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La presse française ne publiera pas les photos du jeune Rom agressé

21 juin 2014

Temps de lecture : 2 minutes
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La presse française ne publiera pas les photos du jeune Rom agressé

Suite à l’agression d’un Rom par des jeunes de cité vendredi dernier à Pierrefitte-sur-Seine, le quotidien britannique Daily Telegraph a publié les photos choquantes du jeune homme.

Grave­ment amoché, celui-ci gît dans un char­riot de super­marché. Et le Dai­ly Tele­graph de titr­er : « La pho­to qui va cho­quer la France. » Pour­tant, le jour­nal Le Parisien, qui avaient récupéré ces pho­tos peu souten­ables auprès de riverains, a décidé de ne pas les pub­li­er. Cela en dit long sur la dif­férence de sen­si­bil­ité qui existe entre la presse française et la presse bri­tan­nique, voire même anglo-sax­onne, tou­jours portée vers le sensationnel.

« Dans l’ex­ci­ta­tion de ramen­er un doc­u­ment excep­tion­nel, on s’est posé la ques­tion, ce qui est nor­mal. Mais on a presque immé­di­ate­ment décidé de ne pas la pub­li­er », racon­te l’un des deux jour­nal­istes du Parisien ayant rap­porté la pho­to. « Je con­state que nous respec­tons la loi », ajoute-t-il. Dans le pire des cas, cer­tains sites français ont mon­tré une pho­togra­phie floutée du jeune Darius.

« En Grande-Bre­tagne, le droit à l’im­age est lim­ité par une inter­pré­ta­tion très large de “l’in­térêt pub­lic”. En France, deux arti­cles de la loi sur la presse enca­drent de façon beau­coup plus stricte la dig­nité des vic­times et l’i­den­ti­fi­ca­tion des mineurs », explique Le Monde. En effet, l’ar­ti­cle 39 bis punit de 15 000 euros d’a­mende « le fait de dif­fuser, de quelque manière que ce soit, des infor­ma­tions rel­a­tives à l’i­den­tité ou per­me­t­tant l’i­den­ti­fi­ca­tion d’un mineur vic­time d’une infraction ».

L’ar­ti­cle 35 quater prévoit quant à lui que « la dif­fu­sion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le sup­port, de la repro­duc­tion des cir­con­stances d’un crime ou d’un délit, lorsque cette repro­duc­tion porte grave­ment atteinte à la dig­nité d’une vic­time et qu’elle est réal­isée sans l’ac­cord de cette dernière, est punie de 15 000 euros d’a­mende ». « Si l’a­mende est assez faible, elle s’ac­com­pa­g­n­erait de fort dom­mages et intérêts », pré­cise le ser­vice juridique du Figaro.

Afin d’éviter toute fuite et entorse à la loi, la pro­cureure de la République de Bobigny, Sylvie Mois­son, chargée de l’en­quête sur le lyn­chage du jeune Rom, a rap­pelé dans un com­mu­niqué que « le droit français s’op­pose à la dif­fu­sion de la pho­to d’une vic­time mineure, qui a droit à la pro­tec­tion absolue de son image sous peine de pour­suites pénales. Je ne doute pas que le droit et la déon­tolo­gie de la presse empêcheront en France toute dif­fu­sion de cette pho­to qui n’a de place légitime que dans la procé­dure de l’en­quête crim­inelle en cours ».

Et d’a­jouter que l’en­quête « porte aus­si sur les con­di­tions de réal­i­sa­tion de cette pho­to qui est donc aus­si pro­tégée par le secret de l’enquête ».

Plusieurs médias français ont déjà été pour­suiv­is pour des affaires sim­i­laires. Par exem­ple, en mai 2009, le mag­a­zine Choc avait pub­lié des pho­tos d’I­lan Hal­i­mi, tor­turé à mort en jan­vi­er 2006 par le Gang des Bar­bares. Le mag­a­zine racoleur avait été con­damné, la sen­tence s’ap­puyant sur une affaire qui fait jurispru­dence en la matière : la pub­li­ca­tion par Paris Match en févri­er 1998 d’une image mon­trant la dépouille du préfet Éri­gnac gisant au sol dans les instants suiv­ant son assassinat.

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