ment sa place, avant de s’installer durable­ment dans les soirées de la chaîne. Depuis 2021, puis plus encore après plusieurs ajuste­ments de grille, il devient l’un des vis­ages forts de LCI sur les grandes tranch­es du soir, notam­ment autour de Face à Dar­ius Rochebin et de 22h Rochebin.

Le 15 décem­bre 2021, il co-inter­roge Emmanuel Macron avec Audrey Cre­spo-Mara dans l’émission « Emmanuel Macron, où va la France ? », dif­fusée sur TF1 et LCI. L’entretien, présen­té comme excep­tion­nel par TF1, con­firme son instal­la­tion dans le paysage audio­vi­suel français au plus haut niveau.

En 2024, il présente égale­ment sur TF1 et LCI la grande soirée de l’élection prési­den­tielle améri­caine, en duo avec Jean-Bap­tiste Bour­si­er. En 2025, selon Le Parisien, il fait par­tie des fig­ures cour­tisées du mer­ca­to audio­vi­suel, son nom ayant notam­ment cir­culé pour France 2, même si TF1 affirme vouloir le con­serv­er au sein de son dis­posi­tif d’information.

Parcours professionnel – en dates

  • 1987 : débuts au Jour­nal de Genève.
    Puis pas­sage à L’Illustré.
  • 1995 : entrée à la Télévi­sion suisse romande.
  • 1996 : pre­mier jour­nal télévisé, édi­tion de nuit.
  • 1997 : jour­nal du week-end.
  • 1998–2020 : présen­ta­teur du jour­nal nation­al suisse fran­coph­o­ne Le 19h30.
    Ani­ma­teur de l’émission d’interview Pardonnez-moi.
  • Août 2020 : arrivée sur LCI.
  • 2021 : retour à l’antenne après la pub­li­ca­tion du rap­port RTS.
  • Depuis 2021 : incar­na­tion des soirées de LCI, notam­ment autour de Face à Dar­ius Rochebin et 22h Rochebin.
  • 15 décem­bre 2021 : co-inter­view d’Emmanuel Macron sur TF1 et LCI avec Audrey Crespo-Mara.
  • 2024 : présen­ta­tion de la soirée améri­caine sur TF1/LCI avec Jean-Bap­tiste Boursier.

Un style : courtoisie, durée et goût du grand entretien

Dar­ius Rochebin n’est pas un inter­vieweur de con­fronta­tion pure. Son style repose sur la durée, l’élégance ver­bale, une forme d’indulgence appar­ente et une capac­ité à pos­er des ques­tions per­son­nelles sans bru­tal­ité exces­sive. Il s’est lui-même défi­ni comme un jour­nal­iste cher­chant à éviter l’agressivité et à con­serv­er une « dis­tance raisonnable ».

Cette méth­ode tranche avec une par­tie du jour­nal­isme poli­tique français, sou­vent plus con­flictuel, plus nerveux, plus con­stru­it autour de la relance immé­di­ate. Chez Rochebin, l’entretien cherche moins l’incident que la con­fi­dence ou le léger déplace­ment. Cela peut lui val­oir des cri­tiques : cer­tains y voient une manière trop con­sen­suelle d’interroger les puis­sants, d’autres con­sid­èrent au con­traire que son calme per­met par­fois d’obtenir davan­tage qu’un affron­te­ment de plateau. Dans un paysage audio­vi­suel dopé à la polémique et au « buzz », son style appa­raît reposant et par­ticipe très cer­taine­ment de son succès.

Son suc­cès récent sur LCI tient aus­si à l’actualité inter­na­tionale. La guerre en Ukraine, les ten­sions au Proche-Ori­ent, l’Iran, la Russie, les États-Unis ou la diplo­matie française sont des ter­rains où son pro­fil paraît par­ti­c­ulière­ment adap­té. D’origine irani­enne par son père, il a sou­vent expliqué être touché par l’actualité irani­enne, tout en revendi­quant son impar­tial­ité en mars 2026 au Parisien.

Cette orig­ine, loin d’être un sim­ple élé­ment biographique, nour­rit une image de jour­nal­iste capa­ble de par­ler du monde avec une mémoire famil­iale, mais sans pos­ture mil­i­tante, même si la ligne édi­to­ri­ale de LCI a sou­vent été accusée de par­tial­ité, y com­pris par Acrimed, dans son sou­tien à l’Ukraine et Volodymyr Zelensky.

Au print­emps 2026, les audi­ences du 22h Rochebin (dimanche-jeu­di) sur LCI se situent sou­vent entre 250 000 et 370 000 téléspec­ta­teurs, avec des pics à plus de 600 000 lors d’événe­ments forts. Le 20h (« Face à Dar­ius Rochebin ») se situe entre 200 000 et 350 000 téléspec­ta­teurs. Le jour­nal­iste con­tribue forte­ment à posi­tion­ner LCI en leader des chaînes info sur ces tranch­es horaires face à BFMTV et CNews, notam­ment après 22h, avec 2/3 % de parts de marché.

Ce qu’il gagne

– À la RTS, en Suisse, jusqu’en 2020, il a lui-même déclaré un salaire net d’environ 8 783 à 10 000 CHF par mois (autour de 8 000–9 500 € selon le taux de change de l’époque). Cela cor­re­spondait à un salaire de jour­nal­iste « clas­sique » en Suisse.

– À LCI (depuis 2020) : aucun chiffre offi­ciel ou déc­la­ra­tion pré­cise n’est pub­lic. Au regard de son poste et selon les « stan­dards » français des chaînes d’info, doit prob­a­ble­ment émarg­er entre 15 000 et 20 000 euros brut mensuels.

Prix et récompenses

Études de lit­téra­ture française à l’université de Genève.

Publications

  • Por­traits ten­dres et cru­els, Favre, 2006.
  • Dernières con­ver­sa­tions avec Gor­batchev, Robert Laf­font, 2022. L’IRIS souligne à cette occa­sion qu’il est « prob­a­ble­ment le jour­nal­iste non russe ayant le plus longue­ment inter­viewé Mikhaïl Gorbatchev ».
  • La Guerre et la Grâce : con­ver­sa­tion inachevée avec Hélène Car­rère d’Encausse, Fayard, 2024.
  • À la vie : entre­tiens avec Robert Bad­in­ter, Gal­li­mard, 2025.

Il l’a dit

« Je suis scep­tique par méti­er, en tant que jour­nal­iste », France Inter, 21 févri­er 2024

« Je suis porté par mon méti­er et c’est lorsque je rends l’antenne que la douleur arrive. », entre­tien à Télé-Loisirs, 2026.

« J’essaye de ne jamais dévelop­per d’agressivité et préfère observ­er avec une dis­tance raisonnable. », entre­tien à Télé-Loisirs, 2026.

« Ce qui m’attriste, c’est que je ne par­le pas le far­si, je ne suis jamais allé en Iran. », entre­tien à Gala, 2026.

« Les trans­ferts, ça se fait ou ça ne se fait pas, et si ça ne se fait pas, on n’en par­le pas. », entre­tien à Gala, 2026.

Ils l’ont dit

« Un des plus grands jour­nal­istes fran­coph­o­nes, respec­té de ses pairs, qui a inter­viewé les plus grandes fig­ures inter­na­tionales », selon Thier­ry Thuil­li­er, directeur de l’information du groupe TF1, Fabi­en Namias, juil­let 2020 dans un com­mu­niqué offi­ciel de LCI.

« Un des meilleurs, si ce n’est le meilleur inter­vieweur actuel », selon David Pujadas cité dans Gala en 2025.

Sa nébuleuse

La nébuleuse Rochebin est d’abord fran­co-suisse. Elle relie la RTS, où il a bâti sa notoriété ; LCI, où il s’est réin­ven­té ; TF1, qui l’utilise pour de grands ren­dez-vous poli­tiques ; et un réseau d’invités inter­na­tionaux con­sti­tué au fil de décen­nies d’entretiens.

Elle est aus­si lit­téraire et diplo­ma­tique, lui per­me­t­tant d’atteindre Gor­batchev, Car­rère d’Encausse, Bad­in­ter, Rohani, Pou­tine, Hol­lande, Macron. Rochebin appar­tient à cette caté­gorie de jour­nal­istes qui con­stru­isent leur cap­i­tal pro­fes­sion­nel sur l’accès aux puis­sants et aux grandes fig­ures his­toriques. Cela donne à son jour­nal­isme une valeur ajoutée évi­dente, mais aus­si une lim­ite : il excelle davan­tage dans le grand entre­tien insti­tu­tion­nel que dans l’enquête ou le reportage conflictuel.

Son posi­tion­nement est à part : moins cli­vant qu’un édi­to­ri­al­iste, moins pop­u­laire qu’un ani­ma­teur vedette, mais plus iden­ti­fié qu’un sim­ple présen­ta­teur de tranche.

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