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Libération toujours plus dépendant des milliardaires : Daniel Křetínský remet 17 millions sur la table

14 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Le mil­liar­daire tchèque Daniel Křetín­ský a accordé un nou­veau prêt de 17 mil­lions d’euros au quo­ti­di­en Libéra­tion. Depuis 2022, ses apports financiers atteignent près de 60 mil­lions d’euros. Une dépen­dance qui relance les ques­tions sur la via­bil­ité économique du jour­nal et sur les logiques d’influence dans la presse française.

Kretinsky/Libé : 60 millions d’euros !

Daniel Křetín­ský sort une nou­velle fois le car­net de chèques pour soutenir Libéra­tion. L’homme d’affaires tchèque vient d’accorder un nou­veau prêt de 17 mil­lions d’euros au quo­ti­di­en de la gauche de la gauche, por­tant à près de 60 mil­lions d’euros le total de son sou­tien financier depuis 2022.

Si la direc­tion du jour­nal assure que ces prêts sont accordés « sans con­di­tion », cette sit­u­a­tion nour­rit des inter­ro­ga­tions sur la dépen­dance économique du titre qui ne se dérange pas pour dénon­cer l’influence réelle ou sup­posée d’autres mil­liar­daires chez ses confrères. 

Un quotidien toujours déficitaire

Le nou­veau prêt de Daniel Křetín­ský inter­vient alors que Libéra­tion se trou­ve dans une sit­u­a­tion finan­cière frag­ile. Le jour­nal réalise env­i­ron 30 mil­lions d’euros de chiffre d’affaires pour des pertes annuelles proches de 10 mil­lions d’euros. L’équilibre financier, annon­cé un temps pour 2023, a été repoussé à plusieurs repris­es et n’est désor­mais envis­agé qu’à l’horizon 2028.

Depuis 2022, le mil­liar­daire tchèque a mul­ti­plié les sou­tiens : un pre­mier prêt de 15 mil­lions d’euros, puis plusieurs refi­nance­ments suc­ces­sifs, aux­quels s’ajoute désor­mais cette nou­velle injec­tion de 17 mil­lions. Au total, l’exposition finan­cière de l’homme d’affaires atteint près de 60 mil­lions d’euros et il paraît évi­dent que Libéra­tion ne sera jamais en mesure de rem­bours­er de telles sommes. Autrement dit, le quo­ti­di­en fonc­tionne sous per­fu­sion finan­cière permanente.

L’éternelle question de l’influence

Offi­cielle­ment, Daniel Křetín­ský n’est pas action­naire de Libéra­tion. Le cap­i­tal du jour­nal est abrité depuis 2020 dans un fonds de dota­tion cen­sé garan­tir son indépen­dance. Les prêts accordés par le mil­liar­daire ne peu­vent pas être con­ver­tis en actions et ne lui don­nent donc aucun pou­voir formel sur la ligne éditoriale.

Pour­tant, la dépen­dance finan­cière demeure un sujet sen­si­ble. En plus des sacro-saintes aides à la presse, en qua­tre ans, le mag­nat tchèque est devenu l’acteur cen­tral du finance­ment du quo­ti­di­en. Dans ces con­di­tions, la ques­tion de l’influence, directe ou indi­recte, ne peut être totale­ment écartée.

Cer­tains ana­lystes y voient égale­ment une stratégie d’image. Dans le paysage médi­a­tique français, soutenir un titre emblé­ma­tique de la gauche peut offrir à un indus­triel étranger un pré­cieux réseau d’influence et une respectabil­ité dans les céna­cles poli­tiques, économiques et cul­turels. Un petit monde parisien où tout se mon­naye, même la vertu !

Les paradoxes du débat médiatique : à chacun son Bolloré

L’affaire souligne égale­ment un para­doxe fréquent dans le débat pub­lic français. Une par­tie de la gauche médi­a­tique, dont Libéra­tion, cri­tique régulière­ment l’influence sup­posée de cer­tains indus­triels, au pre­mier rang desquels Vin­cent Bol­loré et les médias qui lui sont asso­ciés.

Dans le même temps, plusieurs titres emblé­ma­tiques de ce même camp poli­tique sur­vivent grâce à l’intervention de rich­es mécènes ou de grands groupes. Libéra­tion n’échappe pas à cette logique : sans les finance­ments suc­ces­sifs de Daniel Křetín­ský, l’avenir économique du quo­ti­di­en appa­raî­trait bien plus incertain.

La ques­tion dépasse donc le seul cas du jour­nal fondé en 1973. Elle ren­voie plus large­ment à la trans­for­ma­tion du mod­èle économique de la presse française, où les dif­fi­cultés struc­turelles du secteur con­duisent de nom­breux médias à dépen­dre du sou­tien de mil­liar­daires alors même que ces médias se revendiquent d’une cer­taine gauche anticapitaliste…

Voir aus­si : Daniel Křetín­ský, le tycoon tchèque des médias français

Rodolphe Cha­la­mel

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