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Le cinquième pouvoir ou le journal sans journalistes

12 mars 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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Le cinquième pouvoir ou le journal sans journalistes

Trump a gagné contre les médias. Quelles sont les racines de sa victoire ? Eric Le Ray, français installé au Canada, tour à tour imprimeur (diplômé de l’école Estienne), journaliste de presse écrite, de radio et de télévision puis éditeur répond avec brio à la question tout en élargissant son propos. Auteur d’ouvrages sur Marinori le fondateur de la presse moderne et sur la presse électronique il nous livre dans son dernier opus une réflexion stimulante sur l’évolution des médias… et sur notre propre pouvoir de citoyens.

Thier­ry Crouzet en 2011 dans son essai sur Le Cinquième pou­voir, Com­ment inter­net boule­verse la poli­tique présente une déf­i­ni­tion (déjà avérée en 1965) de ce pou­voir : « ensem­ble des citoyens fédérés grâce aux nou­velles tech­nolo­gies de com­mu­ni­ca­tion. Il con­tre­bal­ance le qua­trième pou­voir celui des médias et par exten­sion du busi­ness ». Les citoyens devi­en­nent acteurs de la corégu­la­tion des médias.

Le journaliste pris entre deux feux

Snow­den, Assange et d’autres ont révélé l’ampleur des atteintes aux lib­ertés indi­vidu­elles de la NSA, de la CIA ou de la Sureté du Québec. La lib­erté du jour­nal­iste est dan­gereuse­ment réduite de ce côté et le secret des sources – quelle que soit la lég­is­la­tion votée – devient un leurre. Au moment même où le jour­nal­iste voit ain­si sa lib­erté d’action entravée, il est vic­time (à bon droit ?) d’un autre côté de la méfi­ance de ses lecteurs, engen­drant un effet de ciseaux. Aucun sys­tème d’ombudsman, de médi­a­teur, d’autorégulation ou de régu­la­tion admin­is­tra­tive des médias n’a réelle­ment fonc­tion­né au moment où l’élection de Trump a cristallisé le rejet de la « médi­as­phère oli­garchique organ­isée » (Aris­tide Leu­cate).

Le journal sans journalistes

Si inter­net bous­cule les habi­tudes le jour­nal­isme lui-même ne va pas mourir pour autant mais il est pos­si­ble main­tenant de créer un jour­nal sans jour­nal­istes. Au-delà du statut pro­fes­sion­nel le citoyen devient un médi­a­teur d’information au même titre que le jour­nal­iste de méti­er dont la seule sauve­g­arde est une éthique irréprochable. Autant dire que le dan­ger est grand pour le jour­nal­iste pro­fes­sion­nel comme le révèle la dernière enquête de La Croix sur la con­fi­ance dans les médias et les jour­nal­istes pub­liée début 2017.

À la reconquête du pouvoir démocratique

Le par­ti des médias a reçu une pre­mière claque lors du vote du Brex­it, la deux­ième a été encore plus sévère avec l’élection de Trump. L’utilisation mas­sive des réseaux soci­aux a per­mis à Trump un con­tact direct avec le peu­ple améri­cain, shuntant les médias tra­di­tion­nels qui lui étaient hos­tiles à plus de 90%.

Si Mac Luhan affir­mait « Medi­um is the mes­sage », Le Ray ren­verse la propo­si­tion « Peo­ple is the mes­sage » mais si les gens sont le mes­sage ils en devi­en­nent en même temps le sens. Ils sont devenus le média et con­stru­isent une par­tie gran­dis­sante de la réal­ité sociale. Après une péri­ode de « copi­age » des médias tra­di­tion­nels les réseaux soci­aux s’autonomisent, « ils devi­en­nent une source à part entière d’information ».

Les infor­mati­ciens ont rem­placé les typographes avec le pas­sage de la galax­ie Guten­berg à la galax­ie Steve Jobs. Les nou­veaux jour­nal­istes citoyens de la civil­i­sa­tion du numérique vont ils rem­plac­er les jour­nal­istes pro­fes­sion­nels ? Et ajouterons nous quelles seront leurs lim­ites au moment où Google et Face­book pré­ten­dent fil­tr­er l’information pour éviter les « fauss­es nou­velles » rem­plaçant la cen­sure des financiers et l’auto-censure d’une par­tie des jour­nal­istes et des rédac­tions par une cen­sure numérique infin­i­ment plus effi­cace ? Le petit livre d’Eric Le Ray ouvre de nom­bre pistes, une lec­ture stim­u­lante et indis­pens­able pour quiconque s’intéresse à l’avenir des médias.

Eric Le Ray, Le Jour­nal sans jour­nal­istes ou le cinquième pou­voir des gens ordi­naires, 2016, 115p, 28€ ou 24€, le livre est disponible dans les Fnac ou télécharge­able sur tablette de lec­ture (20€).

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