La défiance envers médias et journalistes se poursuit

[Rediffusions estivales 2017 – article publié initialement le 13/02/2017]

Comme tous les ans, le journal La Croix a publié son baromètre des médias, qui a pour but de refléter la confiance des Français envers médias et journalistes.

Et comme chaque année, tous les indicateurs sont au rouge. D’après les chiffres de l’Institut Kantar, tous les supports ont perdu en crédibilité aux yeux du public : la radio a perdu 3 points avec 52 % de taux de confiance (restant ainsi le support jugé le plus fiable), la presse écrite a perdu 7 points à 44 %, la télévision 9 points à 41 % et le Web 5 points à 26 %.

Aussi, les Français présentent de moins en moins d’intérêt pour l’information, qu’ils jugent biaisée. Seulement 64 % des personnes interrogées se disent intéressées par l’information, soit une baisse de 6 points. Pire : 67 % des sondés estiment que les journalistes ne sont pas indépendants des pressions des partis politiques ou du pouvoir.

En parallèle de cette défiance croissante, le désintérêt s’accentue au profit des médias alternatifs ou des réseaux sociaux. En revanche, le taux de confiance envers les informations glanées sur le web est bas : 73 % des sondés déclarent ne pas avoir confiance dans les informations qui y circulent. Pour les médias, c’est une opportunité de se placer en médiateur, en tuteur, pour « vérifier l’information ».

Journalisme « de terrain »

Craignant par dessus tout une « situation à l’américaine où les médias traditionnels perdent complètement la main face aux réseaux sociaux », les grands médias envisagent ainsi de tout miser sur le « fact checking » (vérification des faits) mais aussi de s’interroger sur la facture qui s’est créée entre eux et le public. BFMTV a ainsi axé sa priorité non plus sur le direct mais sur « l’information vérifiée », après avoir tiré les leçons de ses erreurs lors des différents attentats. De son côté, Le Parisien a fait savoir qu’il renonçait à commander des sondages pendant la campagne présidentielle à venir, privilégiant le « journalisme de terrain ».

Vers une censure de fait ?

Enfin, les médias affichent depuis quelques semaines un rapprochement avec les plate-formes de réseaux sociaux, comme Facebook, ou les gros acteurs du numérique, comme Google, pour lutter contre les « fausses informations » véhiculées sur les réseaux sociaux. De nouveaux outils se créent, comme le « Décodex » du Monde, pour mettre à l’index certains médias alternatifs jugés peu fiables sur des critères douteux… En somme, une belle manière de reporter la faute sur un phénomène extérieur, alors que la crise est interne.

C’est bien là l’erreur des médias traditionnels : penser que le public leur échappe par attirance envers les réseaux sociaux, alors qu’il s’agit plutôt d’un rejet du « mainstream », loin d’être irréprochable en matière de fiabilité de l’information, comme on l’a vu avec la situation en Syrie. Aussi, ces interrogations, cette volonté de retour au journalisme de terrain, semble intervenir bien trop tard à l’heure où le public que l’on souhaite conquérir s’est déjà coupé des médias. Le succès de la pétition du Collectif des usagers du service public de l’audiovisuel réclamant le pluralisme des opinions est un révélateur, voir la pétition : urlz.fr/4MvB

Crédit photo : Raphaël V via Flickr (cc)